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Economie

7 Français sur 10 ont peur de voir leurs commerces de proximité disparaître


C’est un bilan en demi-teinte pour les commerces de proximité que dresse l’étude réalisée par l’institut Yougov pour American Express (*).

D’un côté, la majorité des Français (69%) craignent que ces commerces disparaissent, démontrant un attachement à ce lien commerçants-clients. De l’autre, la moitié des commerçants de proximité sont inquiets pour la survie de leur entreprise.

Une inquiétude qui s’explique par un chiffre: les commerces de proximité ont connu une baisse de 40% de leur activité professionnelle en moyenne depuis le début de la crise sanitaire. Si une deuxième vague de l’épidémie de Covid-19 et un reconfinement devaient arriver, près de 2 commerçants de proximité sur 3 (64%) estiment ne pas avoir suffisamment de trésorerie pour tenir le coup.

Pourtant, parallèlement, la moitié des Français interrogés ont affirmé se rendre plus souvent chez leurs commerçants de proximité qu’avant le début du confinement; une tendance qui s’explique par plusieurs éléments.

«Le producteur de ma région, c’est moi»

Si l’engouement pour les commerces de proximité s’est nettement renforcé pendant le confinement, il n’est pas nouveau, précise Philippe Moati, économiste et co-président de l’Observatoire société et consommation (Obsoco) . «Toutes les études le montrent, explique-t-il, les Français sont de plus en plus méfiants à l’égard des gros [hypermarchés], et confiants à l’égard des petits [commerces] ».

Une confiance qui s’explique entre autres par le contact avec les commerçants, qui offrent selon 79% des sondés «une identité à leur quartier.» En plus de l’identité, c’est la dimension humaine propre aux commerces de proximité qui rassure les Français. Selon l’économiste, «les commerçants du coin sont à notre image… quelque part, le producteur de ma région, c’est moi».

La dimension humaine donc, mais pas seulement. Marie Daniel, responsable communication de Saveurs Commerce, fédération de syndicats qui représente au niveau national les commerçants spécialisés en fruits et légumes, raconte: «chez nos commerçants, les mesures barrières ont été mises en place rapidement. Cela a rassuré les clients, contrairement aux grandes surfaces qui ont mis du temps à s’adapter».

Adaptation qui est aussi passée par la mise en place du système de «drive», particulièrement dans les zones rurales, où plus de 8 Français sur 10 (81%) estiment que ces commerces animent leur quartier, toujours selon l’enquête. Selon une étude de Aurore Flipo, sociologue, et Nicolas Senil, géographe, 39% des enquêtés vivant en milieu rural ont constaté la mise en place de drive commerçants, et 44% ont mentionné le portage à domicile comme nouveau concept. De quoi garder ce lien commerçant-clients cher aux habitants.

Un besoin de liens qui s’est accompagné d’une «logique de repli à toutes les échelles pendant le confinement» d’après Philippe Moati: «autant à l’échelle régionale, avec la revendication de l’attachement aux produits de sa région, qu’à l’échelle individuelle, avec la recherche de qualité pour les produits consommés». Pour preuve, un sondage publié par Le Progrès dans l’édition du 23 juin 2020 montre que la consommation des produits locaux et de saisons séduit la majorité des Français (78%).

Au delà de l’élan de solidarité, la conscience écologique peut être un argument supplémentaire au passage au local: «on évite désormais les produits qui font le tour de la planète avant d’arriver dans nos assiettes», selon Philippe Moati. Cela concerne autant les produits alimentaires que ceux de consommation courante, sachant que, selon le rapport réalisé par Les Amis de la Terre, Attac et Solidaires, Amazon émet 18,87 millions de tonnes de CO2 par an, «soit l’équivalent des émissions annuelles de la Bolivie».

L’explosion du e-commerce menace celui de proximité

Néanmoins, cette percée du commerce de proximité ne s’applique qu’aux épiceries et magasins d’alimentation. Les autres, en plus d’avoir été contraints de fermer, sont d’autant plus menacés par l’explosion du e-commerce, dont les ventes ne cessent de grimper. Par exemple, pendant le confinement, le groupe chinois Alibaba a annoncé une hausse de 34% des ventes au premier trimestre.. Du côté de la France, la Fédération de e-commerce et vente à distance (Fevad) a dévoilé les chiffres de 2020. Le secteur représente désormais plus de 100 milliards d’euros, touche plus de 40 millions de Français et compte plus de 200.000 sites.

Le groupe Amazon a nettement profité du confinement. Tout comme son confrère chinois Alibaba, ses revenus ont fortement augmenté: au premier trimestre, ils ont bondi de 26%, atteignant 75,5 milliards de dollars (environ 64 milliards d’euros).

Une réussite qui attire les commerces de proximité qui disent avoir souffert de cette période. Certains ont même été tentés par la transition numérique à long terme. C’est le cas notamment des Halles de Drancy, où le «drive éphémère» pour continuer à vendre pendant le confinement était toujours en service trois semaines après le 11 mai.

Des solutions pour sauver les commerçants

Il existe d’autres remèdes que celui de se transformer en entreprise de commerce électronique pour survivre. American Express par exemple déploie l’opération « Shop Small » pour encourager les Français à se rendre dans leurs commerces de proximité. Une opération qui comprend une offre exclusive de cashback, des campagnes d’information diffusées sur les réseaux sociaux, et le développement d’une assistance et d’outils pour aider les commerçants.

De son côté, le blog petitscommerces.fr met en avant concepts innovants, chiffres et histoires des commerces de centre-ville pour recréer le lien entre clients et commerçants. Il encourage aussi les communes à soutenir leurs artisans à travers des jeux-concours et des campagnes publicitaires.

Enfin les 30% de commerçants interrogés disant attendre de nouvelles aides de l’État semblent avoir été entendus. Le programme «Action cœur de ville», dont l’objectif est de revitaliser les villes, et donc d’aider les commerces, recevra plus de fonds dans le cadre du plan de relance. «Nous avons recensé 1 500 actions prêtes à démarrer, et qui vont pouvoir se concrétiser», assure l’entourage de Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires. Affaire à suivre.

(*) Enquête menée auprès de 1.192 personnes, dont 184 artisans et commerçants de proximité.



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