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Economie

À Marseille, un promoteur met cet immeuble à disposition des artistes


Neuf étages, 10.000 m², à quelques mètres du stade Vélodrome: voué à la démolition dans un an, un immeuble de bureaux est devenu une cité éphémère pour artistes, à Marseille, dans le cadre du projet «Buropolis». «Un gros bâtiment avec des artistes dedans»: voilà le pari résumé en quelques mots par Raphaël Haziot, de Yes We Camp, association spécialisée dans l’occupation temporaire d’espaces urbains, à l’origine de cette opération. En attendant d’être abattu, en juin 2022, par son propriétaire, le groupe immobilier Icade, puis remplacé par des barres de logements sociaux, cet ex-immeuble de bureaux situé dans le 9e arrondissement de la cité phocéenne a retrouvé des occupants: peintres, architectes, sculpteurs, artisans, photographes, designers, tous les métiers se croisent, au fil des étages, comme dans une ruche.

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Vendredi, jour de l’inauguration officielle de «Buropolis», 230 artistes avaient trouvé refuge dans le bâtiment, au cœur d’une ville capitale européenne de la culture en 2013 certes, mais où les espaces manquent pourtant pour les créateurs, avec seulement 13 ateliers mis à disposition par la municipalité. «Dans un coworking, c’est chacun chez soi. Ici, c’est comme une petite ville, on partage tout», explique Silvia Romanelli, costumière. Avec d’autres membres d’un collectif, elle occupe un grand espace, au 7e étage de l’immeuble. Loyer: 3 euros le m². Une aubaine pour cette Italienne de 35 ans qui avait dû quitter son atelier de la ville de Marseille, dans le quartier du Panier, son bail étant arrivé à échéance.

1000 m² pour les expositions

«La seule solution pour les artistes, ce serait les baux précaires, de 12 à 18 mois», regrette Sarah Netter, 28 ans, du collectif Crocs, occupante d’un autre plateau au 3e étage, avec sept camarades. «L’idéal ce serait des ateliers-logements, sur 3 à 5 ans», plaide la jeune femme, à genoux, en train de coudre une gigantesque robe pour une performance théâtrale. À quelques mètres, Manon Delmas travaille sur des feuilles de lierre dont elle dégage le squelette après avoir enlevé la peau et la pulpe avec une pince à épiler puis un pinceau. Résultat, après des heures de travail minutieux et de séchage: un voile translucide fin comme une aile de papillon.

À un autre niveau de l’immeuble, c’est l’antenne marseillaise du collectif Kourtrajmé qui a posé ses caméras. Au 9e étage, 1.000 m² ont été réservés comme espace d’exposition. Parmi les premiers artistes à s’exprimer, Morgane Hofner, des Beaux-Arts de Marseille, et ses saisissantes figures au crayon de couleur sur tissu. Au rez-de-chaussée, la buvette et la cantine. À côté, une bibliothèque et un coin lecture à destination des jeunes du quartier.

Un loyer modeste pour équiper l’immeuble

Mais Buropolis, c’est aussi des dizaines d’ateliers individuels. Ici le loyer frôle les 10 euros le mètre carré: «On peut rester dans sa bulle mais aussi profiter de la collectivité pour recharger. Cela crée une forme d’émulation», explique Franck Conte, street-artist et peintre, connu pour avoir dessiné les portraits de joueurs de l’OM sur les murs de la ville. «Marseille, c’est là où il faut être pour se faire un réseau», explique Violaine Barrois, 37 ans, designer graphique. Elle vit au nord d’Aix-en-Provence mais elle rejoint chaque jour ses 12 m² à Buropolis: «Je n’ai pas les moyens de m’acheter un atelier. 100 euros par mois, c’est au-delà de toute attente!»

Si Yes We Camp a eu les clefs du bâtiment en janvier, les premiers artistes ne sont arrivés qu’en février. Et ce fut d’abord un mois de chantier collectif. L’immeuble étant presque désossé, «il a fallu monter les cloisons, poser des placos, installer des toilettes», explique Raphaël Haziot, contraint de jongler avec un budget global de 1,2 million d’euros, dont 80% couverts par les loyers versés par les artistes. Mais dans 12 mois, la parenthèse se refermera. «Il y a comme un sentiment d’urgence, c’est pour ça que nous travaillons sur des projets à la chaîne», explique Violaine Barrois: «C’est comme dans une résidence, il faudra laisser une trace de notre passage».



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