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Economie

À Orly, quelques dizaines d’avions au départ pour une reprise prudente


La tradition veut que tout décollage marquant soit honoré d’un «water salute»: l’avion est aspergé d’eau par des canons de pompiers. Il n’en fallait pas moins pour honorer le vol low cost Paris Orly-Porto qui a décollé au petit soleil de 6h25, ce vendredi matin. Il a acté la reprise d’activité de l’aéroport du sud de Paris, paralysé depuis le 31 mars.

Cette matinée de reprise est une heureuse parenthèse pour les salariés de l’aéroport. Derrière la vitre de la boulangerie de l’aéroport Gontran Cherrier, un pâtissier fait de grands signes aux opérateurs revenus boire un café, après des mois d’absence. Devant le terminal 3, le seul ouvert à ce stade, deux salariés vêtus du gilet bleu ciel du syndicat Unsa se fendent d’un large sourire pour prendre un selfie bras dessus bras dessous avec le directeur de l’aéroport, Régis Lacote.

Ce dernier se félicite: «tout le monde est très joyeux de reprendre l’activité, même si cela va être très, très graduel. Aujourd’hui, nous assurons environ 15 à 20% de notre activité». Soit 70 mouvements d’avions contre 600 habituellement. Toutes les compagnies qui le souhaitaient ont pu assurer leurs vols. Mais seul un petit nombre d’entre elles (Air Caraïbes, Air Corsica, Air France, Amelia, Corsair, French Bee, Transavia et Wizzair) ont mis des avions au départ, en raison de la fermeture de nombreuses frontières. Sur l’ensemble des vols programmés en cette journée de reprise, la majorité a pour destination la Corse ou l’Outre-mer. «Reprendre l’activité permet de limiter la casse. Même s’il y en aura dans tous les cas», ajoute Régis Lacote.

» À VOIR AUSSI – Réouverture d’Orly: revivez le décollage du premier avion après presque trois mois de fermeture

Vacances tant attendues

Les passagers au départ sont les plus chanceux ou les plus impatients. Léane, 20 ans, étudiante en école de commerce, a réservé le premier vol international qu’elle a pu trouver. Vêtue d’un confortable jogging de circonstances, elle s’envole pour donc pour Reykjavik (Islande) où elle restera quinze jours. «C’est un ami qui en avait vraiment marre du confinement qui m’a encouragée à partir avec lui, explique-t-elle. Venir à l’aéroport a été un peu stressant. J’ai dû prendre le RER B, pour lequel le trafic était perturbé, et ensuite un Orlyval – alors que nous n’étions pas sûrs qu’il circulait dès aujourd’hui”.

Côté chanceux, Rachel et Robin, 22 ans tous les deux, se rendent à Split (Croatie) pour des vacances. Le vol, réservé en octobre dernier «pour faire des économies», n’a pas été annulé. «Pendant le confinement on s’est vraiment dit que c’était mort, sourit Robin, community manager pour un hôtel. On attendait juste que la compagnie annonce que le vol était annulé, pour se faire rembourser nos billets. On avait commencé à prévoir d’autres activités dans notre région». Il y a deux semaines, ils reçoivent un e-mail de la compagnie aérienne: leur vol est bien maintenu. «On a sauté de joie», se souvient Rachel, aide soignante. Le jeune couple a rempli les formulaires demandés par les autorités croates, enfilé des masques, et pris la direction de ses vacances.

Alors que le terminal se remplit au fil de la matinée, Sonia, secrétaire comptable en partance pour la Corse, observe circonspecte: «Je ne suis pas très Internet et je ne regarde plus trop les informations parce que ça m’angoisse. Mais quand on regarde, on a l’impression que le coronavirus n’existe plus. Il n’y a que les masques qui marquent le coup». Les voyageurs snobent les sens de déplacement marqués au sol et jettent à peine un œil sur les quelque 7.000 affiches et autocollants apposés partout dans le terminal pour rappeler les gestes barrières.

Sonia a empilé plusieurs valises sur un chariot, son fils de 10 ans est juché dessus. Malgré la foule et le stress, il était hors de question pour elle de renoncer à ses vacances. «Je les prévoyais depuis janvier. Mon vol a été annulé, puis reprogrammé. Pendant un moment, j’ai cru que je ne partirais pas, j’étais effondrée». Le voyage est presque thérapeutique. «Je suis une mère célibataire. J’ai des amis en Corse, je tenais vraiment à aller les voir».

Grands projets

Pour d’autres passagers, la crise du coronavirus a chamboulé bien plus que des vacances. On les retrouve dans la file d’attente pour la consigne réservée aux gros bagages.

Xavier, 23 ans, a pris le premier vol qu’il a pu trouver pour retourner en Guyane. L’épidémie vient tout juste d’y passer au stade 3, mais peu importe: le mal du pays a été trop fort. «Au total, je suis resté sept mois en métropole, explique-t-il. J’étais venu pour faire une formation militaire, puis j’ai été bloqué par le confinement. J’avais vraiment besoin de rentrer. Certains de mes proches sont décédés en début d’année, puis des tempêtes se sont abattues sur la Guyane. C’était trop dur d’être loin. Il fallait que je sois présent.» Le jeune homme a fait le nécessaire pour que rien n’entrave son retour: il est arrivé à l’aéroport depuis 1h du matin, alors que son vol ne part qu’à 14h. Il patiente sur un banc, les jambes allongées devant lui; «maintenant, je cherche juste une prise pour brancher mon téléphone».

Pauline, 33 ans, patiente avec son mari, ses trois enfants, une montagne de bagages et Milka, chienne malinoise recroquevillée au fond de sa caisse de transport géante. Ils viennent de Franche-Comté et déménagent en Martinique. Ils ont dû repousser leur départ de deux mois en raison de la crise sanitaire. Pour partir, les parents comme les enfants ont dû réaliser un test PCR (virologique) 72 heures avant leur départ. Comme tous les passagers, ils devront également se soumettre à une prise de température avant l’embarquement, puis porter leur masque durant les 9 heures de vol qui les séparent de l’aéroport de Fort-de-France.

Jusqu’au 22 juin, les vols à destination des territoires d’Outre-mer étaient réservés à ceux qui pouvaient justifier d’un «motif impérieux» de déplacement. Même si cette obligation a été levée, la faible affluence en cette journée semble confirmer que les Français ont révisé leurs projets de vacances. Et que la reprise sera lente, et lointaine. «On peut espérer un retour à la normale en 2022, ou en 2023, juge le directeur, Régis Lacote. Mais les plus pessimistes disent 2028».



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