Image default
Economie

Accusé de relayer des thèses complotistes, FranceSoir conserve finalement son statut de site d’information


Son traitement de la crise du Covid-19 a propulsé l’audience du site gratuit a des sommets, avec 3 millions de visiteurs uniques chaque mois durant l’année 2020.

Grandeur et décadence de l’héritier d’un titre de presse historique. Puissant relais de thèses complotistes, «anti-journalistique» ou machine de la désinformation, les termes ne manquent pas pour décrire le tournant éditorial qu’a pris le site en ligne FranceSoir ces derniers mois, en pleine pandémie. Pourtant, il demeure un site «d’information politique et générale (IPG)» aux yeux de l’État, a tranché en fin de semaine dernière la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP).

Son traitement de la crise du Covid-19 a propulsé l’audience du site gratuit a des sommets, avec 3 millions de visiteurs uniques chaque mois durant l’année 2020, selon les données SimilarWeb. Fin janvier, à la suite de nombreuses interpellations, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot avait demandé le réexamen de son statut, avant son échéance prévue en 2022. Dans une pétition, d’anciens journalistes membres de la rédaction jugeaient «inadmissible que cette publication via Internet puisse répandre en toute impunité de fausses informations et des thèses complotistes dangereuses pour la société ».

Lors de son enquête, la CPPAP devait en particulier s’assurer du maintien de la présence de journalistes professionnels, nécessaire pour la qualification de média d’informations. «La preuve a été apportée de la présence de 2 journalistes permanents et 4 pigistes», précise le ministère de la Culture au Figaro. Concernant la sanction de la diffusion éventuelle de fausses nouvelles, «cela ne relève pas de la compétence de la CPPAP mais du seul juge judiciaire, en application de la loi de 1881», abonde le ministère.

Le SNJ national, premier syndicat des journalistes, s’est insurgé de cette décision. Dans un communiqué, il juge dangereux que des « fausses informations et des thèses complotistes » puissent continuer à être publiées sous ce titre. La CPPAP reste par ailleurs une instance indépendante, dont les avis sont susceptibles de recours devant la juridiction administrative.

Thèses complotistes

Issu de la Résistance, l’ancien grand quotidien généraliste français France-Soir a été créé en 1944 par le journaliste Pierre Lazareff. C’est en 2011 que le journal papier cesse définitivement de paraître. Après plusieurs rachats et une liquidation judiciaire, la marque FranceSoir (avec une nouvelle écriture sans tiret) est finalement reprise en 2016 par l’homme d’affaires Xavier Azalbert. En 2019, suite à un mouvement social, le directeur de publication licencie les derniers journalistes professionnels du site pour motifs économiques.

Soutien de la première heure du professeur marseillais Didier Raoult et son hydroxychloroquine, le site de FranceSoir n’a eu de cesse depuis 2020 de dénoncer une «dictature sanitaire du gouvernement». Parmi ses faits d’armes, un article publié le 29 mars dernier établissant un parallèle entre le vaccinodrome du Vélodrome national de Montigny-le-Bretonneux et la rafle du Vel d’Hiv. Le même mois, YouTube a suspendu le compte aux 300.000 abonnés de FranceSoir, pour violation des conditions d’utilisation de la plateforme de vidéos.

Dans une tribune publiée fin janvier sur le site, l’ancien chanteur Francis Lalanne avait appelé « à mettre l’État hors d’état de nuire », accusant notamment «le gouvernement de commettre insidieusement un coup d’État». Fin décembre, une tribune faisait la promotion du mouvement complotiste américain QAnon, en dénonçant une « pédocriminalité sataniste » institutionnalisée dans les pays occidentaux. Un mois plus tôt, le site faisait la promotion du documentaire controversé Hold-Up, dans lequel Xavier Azalbert martèle sur fond noir que «le monde médical et scientifique a perdu une certaine crédibilité ».

«Renforcer l’exigence de traitement journalistique»

En principe, le renouvellement de l’agrément d’IPG de FranceSoir ouvre droit à des avantages fiscaux et aux aides potentielles du Fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP) de l’État. À cet égard, le ministère de la Culture précise au Figaro que FranceSoir n’a bénéficié d’aucune aide publique directe et n’a formulé aucune demande en ce sens.

D’après le collectif Sleeping Giants, FranceSoir se financerait désormais à hauteur de 60.000 euros par mois grâce aux annonceurs publicitaires et aux dons mensuels de ses lecteurs. À cela s’ajoutent les gains relatifs à des posts sponsorisés, présents sur différentes rubriques du site.

Afin de «renforcer l’exigence de traitement journalistique» dans l’Hexagone pour accéder aux aides à la presse, la présidente de la CPPAP Laurence Franceschini a remis à Roselyne Bachelot le mois dernier un rapport formulant des propositions de modifications législatives et réglementaires, explique le ministère de la Culture. Il sera examiné au cours des prochaines semaines.



Source link

Autres articles

La semaine des médias

administrateur

Avant/après: rénovation grand luxe d’un pied-à-terre de la rive gauche

administrateur

comment connaître votre niveau d’imposition

administrateur

À Orly, quelques dizaines d’avions au départ pour une reprise prudente

administrateur

Première médiation pour réconcilier notaires et agents immobiliers

administrateur

La fin du confinement freine la croissance de Netflix

administrateur