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Finance

Affaire William Saurin : les cabinets d’audit sur le banc des accusés



Publié le 27 sept. 2020 à 9:42Mis à jour le 27 sept. 2020 à 10:16

Près de quatre ans après la découverte d’une vaste fraude comptable dans les comptes de la Financière Turenne Lafayette (FTL), holding de William Saurin, les auditeurs vont devoir rendre des comptes. A partir de lundi, les cabinets Mazars et PwC, et certains de leurs associés, vont s’expliquer devant le gendarme de l’audit, le H3C, le Haut Conseil au Commissariat des Comptes. Ce dernier doit déterminer si, oui ou non, ils ont commis des fautes disciplinaires.

« Mamie du cassoulet »

En France, c’est le premier « procès » comptable de ce calibre. Inédit par sa durée (sept jours d’audience), il l’est aussi par le nombre de mis en cause : quatre personnes morales, et quatre personnes physiques. William Saurin est la seule grosse fraude de cette envergure depuis 15 ans .

Rappel des faits : le 30 novembre 2016, Monique Piffaut, femme d’affaires qui a bâti un empire de l’agroalimentaire, en rachetant des fleurons français comme William Saurin, Garbit, Paul Predault, ou Madrange, décède. Quinze jours après, le nouveau patron découvre que les comptes du groupe étaient truqués depuis des années. La « Mamie du cassoulet » était en fait la reine de l’arnaque.

Via près de 300 millions d’euros de fausses factures visant à gonfler le chiffre d’affaires, elle dissimulait les difficultés financières pour que les banques continuent à soutenir son groupe. Pour éviter le naufrage des sociétés qui emploient alors 3.000 personnes et préserver la filière porc, l’Etat vole au secours de la maison mère . La déconfiture du groupe entraînera la vente de tous ses actifs .

En première ligne désormais se trouvent Mazars, l’auditeur historique de la holding du groupe Agripole et PWC, qui auditait les comptes de Madrange depuis 2008. Les deux étaient parfois co-commissaires aux comptes.

Pierre Sardet, ex-associé de Mazars et ancien juge au Tribunal de commerce de Paris, est poursuivi. Il était aussi conseiller personnel de Monique Piffaut. Cette dernière l’avait notamment choisi comme exécuteur testamentaire, avec l’un de ses banquiers de l’établissement italien Monte Paschi, pour léguer sa fortune à une fondation pour les enfants. La famille Sardet entretenait des relations de proximité avec la défunte. Celle-ci aurait par exemple aidé une de leurs filles à payer sa voiture. Des relations qui étaient en fait incompatibles avec sa fonction d’auditeur des comptes.

Eric Schwaller, associé de Mazars depuis 2001, est également mis en cause, ainsi que Laurent Gravier chez PwC, ou Gérard Krief, Michel Tamet, d’autres commissaires aux comptes, qui ne sont pas aux premières loges car ils avaient moins de mandats au sein du groupe.

Pourquoi n’ont-ils rien vu ?

Pendant sept jours, la formation restreinte du H3C, la commission des sanctions, présidée par Jean-Pierre Zanoto, conseiller honoraire à la cour de cassation, va tenter de déterminer pourquoi les commissaires aux comptes n’ont pas vu la fraude. Ont-ils fait correctement leur travail ? Ont-ils respecté les normes et les diligences de la profession ? Le débat risque d’être particulièrement technique sur l’application des normes. Les avocats expliqueront sans doute aussi que Monique Piffaut, qui concentrait tous les pouvoirs, orchestrait la fraude, et qu’elle trompait volontairement les commissaires aux comptes.

Pour les cabinets d’audit, les peines encourues sont lourdes financièrement, pouvant aller jusqu’à 1 million d’euros ou deux ans d’honoraires. Mais la peine suprême serait l’interdiction d’exercer, même avec sursis, et un dégât d’image. Pour les personnes physiques, l’addition maximale s’élève à 250.000 euros. Ceux-ci peuvent aussi être radiés de la profession.

Sur le plan pénal, une information judiciaire a été ouverte, en avril 2019, pour abus de biens sociaux, escroquerie, présentation de comptes inexacts, faux et usage de faux, dissimulation de la véritable situation de l’entreprise. Pour l’instant, aucun coupable ou complice n’a été arrêté. Et, un nouveau juge d’instruction doit être nommé.



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