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Finance

Affaire Wirecard : comment les hedge funds traquent les fraudes



Les vendeurs à découvert activistes se font un devoir de débusquer les charlatans à Wall Street, Paris, Londres ou Hong Kong . Ces traqueurs de fraudes cherchent les mauvaises nouvelles, leur gagne-pain, alors que les gérants traditionnels les redoutent et chassent les bonnes affaires.

Ils les trouvent grâce à leur carnet d’adresses, tous les contacts noués au cours de leur carrière. Plus rarement, des informateurs au sein des sociétés les alertent sur les pratiques douteuses de leur employeur. Leur enquête débute alors pour savoir s’ils doivent risquer leur argent en ciblant cette entreprise. La vente à découvert est par nature très risquée et donc exigeante.

Secrets inavouables

Les hedge funds (activistes, vendeurs à découvert…) ont souvent recours aux services de cabinets de détectives de haut niveau créés par d’anciens policiers, procureurs ou membres des services secrets. Muddy Waters, qui a l’un des meilleurs « track record » en matière de révélations de fraudes, a par exemple embauché des anciens de la CIA. A cet égard, les activistes ne font que répliquer les méthodes employées par un certain nombre de sociétés. Comme dans les campagnes présidentielles, un camp veut, dans la plus grande discrétion, percer les secrets inavouables de son adversaire. Si l’entreprise apprend qu’un vendeur à découvert s’attaque à elle, elle va réagir et se défendre vigoureusement. Elle mobilisera elle aussi des cabinets d’intelligence économique. Les combats entre Casino et Muddy Waters ou entre Bill Ackman et Herbalife furent particulièrement longs et âpres. A la frontière de la légalité, l’espionnage financier est utilisé prudemment, après avis de leurs avocats. Les informations recueillies par ce biais ne pourront pas être mises sur la place publique. Elles les aideront à cibler leur attaque.

Informations et « fake news »

Sur Twitter, le vendeur à découvert Muddy Waters, a récemment déclaré que les analystes financiers classiques « n’ont pas les outils et la formation pour effectuer une analyse des fraudes ». Leur employeur (banque, courtier) ne leur donne pas « le temps, le budget et les ressources » pour réaliser de longues investigations approfondies.

Sur le dossier Herbalife, Bill Ackman mobilisa pendant plusieurs mois des dizaines enquêteurs privés ainsi que ses équipes d’analystes pour démonter toute la mécanique, perverse selon lui, des ventes pyramidales. La bataille s’engagea en parallèle sur les réseaux sociaux et dans les médias. Chaque camp fit des révélations censées être compromettantes sur son adversaire. A défaut de disposer d’informations avérées, certains fabriquent des « fake news » pour tenter de faire pencher la balance de leur côté.

Technologie

Pour confondre les dirigeants, les hedge funds peuvent recourir à une technologie de pointe. Des logiciels analysent la voix de leurs discours et décèlent d’infimes changements dans leur timbre. Ils sont passés à leur insu au détecteur de mensonges de la communication financière. Pour savoir si une société trompe les investisseurs sur ses chiffres et activité, les fonds « prennent de la hauteur ». Ils s’abonnent à des entreprises d’imageries par satellites. Grâce à elles, ils savent de manière objective quelle est leur activité. L’analyse du degré d’occupation d’un parking devant une chaîne de magasin est par exemple un très bon indicateur avancé de ses ventes le trimestre suivant.

Espionnage numérique

Citizen lab a révélé le 9 juin que derrière la société indienne BellTrox Info Tech Services se cachait un redoutable groupe de pirates informatiques, « Dark Basin ». Il a espionné pour le compte de ses clients des centaines de personnes, entreprises, organisations, mais aussi des vendeurs à découvert comme Muddy Waters et Zatarra. Les hackers avaient notamment ciblé les vendeurs à découvert positionnés sur un groupe qui allait bientôt faire parler de lui, Wirecard. Les e-mails entre le Financial Times, en pointe dans les révélations sur la fraude, et des vendeurs à découvert (Zatarra) avaient été subtilisés puis rendus publics pour tenter de les discréditer. Ce travail d’exposition médiatique aurait été effectué par un groupe complice de « Dark Basin ».

fouiller les poubelles

Dans une interview , le vendeur à découvert James Chanos déclare trouver ses idées dans l’analyse des données publiques, et non pas en « fouillant dans les poubelles ». Sa valeur ajoutée consiste à savoir si « une information qui émane d’une société est intentionnellement trompeuse ». « Les machines peuvent analyser plus vite une vaste somme de données mais les vendeurs à découvert ont encore l’avantage de deviner qu’elles sont manipulées ». En 1999, c’est l’analyse approfondie de la complexe organisation du groupe Enron qui lui révéla l’ampleur de la fraude comptable. A cet égard, les réseaux sociaux et notamment Linkedin offrent aussi une manne d’informations aux hedge funds, à l’affût du moindre mouvement au sein de l’entreprise ciblée.

Coqueluche

« Le plus fou c’est quand vous mettez à jour une fraude et que Wall Street s’en moque. Cela arrive », estime Andrew Left de Citron research, sur le site Seeking alpha. Le vendeur à découvert peut réussir son investigation mais échouer à persuader les investisseurs qu’il a raison. Le détective doit être aussi un bon communicant. Quand sa cible est la coqueluche des marchés, comme jusqu’à récemment Wirecard, l’activiste entame un long et périlleux combat solitaire.

Il peut parfois compter sur la « main invisible » du marché pour l’aiguiller vers une piste. Le 6 août 2019, Muddy Waters annonça sur Twitter qu’il révélerait le lendemain le nom de la société cotée qu’il allait incriminer (Burford Capital). Mais ce jour-là le marché paria sur une autre cible, NMC Health, dont le cours plongea de 12 %. Cela incita le fonds à s’intéresser de près à cette entreprise. Quatre mois plus tard, Muddy Waters annonça qu’il s’en prenait à ce groupe et à ses « marges trop belles pour être vraies ».



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