Image default
Finance

Américains et Européens se jettent dans la bataille des normes ESG



Publié le 14 sept. 2020 à 18:54

Américains, britanniques, et européens sont engagés dans course contre la montre dans le monde de la finance durable. L’enjeu ? La rédaction du langage commun ou référentiel unique qui s’imposera aux entreprises et aux investisseurs en matière d’information extra-financière. Un peu comme les normes comptables IFRS s’imposent aux entreprises cotées. 

La bataille a lieu actuellement

La bataille a lieu actuellement. Fin juillet, l’Europe, qui a affiché à maintes reprises sa volonté politique d’avancer sur ce sujet, a sauté le pas. La Commission européenne a confié à l’EFRAG, une institution européenne en charge d’habitude d’homologuer les normes comptables européennes, une mission pour créer un référentiel commun pour les informations extra-financières. Depuis plusieurs années, l’Union européenne structure sa démarche par des réglementations diverses impliquant un besoin pressant de normalisation extra-financière, et se trouve de facto en position de leadership.

Vendredi dernier, des acteurs privés américains ont manifesté leur souhait de participer à cette initiative, se positionnant comme normalisateurs internationaux en matière de comptabilité durable. Le Carbon Disclosure Project (CDP), le Climate Disclosure Standards Board (CDSB), la Global Reporting Initiative (GRI), l’International Integrated Reporting Council (IIRC) et le Sustainability Accounting Standards Board (SASB), ont décidé d’unir leurs forces. Derrière certaines de ces organisations, on trouve de grands investisseurs comme BlackRock, ou des fournisseurs de données tels que Bloomberg.

Vision commune

Ceux-ci ont publié une vision commune des éléments nécessaires à un reporting plus complet des entreprises et ont déclaré souhaiter atteindre, ensemble, cet objectif. Ils ont fait part de leur volonté de collaborer avec des organisations clés, notamment l’Organisation internationale des commissions de valeurs (OICV), la Commission européenne et le Conseil international des entreprises du Forum économique mondial. 

Hasard ou coïncidence, cette déclaration a eu lieu le jour même où l’EFRAG, en toute discrétion, démarrait concrètement son travail sur la normalisation extra-financière. Vendredi dernier, Patrick de Cambourg, président de l’Autorité des Normes Comptables (ANC), nommé à la tête du groupe de travail, en organisait la première réunion. Cet ancien dirigeant de Mazars connaît bien le sujet. Mandaté par Bercy, en 2019, il avait rédigé un rapport sur ce thème et recommandé que l’Europe soit « la terre d’élection de l’information extra-financière ».

L’IASB à Londres s’interroge aussi

Autre acteur qui voudrait aussi intervenir dans l’élaboration des normes extra-financières, la fondation IFRS. Cette entité mère de l’IASB, chargée de l’élaboration des normes comptables internationales, basée à Londres, s’interroge sur sa stratégie en la matière.

Les professionnels de la finance durable sont préoccupés. « Certains acteurs voient dans ces normes une opportunité en termes de business : le marché de la donnée extra-financière pourrait être multiplié par 10, dans les années futures. D’autres, à l’inverse, sont animés par l’intérêt général », croit savoir un spécialiste. 

Les Européens estiment que le risque est grand que les organisations américaines imposent leur référentiel, alors même que l’Europe est pionnière. D’autant que plusieurs agences de notation extra-financière ont récemment changé de main. En 2019, le fleuron français Vigeo a été racheté par l’Américain Moody’s. Avant lui, Morningstar avait acquis 40 % du capital du néerlandais Sustainalytics ; ISS avait mis la main sur l’allemand Oekom, le suédois Ethix. 

D’autres experts de la finance sont moins inquiets. Selon eux, l’Europe, qui a abdiqué il y a 10 ans, sa souveraineté à un organisme privé , l’IASB (International Accounting Standards Board), basé à Londres, pour élaborer les normes comptables des entreprises cotées, a commis une erreur dont elle est consciente. Bruxelles ne souhaite pas recommencer. 



Source link

Autres articles

Pétrole : les majors européennes sauvées par leurs opérations de trading

administrateur

Le trading électronique profite de la crise

administrateur

Coronavirus : craignant désormais une récession, la banque centrale sud-coréenne fait chuter ses taux

administrateur

Levée de dette : semestre record pour l’Etat français

administrateur

Le patrimoine financier des ménages immunisé face à la crise

administrateur

Dans les conseils d’administration français, la diversité ne se mesure pas, mais reste faible

administrateur