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Economie

Après le confinement, l’hécatombe annoncée des auto-écoles


«On est à sec, il n’y a plus rien, certains prennent même sur leurs réserves personnelles». Les mots de Philippe Colombani, président de l’Unic, syndicat d’auto-école, sont clairs. La crise actuelle sera fatale à un grand nombre de ces entreprises. Une hypothèse plus que prévisible, déjà chiffrée par les autorités et les auto-écoles elles-mêmes : 30% d’entre elles pourraient fermer dans les mois à venir. «On est obligé de subir, le mieux c’est de faire le dos rond et de réduire les frais», résume Philippe Beaudoin, gérant de l’auto-école Beaudouin à Perpignan depuis 1985. Il en convient, «financièrement, ça va être très compliqué».

Depuis le 15 mars, les 12.500 auto-écoles de France sont fermées. Une situation dramatique pour toutes, car «les auto-écoles n’ont pas de réserves ou d’avance de fonds», explique un professionnel du secteur. Les rentrées d’argent sont à zéro, comme pour un grand nombre de structures. Face à cette situation, Philippe Beaudouin interpelle sur les nombreuses charges qui pèsent sur les auto-écoles. «Si certaines sont reportées, ça va exploser quand il faudra les rattraper», estime-t-il. Toutefois, cette semaine, une annonce du gouvernement a apaisé certaines craintes des professionnels du secteur : le report des charges patronales pour les entreprises de moins de 10 salariés ayant subi une fermeture administrative. «C’est une bouffée d’oxygène, car le report en soi n’était pas une solution», reprend Philippe Beaudouin. «Ça nous donne un peu de visibilité, mais d’autres charges courent comme celles de la location des voitures ou des loyers. L’avenir n’est pas rose», relance-t-il.

La grande majorité des auto-écoles en France comptent en effet moins de 10 salariés. Selon Philippe Beaudouin, les plus grosses structures seront plus fortement impactées. «Elles devront licencier davantage, avec des charges importantes, beaucoup de voitures en location», explique le patron de la plus vieille auto-école de la région de Perpignan. S’ajoute à cela l’incertitude de la reprise. «Comment on va protéger les clients et les salariés ?» questionne-t-il.

Réouverture approximative et 200.000 apprentis bloqués pour l’examen

Pour le moment, la date de réouverture des auto-écoles est fixée au 11 mai, mais tout reste flou. Une réunion avec les services gouvernementaux en charge de la sécurité routière au sujet des protections sanitaires, plusieurs fois reportée, s’est tenue cette semaine mais n’a pas apporté de réponse précise, selon Philippe Colombani. «On a fait un pas en avant dans la marche arrière du projet», déplore-t-il. Ainsi, les auto-écoles pourront rouvrir sur décision du préfet, même dans les «départements rouges» de la carte fournie par les autorités. «Je dis à mes membres de se préparer à rouvrir, reprend le président de l’Unic, mais certains ne veulent pas parce qu’ils ont la trouille».

Aucun protocole sanitaire n’a pour le moment été validé. «C’est le gérant de l’auto-école qui doit décider des mesures qu’il prendra et on va se fier au protocole national», ajoute Philippe Beaudouin. «On est à quelques jours de la reprise, on aurait aimé avoir quelque chose de plus carré», tacle-t-il.

A priori, masques, gants et gel hydroalcoolique seront obligatoires, comme partout. Mais faudra-t-il instaurer une vitre en plexiglas entre le conducteur et le moniteur, désinfecter les volants et les sièges ? Autant de questions qui restent en suspens. «Dans les salles de code, on peut s’arranger, mais dans la voiture il n’y a pas un mètre de distance», confirme Philippe Beaudouin. Alors il se prépare à toute éventualité. «Casque, masque, gel, nettoyage de la voiture entre chaque leçon, aération, pas de climatisation» : le directeur de l’auto-école cite toutes les mesures qui pourront être prises pour reprendre sereinement. «Pas de clim, l’été, à Perpignan, ce n’est pas simple», note-t-il toutefois. Tout cela aura un coût. Ce gérant d’auto-école assure avoir déjà acheté pour 250 euros de masques, de gels ou de plexiglas. «Même si nos marges sont déjà très faibles, on ne répercutera pas sur les prix», assure-t-il. Il ajoute : «on prenait déjà de plein fouet la concurrence des plateformes en ligne, on n’avait pas besoin de ça.»

«Ça sera à notre charge bien sûr», reprend Philippe Colombani, qui, par la voix de son syndicat, a pris les devants en préparant un guide sanitaire. «Mais les auto-écoles n’ont pas forcément les moyens», déplore-t-il. Pour cette raison, il en appelle, sans conviction, à la prise en charge de ces dépenses par l’État.

Installer une vitre en plexiglas dans la voiture: « Comment font les moniteurs s’ils ont besoin de reprendre le volant ?  »

Philippe Beaudouin, patron d’une auto-école à Perpignan

S’ajoute l’impossible tenue de l’examen du permis de conduire. Chaque année, il est passé par plus d’un million d’apprentis et actuellement, ils sont 200.000 à attendre une date. «Tout sera bloqué et la file d’attente sera très longue», explique Philippe Beaudouin. En cause, les difficultés qui se profilent sur les conditions de passage de l’examen en lui-même. «Les examinateurs ne voudront pas reprendre tant qu’ils ne seront pas certains qu’il n’y a plus de risque», estime-t-il. Philippe Colombani ajoute que la plupart souhaitent voir installer une vitre en plexiglas entre eux et l’élève. Chose impossible selon lui : «comment ils font s’ils ont besoin de reprendre le volant ?»

«Il y aura beaucoup de pression dès le retour de l’examen car celui qui le rate devra attendre longtemps avant de le repasser», reprend Philippe Beaudouin. «Déjà qu’ils n’auront pas conduit pendant plusieurs mois». À l’heure de la reprise, les auto-écoles et apprentis sont assurés qu’aucun examen voiture n’aura lieu en mai.

Une crise qui profitera aux plateformes en ligne

Crise ou non, depuis plusieurs années, les auto-écoles dites classiques se plaignent de la concurrence des nouvelles plateformes en ligne, autorisées par la loi Macron de 2014. «C’est même déloyal», chantent en chœur Philippe Colombani et Philippe Beaudouin. Ils regrettent des déséquilibres sur les prix, les coûts ou les charges et estiment, en bref, ne pas pouvoir rivaliser.

Avec la crise, cette situation que les acteurs historiques jugent déséquilibrée devrait s’accentuer. «On note environ 27% d’inscriptions supplémentaires pour le Code de la route par rapport à la normale», chiffre au Figaro Benjamin Gaignault, patron d’Ornikar, principale plateforme d’auto-école en ligne en France. À la faveur d’une importante levée de fonds de 35 millions d’euros réalisée à l’été dernier, Ornikar a ouvert un fonds dédié à ses 987 enseignants, explique son patron. Si beaucoup d’entre eux sont couverts par l’État, rappelle Benjamin Gaignault, environ 15% ont dû être indemnisés par ce fonds de 500.000 euros, qui libère environ 500 euros par bénéficiaire. Benjamin Gaignault confirme que la situation est plus facile à gérer«quand on est bien financé et qu’on obtient les aides de l’État».

En bref, l’activité d’Ornikar ne souffre pas autant et ne devrait pas subir dans les mois à venir la crise de la même façon que les auto-écoles. Et les professionnels du métier en sont conscients. «On a beaucoup de demande d’enseignants qui souhaitent nous rejoindre depuis deux semaines», assure le numéro un d’Ornikar, qui peut se targuer d’avoir déjà délivré 10% de la totalité des permis de conduire en 2019. À la reprise d’activité, le groupe assure qu’il prendra toutes les précautions. Masques, gants, gels : «on anticipe la reprise en commandant tout le nécessaire pour préserver la santé et si on veut que ça reprenne vite, on a intérêt à ce que ce soit à notre charge», explique Benjamin Gaignault. La récente levée de fonds aidera à cet approvisionnement.

Les auto-écoles tirent, elles, la sonnette d’alarme : «si demain l’État ne nous aide pas, il y aura des fermetures, du chômage et des jeunes qui perdront leur argent», avertit Philippe Colombani. «Pour ceux qui sont dans des auto-écoles amenées à fermer, je leur souhaite bien du plaisir pour en retrouver une. C’est toute la mobilité qui est en jeu, même les constructeurs de voitures et de motos devraient nous aider».



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