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Finance

Arnaque aux placements : une affaire tentaculaire



Publié le 24 avr. 2021 à 7:00

Le régulateur des marchés financiers américains, la Securities and Exchange Commission (SEC), vient d’inculper la société Spot Option et ses anciens dirigeants pour fraude sur les produits financiers. Rebaptisée Spot Tech house, la société basée en Israël, a sollicité des Américains, sans autorisation, pour les inciter à investir sur des produits financiers risqués et controversés, les options binaires. Elle les a trompés et escroqués pour un montant d’au moins 100 millions de dollars entre 2012 et 2017. Son principal actionnaire, Pini Peter et son autre associé Ran Amiran ont publié un communiqué dans lequel ils assurent que « Spot Option a adhéré aux plus hauts standards en matière de droit et subi les inspections les plus strictes des autorités. Notre société est en train de cesser son activité. Nous espérons que Dieu nous apportera de bonnes nouvelles à tous » selon le quotidien « Haaretz ». En 2015 et 2016, leur société réalisait entre 17 et 18 millions de dollars de profits et en reversait 9,6 millions à ses deux actionnaires.

Machines à sous

Au début de sa carrière, Pini Peter avait déjà été condamné pour fraude et blanchiment mais il échappa à la prison en Israël. Il investit dans les machines à sous au Kazakhstan avant de créer Spot Option en 2009. Neuf ans plus tard, Israël s’était décidé à sévir contre cette industrie après l’accumulation de milliers de plaintes de clients floués à l’étranger. Une centaine de courtiers en ligne basés à Tel Aviv réalisaient jusqu’à 5 milliards de dollars de volume par jour sur les produits dérivés proposés aux particuliers du monde entier.

Deux tiers du marché mondial

Spot Option avait connu le succès et s’était mué en une société tentaculaire, extrêmement efficace et rentable. Elle offrait ses services moyennant rémunération à d’autres entreprises désireuses d’utiliser sa plateforme et son savoir-faire (création du site et des contenus, application mobile, formation des conseillers et vendeurs…). Certaines comme L Binary et Ivory Option ont été épinglées par les autorités américaines dans le passé pour fraude et démarchage illégal. Ces sociétés agissaient comme rabatteuses de clients vers la plateforme de Spot Option. Elles lui reversaient un pourcentage des sommes qu’elles parvenaient à collecter dans tous les pays. Spot Option prélevait autour de 12,5 % des revenus de ses partenaires. A son apogée avant l’arrêt de ses activités en 2018, la galaxie Spot Option et ses 300 partenaires revendiquaient près des deux tiers des volumes mondiaux du marché des options binaires.

85 % en 60 secondes

Spot Option avait établi des barèmes de gains/pertes qui laissaient peu d’espoir à ses clients de gagner de l’argent à long terme. Mais dans ses publicités elle affirmait qu’il était tout à fait possible de gagner 85 % en seulement 60 secondes. Le client idéal des escrocs, le plus rentable, était le « joueur pathologique » hyperactif qui alimentait de manière régulière son compte. Il ne fallait pas qu’il perde trop d’argent d’un coup afin qu’il garde espoir dans ses capacités de trader à remonter la pente. Les sociétés de la galaxie Spot Option limitaient le montant que les clients pouvaient récupérer chaque mois et les encourageaient à persévérer dans leur trading. Entre fin 2014 et juin 2016, les particuliers ne parvinrent à récupérer qu’entre 18 % et 25 % des sommes qu’ils avaient déposées dans ces sociétés. Le reste avait été perdu dans leurs opérations de trading et empoché par les courtiers. Les pertes des clients constituaient leurs profits, ce qu’elles se gardaient bien de divulguer.

Expatriation et diversification

« Aucune procédure judiciaire n’a été lancée en Israël contre les milliers d’employés de l’industrie des options binaires. Spot Option a, en coulisses, reçu des centaines de milliers de dollars en financement gouvernemental, entre 2014 et 2016, pour élargir ses opérations en Chine, alors même que nous révélions l’existence de l’escroquerie et que les régulateurs tentaient de faire interdire cette industrie » rappelle le journal en ligne « Times of Israël ». En 2016, il avait publié une retentissante enquête intitulée « Les loups de Tel Aviv », sur le secteur de l’arnaque financière en ligne. Il avait prospéré au cours du temps dans ce pays générant des milliards de dollars de profits. En France , ces escrocs ont fait de nombreuses victimes dans tous les milieux.

Interdites d’exercer en Israël depuis 2017, les firmes d’options binaires se sont installées à l’étranger (Ukraine, Chypre …). Elles se sont aussi diversifiées sur un secteur très florissant et en forte expansion, les cryptomonnaies . Tout le savoir-faire (technique de persuasion, publicités, bonus pour appâter les clients, blanchiment…) accumulé lors des escroqueries sur les options binaires a été décliné et appliqué à d’autres actifs et produits financiers. La plupart des dirigeants et têtes pensantes de ces arnaques ont échappé à la prison et sont introuvables sinon intouchables.

Les options binaires : des produits régulièrement montrés du doigt

Toutes les sociétés de la galaxie Spot Option faisaient la promotion, de manière très agressive, des options binaires, des produits financiers très controversés dont la commercialisation aux non professionnels est interdite en Europe depuis juillet 2018. Ce sont des paris risqués souvent à court terme sur différents actifs (actions, devises, cryptomonnaies…), comme sur le fait que le cours d’une action dépasse un certain niveau. Si le client a raison il gagne un montant prédéfini et s’il a tort il perd tout ou partie de son investissement. Le client « joue » contre son prestataire qui est sa contrepartie. Plus il perd de l’argent plus son courtier en gagne. Ce qui incite ce dernier à structurer ces paris de manière défavorable pour ses clients.



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