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Economie

Au bord de la rupture, certains établissements de nuit s’arrangent avec la loi pour rouvrir


C’est l’un des secteurs torpillés par cette année noire. Depuis six mois, le monde de la nuit est contraint de dormir la nuit. Et de pleurer le jour. Depuis mars et les premières mesures de restriction, puis de confinement, les discothèques sont fermées et ne vivotent – quand elles ne mettent pas déjà la clé sous la porte – qu’avec les aides de l’État. «Les salariés sont complètement exsangues», constate Patrick Malvaës, président du Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs (SNDLL). Face à cette situation, certains lieux décident donc d’avancer le calendrier pour rouvrir, plutôt que d’attendre les calendes grecques.

Le week-end dernier, au moins deux boîtes de nuit ont ouvert leurs portes, générant une batterie de critiques sur les réseaux sociaux, pour presque autant de messages de soutien. Selon nos informations, d’autres clubs auraient également contourné l’obligation de fermeture ces dernières semaines, voire ces derniers mois. Mais sans jamais entraver la loi. En réalité, il s’agit plutôt là d’un simple jeu de bonneteau avec la préfecture de police.

À Paris, depuis la phase 2 du déconfinement, les établissements de «type N» peuvent ouvrir : ce sont les établissements classés «restaurants et débit de boissons». Mais en préfecture, les boîtes de nuit sont rangées à la lettre P, qui classe les «salles de danse et salles de jeux.» Et pour elles, c’est fermeture nette et sans compromis depuis mars.

Les boîtes de nuit ne rouvriront pas

Frédéric Hocquard, adjoint à la maire de Paris en charge de la vie nocturne

Ainsi, via une simple déclaration administrative, des établissements ont fait le changement de type P à type N pour ouvrir leurs portes, en toute légalité, sous réserve de s’en tenir aux mêmes contraintes que dans les restaurants, et donc au protocole sanitaire en vigueur. En bref, si la mairie de Paris assure qu’«aucune dérogation de réouverture n’a été délivrée par la préfecture de Police», c’est parce qu’aucune dérogation n’est nécessaire dans le cadre de ce changement administratif.

Des alternatives à l’étude

Ce que confirme Patrick Malvaës : «depuis des mois il y a ça. Ce qui m’étonne c’est qu’on découvre l’eau tiède maintenant». Il assure que ces ouvertures sont identiques à celles des restaurants ou des bars, car elles se font également sous la condition de la distanciation sociale, des gestes barrières et du respect du protocole sanitaire. Selon le président de ce syndicat, rien ne justifie certaines ouvertures plutôt que d’autres. «On paie la double peine, déplore-t-il. On n’a rien fait cet été car on était fermé et on nous avait dit qu’on pouvait rouvrir en septembre. Mais depuis, on paye pour les autres et on ne peut pas rouvrir car les contaminations repartent à la hausse. On paye les clusters de l’été alors que nous n’y sommes pour rien».

«Ils étaient en dehors des clous», répond Frédéric Hocquard, adjoint à la maire de Paris en charge de la vie nocturne, au sujet des deux bars discothèques ouverts ce week-end. L’adjoint à la mairie préfère louer de son côté les dérogations de cet été, les seules valables à ses yeux, accordées aux terrasses de péniches notamment, ou plus globalement aux lieux où la distanciation et le plein air primaient. C’est d’ailleurs sur ce dernier point que l’adjoint insiste. «Si on veut sauver la nuit parisienne, il faut faire du plein air», note-t-il. Il cherche donc des solutions pour continuer à faire la fête en priorisant la santé de chacun, car il en convient pour les mois à venir, «les boîtes de nuit ne rouvriront pas.»

Plusieurs pistes sont donc évoquées à la mairie de Paris. Place de la Bourse, les quais de Seine, les parcs, les bois : Frédéric Hocquard imagine toutes les possibilités, à condition, encore une fois, d’être en plein air et d’avoir de l’espace. Il se félicite du succès de Border City, cet été, un gigantesque plein air entre Paris et Aubervilliers «où aucun problème n’a été remonté». Plus loin encore, la mairie de Paris discute avec la SNCF, apprend-on, pour «continuer à accueillir des événements festifs nocturnes» là où s’élevait encore l’année dernière le club «Dehors brut». Ce site qui appartient à la SNCF, dans le sud-est de la capitale, n’accueille plus d’événements depuis de longs mois. La crise du coronavirus pourrait donc conduire à sa réouverture.

Des professionnels au bord du gouffre

Mais les discothèques, elles, si elles peuvent peut-être reprendre un peu de service en investissant de façon provisoire des lieux de plein air, pourraient rester fermer encore un bout de temps. «Peut-être jusqu’à mars», évoque Patrick Malvaës. Citant à l’appui les derniers chiffres du syndicat, son président depuis 36 ans évoque déjà 32 dépôts de bilan et 250 à 300 professionnels qui s’interrogent. Côté emploi, le chiffrage est précis : déjà 6000 postes perdus et entre 25.000 et 30.000 personnes concernées à terme.

«C’est l’équivalent des suppressions en aéronautique mais nous, on n’a pas eu 7 milliards d’euros d’aide», déplore-t-il. Il regrette d’ailleurs que l’aide promise en juin, juillet et août aux acteurs du secteur, plafonnée à 15.000 euros, n’ait pas encore été versée à tous. Un message que l’on entend au ministère de l’Économie, mais qui se justifie par un point bien précis. «La décision (de cette enveloppe) a été prise fin juillet, explique-t-on. Pour qu’elle soit applicable, il fallait passer par un décret, puis par la concrétisation technique et législative.» Ce qui explique le retard à l’allumage. Bercy assure désormais, «conscient de la gravité de la situation», que toutes les entreprises de la nuit peuvent bénéficier depuis un peu plus d’une semaine de ce fonds de solidarité

Patrick Malvaës déplore aussi que son secteur soit absent du plan de relance présenté la semaine dernière par le gouvernement. Il demande ainsi que les aides en vigueur soient reconduites pour les trois prochains mois. «Les gars sont en train de crever, ils sont désespérés», conclut-il. Une réunion devrait avoir lieu prochainement pour discuter de ce point.



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