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Economie

Avec le déconfinement, Paris redécouvre les bruits d’une vie normale


REPORTAGE – Les professionnels de la restauration retrouvent avec joie ces petits riens qui égayent et rythment leur vie quotidienne.

Ils font partie de notre vie courante, à tel point qu’on oublie parfois qu’ils existent, perdus dans la cacophonie ambiante. Pourtant, leur disparition nous marque, et leur retour nous fait sourire. «Ils», ce sont ces petits bruits, parfois honnis, parfois chéris, qui rythment les heures de professionnels, de riverains et de consommateurs, chaque jour. Du brouhaha des conversations ponctuées de rires aux chants résonnant tard dans la nuit, en passant par les grognements d’effort des sportifs et les murmures des visiteurs d’un musée, panorama d’un aspect discrètement remarquable du déconfinement à Paris.

Dans ce petit bistro des Batignolles, on accueille de nouveau des clients en salle. En s’accoudant quelques minutes au bar, on entend le cliquetis des couverts, les pas pressés du personnel s’affairant autour des tables, les discussions feutrées des clients, le sifflement de la machine à café, le personnel qui s’interpelle. Un panorama classique, mais qui avait disparu du paysage depuis de long mois. Essuyant une myriade de verres fraîchement lavés, une serveuse admet être bien contente de retrouver un air pré-Covid. «Pour nous, le quotidien, c’est le bruit des machines, celle à expresso, la vaisselle qu’on entasse», souligne la jeune femme.

Un peu plus loin, en face de la mairie de l’arrondissement, le gérant d’un bar dont la terrasse s’étale sur la belle place Richard Baret indique en souriant qu’il s’est fait très vite au retour de ces sons émaillant la vie d’un cafetier. Son équipe n’a pas eu de problème à se remettre au travail, bien au contraire : «on était tous contents de retrouver ça. Le silence était bizarre, notamment le samedi matin» : sans le ballet du personnel installant la terrasse, le grincement des chaises qu’on traîne, le tintement des verres qu’on transporte, la place était bien vide. «Maintenant, elle reprend vie», ajoute-t-il, un œil rivé sur les nombreuses tables occupées, dehors.

Joie du retour

Dans les musées, comme au Louvre, on retrouve depuis quelques jours ce bruit de fond des conversations discrètes, chuchotées devant les œuvres. Au cinéma, les échanges avant et après le film, un «chut» occasionnel interrompant celui qui ose parler pendant la séance. Dans les salles de sport, le souffle des abonnés s’exerçant sur les machines, couvert par une musique d’ambiance.

Les professionnels confessent leur soulagement de retrouver le «chaos» d’une activité normale. Une frénésie qu’ils avaient perdue pendant les confinements. «Ça nous avait manqué, le bruit de la vaisselle, le brouhaha des conversations. On baigne là-dedans au quotidien, c’est notre métier et on aime ça», raconte la gérante de la brasserie Saint-Augustin, dans le 9ème arrondissement. «Au bout d’un moment, on n’y fait même plus attention», le fracas devient un ronronnement de fond presque rassurant, agréable à l’oreille, considère-t-elle.

«Cela fait partie de la vie quotidienne d’un établissement : ça bouge, c’est dynamique, ça s’interpelle, il y a parfois un coup de gueule…», commente la patronne d’un petit bistro de quartier, rive droite, en essuyant ses couteaux. Cette ambiance avait aussi manqué aux clients, assure-t-elle. Pour ce gérant de bar-tabac, près de la place de Clichy, c’est surtout le «pshiit-bling» du décapsuleur ouvrant une bouteille qui rythme la journée. Ça, et les conversations : dehors, son employé discute en riant avec une cliente.

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Une reprise parfois difficile

Pendant les confinements, «les gens étaient un peu drogués au silence», pourtant anormal dans une métropole, note une restauratrice. Une affirmation exacte : l’arrêt des activités a entraîné une chute des décibels et «un silence inhabituel» dans la région parisienne, selon Bruitparif. Une chute particulièrement notable dans les lieux festifs de la capitale, comme la Butte-aux-cailles ou Châtelet. La cacophonie habituelle de la vie urbaine a même été remplacée, pendant un temps, par le chant des oiseaux, qu’on entendait à nouveau piailler.

Avec le déconfinement, le niveau sonore redevient plus élevé et peut surprendre, voire déplaire. Si certains sont heureux de retrouver ces bruits, d’autres le vivent avec angoisse. Rien d’anormal, indique Sébastien Hof, psychologue et psychothérapeute à Besançon : «avant, il y avait un bruit ambiant présent dans les grandes villes, qu’on avait intégré. C’est notre matière, en tant qu’humain, de nous assimiler à notre environnement. On filtrait ces bruits dans notre quotidien. Pendant le confinement, ces filtres sont tombés. Là, on a tellement perdu l’habitude d’entendre ces sons que ce niveau sonore n’est pas si évident à accepter», alors qu’il reste inférieur aux niveaux classiques enregistrés avant la pandémie.

« Cela fait partie de la vie quotidienne d’un établissement : ça bouge, c’est dynamique, ça s’interpelle, il y a parfois un coup de gueule… »

La patronne d’un petit bistro de quartier parisien.

Le constat est à double tranchant, souligne le professionnel : d’un côté, le retour de ces bruits indique la normalité, la vie, l’activité, les discussions, la vie sociale. De l’autre, «il peut être générateur de difficultés pour se concentrer, pour le sommeil, générer de la fatigue et de l’irritation», au travail comme chez soi. Une situation particulièrement désagréable pour ceux qui habitent près de terrasses bondées, le soir, et qui ont perdu l’habitude d’entendre des fêtards dans leur rue. «Un certain type de population composait avec ce silence, et peut se retrouver confronté à cette masse de bruit qui n’avait pas été entendue depuis longtemps», indique l’expert. «C’est surtout pour les voisins que ça va être compliqué», confirme une serveuse dans le 17ème arrondissement.

Alors, comment se réhabituer à cette nouvelle normalité ? Sébastien Hof conseille de «ne pas se focaliser» sur le bruit, notamment si celui-ci perturbe le sommeil. «Si on se concentre dessus, c’est pire, il faut focaliser son attention sur autre chose». Le psychologue suggère également un «exercice» : «si j’entends un marteau-piqueur qui me dérange, j’essaie de le mélanger avec quelque chose qui me paraît agréable pour qu’il donne le rythme d’un son moins gênant et moins troublant», décrit l’expert.

Les riverains des bars bruyants ont un peu de temps pour se préparer: le couvre-feu reste d’actualité encore quelques semaines et préserve au moins en partie leurs nuits. Déjà, les clients sont récalcitrants à partir à l’heure limite, nous rapportent plusieurs bars, qui y voient la preuve d’une volonté de poursuivre la fête tout au long de la nuit.

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