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Economie

Baisse du taux d’occupation dans les Ehpad : les professionnels inquiets


Cette baisse est en partie due aux nombreux protocoles sanitaires qui ont retardé les admissions de nouveaux résidents.

« La situation est inédite » partage Annabelle Vêques, la présidente de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa). Alors que les taux d’occupation étaient toujours très élevés et les listes d’attente prisent d’assaut, beaucoup d’Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ne croulent désormais plus sous les demandes. Une évolution qui suscite des inquiétudes.

Le groupe Korian, leader du secteur avec près de 500 établissements en France, a connu depuis le début de la crise sanitaire « une baisse de 5 points du taux d’occupation » de ses établissements, partage le groupe. Selon Korian, cette baisse est due à l’effet combiné de plusieurs facteurs, liés à la pandémie. En premier lieu, les protocoles sanitaires, nombreux et très contraignants. « Quand il y a des cas de Covid, les protocoles de l’ARS et du ministère de la santé n’autorisent pas l’arrivée de nouveaux résidents » explique-t-il. Des mesures sanitaires compréhensibles, mais qui grippent le bon fonctionnement des Ehpad. Pour Annabelle Vêques ces protocoles – «plus de 50 depuis le début de la pandémie» – ont retardé de nombreuses admissions : « les gens se sont dit qu’ils allaient différer, attendre que la crise passe, ils ne voulaient pas voir leur proche que tous les 15 jours ». Même si des dérogations sont accordées pour les « situations urgentes », les admissions ont été ainsi presque gelées lors du premier confinement.

Pour la directrice de la Fnadepa, cette situation est préoccupante, car si la santé des résidents est bien sur la priorité des directeurs d’établissements, ces derniers ne peuvent pour autant évacuer la question économique. «Le modèle économique des Ehpad est viable seulement si le taux d’occupation est très élevé», explique-t-elle.

Ces inquiétudes ne sont toutefois pas partagées par tous les directeurs d’établissement : « Il y a de forte disparité selon les régions » précise Jean Marc Plantade. Pour la directrice de la Fnadepa, « il faudrait une enquête nationale de l’État pour y voir un peu plus clair » et mieux cerner l’ampleur de ces transformations.

Que laissent augurer les campagnes de vaccination ? « Avec le vaccin cela repart, mais on n’a pas retrouvé les niveaux d’avant crise » constate Jean-Marc Plantade. Malgré tout, la présidente de la Fnadepa reste confiante : « les résidents sont maintenant primo-vaccinés à 99%, les personnes dans nos maisons de retraite seront donc les lieux les plus sécuritaires de France. La collectivité qui était auparavant un risque crée désormais une bulle sanitaire ».

Des informations qui devraient rassurer les personnes dépendantes et leurs familles et ce d’autant plus qu’une défiance grandissante envers ces établissements s’est développée avec la crise. Une dizaine d’Ehpad fait en effet l’objet de plaintes, ces établissements sont accusés d’avoir délaissé les résidents pendant la crise sanitaire. Des scandales de plus en plus nombreux et qui n’aident pas à redorer l’image déjà négative des Ehpad.

Cette réputation pousse même certaines personnes à trouver d’autres solutions. « Avec mes frères et sœurs nous envisagions l’an dernier de placer notre mère en Ehpad » raconte Louise*, la soixantaine et dont la mère – dépendante depuis peu – souffre de plusieurs pathologies. Malgré « de vives pressions exercées par le corps médical » Louise et sa famille ont finalement opté pour une solution alternative à l’Ehpad : le maintien à domicile avec hébergement d’un étudiant et « le recours à tous les moyens d’assistance financièrement accessibles » comme l’aide à domicile, la douche à l’italienne, etc. Ces alternatives auraient connu un grand succès à la faveur de la crise sanitaire comme l’affirme Aurélie Besançon, directrice marketing de Ouihelp, une agence d’aide à domicile qui compte une vingtaine d’antennes en France : « Nous avons dû recruter davantage pour faire face à la demande». La jeune directrice constate chez les «aidants», les proches des personnes dépendantes, une «peur de l’Ehpad». «Au-delà du moral de leur proche, les gens s’inquiètent désormais pour leur santé» explique la directrice. À l’avenir, le recours à l’aide à domicile pour les personnes au seuil de la dépendance sera peut-être plus systématique.

*Le prénom a été modifié



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