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Economie

Baisse superficielle du taux de chômage, en attendant le choc de la rentrée


Le taux de chômage est tombé à 7,1 % de la population ac­tive en France (hors Mayotte) au deuxième trimestre, son niveau le plus bas depuis 37 ans (1983). Mais ce nouveau recul de 0,7 point, qui permet au pays d’atteindre quasiment l’objectif fixé par Emmanuel Macron pour la fin de son ­quinquennat, est « en trompe-l’œil », souligne l’Insee. Confinés jusqu’au 11 mai, les Français sans emploi n’ont en effet pas pu procéder à la recherche active d’un nouveau poste, ni se déclarer disponibles pour reprendre une activité, deux conditions cumulatives nécessaires pour être considéré ­comme chômeur au sens du Bureau international du travail (BIT). Les chiffres trimestriels diffusés jeudi reflètent donc une baisse mécanique, mais ne traduisent « pas une amélioration du marché du travail », souligne l’institut qui avait fait la même mise en garde lors de la publication des chiffres du premier semestre (-0,3).

Pour Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, les statistiques hebdomadaires, diffusées pour la pre­mière fois par l’Insee, permettent d’avoir une estimation beaucoup plus précise du taux de chômage probablement plus proche de 9 % que de 7 %. « Ce que ces statistiques permettent de constater, c’est la trace profonde du confinement sur l’emploi », renchérit Emmanuel Jessua directeur des études de COE-Rexecode. Mais pour les deux économistes, le meilleur indicateur reste le « halo autour du chômage », qui regroupe les plus de 2,5 millions de personnes considérées comme inactives alors qu’elles souhaitent un emploi. « Leur nombre a bondi : en trois mois, elles sont 770. 000 de plus », relève Emmanuel Jessua. Et si l’économiste affirme que toutes ces personnes ne viendront heu­reusement pas grossir les rangs des chômeurs et que certaines devraient retrouver un emploi dès qu’elles pourront reprendre leurs recherches actives, ce chiffre donne néanmoins une bonne idée de l’importance du choc à venir.

Ajustement en vue

« Les statistiques de l’Insee s’arrêtent au mois de juin. Les conséquences des plans sociaux déjà annoncés (Nokia, Renault, Nextradio, TUI France, Air France et Airbus… NDLR) ne sont pas encore visibles », explique Éric Heyer, pour qui l’ajustement de l’emploi au choc du Covid-19 n’a pas encore eu lieu. Chômage partiel, report de charges, prêts garantis par l’État… le dispositif d’aides publiques a pour le moment permis d’amortir l’impact de la crise sanitaire. « Normalement, avec une chute de 14 % de l’activité au deuxième trimestre, nous aurions dû avoir un décrochage au moins équivalent de l’emploi. Il aurait dû y avoir environ 4 millions d’emplois détruits », assure-t-il. Soit bien davantage que les 616. 900 postes supprimés depuis le début de l’année 2020, selon les derniers chiffres de l’Insee publiés la semaine dernière.

Avec un chômage partiel moins généreux, les prêts garantis par l’État qu’il faudra rembourser et le paiement des charges reportées qu’il faudra honorer, les économistes craignent un ajustement brutal dès le trimestre prochain. « Les 8 semaines de confinement et les 8 semaines de déconfinement ont globalement coûté 180 milliards d’euros. Si l’État et les collectivités territoriales ont pris à leur charge 100 milliards, 60 milliards restent à celle des entreprises. Un montant impossible à absorber sans qu’il y ait de faillites », estime Éric Heyer, qui appelle à soutenir davantage les entreprises pour sauver l’emploi. Emmanuel Jessua plaide aussi pour un plan de relance ciblé. « Jusqu’à maintenant, il fallait des aides d’urgence. Désormais, nous entrons dans une seconde phase où il faudra avoir une approche plus sectorielle pour soutenir notamment le tourisme, l’événementiel, l’aéronautique, pour limiter les restructurations ». Car si les contrats courts ont essentiellement pâti de la crise pour le moment, l’économiste prévoit l’entrée dans « une phase de chômage plus dur ».



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