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Economie

«Bravo», «Felicitations !»… Ces applications qui permettent de transmettre des compliments au travail


Depuis quelques années, des outils digitaux tentent d’instaurer une culture de bienveillance dans les entreprises en facilitant les compliments, retours, et remerciements.

««Merci de me recevoir tous les matins avec ce sourire», « Tu es vraiment un pilier dans cette équipe », «Merci pour ces réglisses qui adoucissent nos journées au bureau ». Ces compliments et ces mercis, les utilisateurs de Cocoworker en reçoivent des dizaines chaque mois. Un peu trop «bisounours» dans la culture professionnelle française ? Pas forcément. Car depuis quelques années, plusieurs start-up proposent des solutions digitales qui misent sur la puissance de la gratitude et du feedback pour développer le bien-être au travail et les compétences non-techniques des salariés. Une promesse qui en séduit plus d’un en cette période, avec la généralisation du télétravail et le manque de relation « gratuite » entre collègues.

« Il y a quelques années je prenais un nouveau job où je devais sortir de ma zone de confort et je pensais ne pas être à la hauteur. J’ai surpris une conversation entre mon DRH et mon manager qui tous les deux mettaient en lumière des forces que je ne pensais pas avoir. Pour une fois, je n’étais pas reconnue pour mon CV mais pour qui j’étais vraiment » raconte Marion Choppin qui, pour partager cette expérience au plus grand nombre, a depuis développé Listen Léon : une application qui permet d’envoyer des compliments anonymes à ses collègues. Pour la jeune entrepreneuse Listen Léon est une sorte de « coffre-fort de l’estime de soi » où les employés des dix entreprises qui l’utilisent peuvent puiser pour mieux connaître leurs forces et renforcer leur motivation au quotidien. Les messages qui y sont entreposés, « de 140 caractères minimum », sont impérativement « bienveillants et positifs » : une intelligence artificielle est d’ailleurs là pour s’en assurer.

Mais à ne donner que des compliments sans offrir des points d’amélioration les personnes peuvent-elles vraiment progresser ? « On a essayé une option où il était possible de donner des points d’amélioration, mais en fait les gens n’en veulent pas » assure la fondatrice. Les utilisateurs attendent surtout qu’ on leur « révèle leurs forces », des talents qui, parce qu’on les exerce « spontanément», sont invisibles à nos yeux, précise la fondatrice de Listen Léon qui en égrène quelques-uns : gentillesse, humour, art de convaincre, …

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5feedback, la notation sur cinq étoile

« Ces qualités ne dépendent pas du niveau technique » précise Bertrand Ponchon, fondateur de 5feedback, dont l’application permet, grâce à un système de notation sur 5 étoiles, de voir de façon confidentielle quelles sont ses compétences mais aussi – c’est là une de ses spécificités – ses points d’amélioration. Pour ce serial entrepreneur dont la solution a déjà séduit plus de 35.000 utilisateurs, la demande de feedbacks sous forme de notation est bien présente, en particulier chez « les générations Y ou Z [qui] sont habituées à être évaluées constamment et qui elles-mêmes notent et évaluent les applications, les sites internet, etc. ».

Cocoworker, le réseau social du compliment

Cocoworker, tout comme Listen Léon, privilégie pour sa part les retours exclusivement positifs. Un choix qui laisse Nathalie Rolland, directrice associée chez Eurogroup consulting, dubitative : «si on n’a pas en plus du feedback positif un feedback de développement c’est un peu faiblard» juge cette consultante spécialisée sur les questions RH. Mais pour Faustine Duriez, la fondatrice et présidente de Cocoworker, le contenu positif du message n’empêche pas la personne qui le reçoit de s’améliorer. Loin de se reposer sur ses lauriers, cette dernière aurait «envie de se mettre au niveau du compliment» reçu, argumente la jeune entrepreneuse. Et à plus forte raison quand ce compliment est public : c’est là une particularité de Cocoworker, la plupart des compliments envoyés sont visibles par tous les salariés de l’entreprise. C’est «comme un Facebook » illustre l’un des 8000 utilisateurs de la plateforme, chef d’entreprise en Espagne. Pour Faustine Duriez, cette transparence « permet de décloisonner» les différentes équipes au sein de l’entreprise et de développer la « transversalité ». En outre, toutes ces données récoltées sur la plateforme Cocoworker fournissent une assistance au management par la visualisation des interactions entre les membres. «On peut voir quelle personne s’isole, s’il y a des sous-cultures qui se forment, si on a manqué d’attention à telle personne de son équipe » partage la fondatrice de Cocoworker.

Des contextes culturels qui diffèrent

Une utilisation des données qui pourrait susciter des inquiétudes chez les utilisateurs : les compliments peuvent-ils être de bonne foi quand on se sait observé ? Faustine Duriez se veut rassurante : « l’analyse des données permet seulement de prévenir les risques », de mettre au jour « des choses que l’on ne pourrait pas voir sinon ». Par ailleurs, l’entrepreneuse remarque que cette méfiance est très liée à un contexte culturel particulier. Au Mexique ou aux États-Unis, « il n’y [a] pas du tout les mêmes objections qu’en France où on trouve une défiance naturelle, une peur d’être espionné » constate-t-elle. Pour Bertrand Ponchon, qui a implanté sa solution dans 25 pays, la confidentialité des feedbacks séduit surtout « les cultures où il y a un respect du chef très fort comme dans les pays du sud de l’Europe, en Asie et au Moyen-Orient ». Grâce à l’application «on va plus oser faire des retours à son supérieur » explique l’entrepreneur.

Plus que les cultures nationales le dirigeant de 5feedback perçoit une vraie différence dans l’accueil de sa solution en fonction des cultures d’entreprises. Par exemple, « chez Leroy Merlin où il y a un fort esprit d’équipe », beaucoup de feedbacks se prolongent, à la demande de la personne notée, par une rencontre autour d’un café. « Tout dépend du niveau de confiance dans l’entreprise » conclut Bertrand Ponchon. Pour créer cette culture de bienveillance et de confiance, les dirigeantes de Cocoworker et Listen Léon insistent toutes deux sur l’importance d’instaurer une routine. Ainsi, chez Cocoworker 30 minutes minimum par mois seront consacrées à l’écriture de compliments quand les utilisateurs de Listen Léon sont eux invités à se programmer des « rituels d’équipe » réguliers.

«Pic d’utilisation et de nouveaux clients»

Des cultures d’entreprise qui, pour ces entrepreneurs, ont révélé toute leur valeur avec la crise sanitaire et la généralisation du télétravail. « Avec le Covid, c’est devenu une évidence, on s’est rendu compte de la richesse des liens informels » relit Marion Choppin qui a remarqué «un pic d’utilisation et de nouveaux clients » pendant les confinements. La jeune dirigeante, qui s’était vue un temps qualifiée de « naïve », l’affirme : « désormais, le sujet du compliment et de la gratitude en entreprise n’est plus tabou ».

Reste à savoir si ces solutions 100% digitales ne seront pas délaissées par les employés qui aspirent peut-être à retrouver, en cette période de déconfinement et avec la fin du télétravail obligatoire, des relations plus spontanées, «en physique». Nathalie Rolland le souligne : ces applications doivent «compléter un usage plus classique en présentiel» mais ne sauraient s’y substituer.



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