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Economie

Ces prêts à impact qui engagent les entreprises


FIGARO DEMAIN – Le coût de ces financements est allégé si l’emprunteur atteint les objectifs sociaux ou environnementaux préalablement fixés.

Un crédit peut-il mettre en lumière la politique RSE de l’entreprise? C’est bien ce qu’espérait FM Logistic qui gère les stocks et les transports pour de grands groupes (Carrefour, L’Oréal…) en souscrivant en janvier un prêt à impact. Depuis dix ans, cette entreprise familiale implantée en Moselle (et qui a réalisé 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2020) investit pour faire certifier ses bâtiments HQE (Haute qualité environnementale) et réduire ses émissions de gaz à effet de serre. «Nous avons commencé à réfléchir à une démarche RSE aussi pour le financement. Mais nous étions trop petits pour les “green bonds”, explique Jean-Michel Dray, directeur financier. Le prêt à impact, financement bancaire classique, était en revanche bien adapté.» Cette solution de financement, encore peu connue, doit son nom aux règles qui régissent l’évolution de son taux d’intérêt: il est minoré si l’entreprise atteint en cours de route des objectifs RSE préalablement définis et peut parfois aussi être relevé si elle échoue.

FM Logistic a ainsi emprunté 122 millions d’euros sur neuf ans auprès d’un pool de 9 banques, avec pour arrangeur LCL. Le taux d’intérêt sera réduit de 10 points si l’entreprise augmente le pourcentage de bâtiments HQE par rapport à la totalité des surfaces d’entrepôt, réduit encore les gaz à effet de serre dans l’entreposage (climatisation…) et conserve la notation gold qui lui a déjà été attribuée par l’agence de notation RSE EcoVadis. Sinon, le taux est majoré de 10 points. Le succès ou l’échec s’apprécient chaque année «Les objectifs chiffrés ont été discutés avec LCL, pour être ambitieux mais atteignables», ajoute Jean-Michel Dray.

Avec ce prêt, la politique ESG (environnement, social, gouvernance) de l’entreprise gagne en crédibilité aux yeux des clients puisqu’elle est reconnue par des tiers, plutôt fiables, s’il s’agit de plusieurs banques. «Elle se trouve aussi sacralisée: nous ne pouvons pas revenir en arrière», souligne le directeur financier. Un atout important. S’il y a quelques années encore les efforts environnementaux de l’entreprise ne passionnaient pas les clients, «aujourd’hui, c’est un critère qui entre en ligne de compte dans les appels d’offres, au même titre que le prix ou la qualité de service», rappelle Jean-Michel Dray.

Une tendance de fond

À l’autre bout de la France, la PME bretonne Lumibird, fabricant de technologies laser pour l’industrie, la science, l’équipement médical (126,7 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020), a elle aussi choisi un financement à impact «pour porter les valeurs de l’entreprise», indique Pierre Vallalta, son conseiller financier. Cette fois, ce n’est pas un prêt bancaire qui a été souscrit mais un placement privé en euros ou Euro PP: il s’agit d’un emprunt contracté directement auprès de plusieurs investisseurs, et non de banques. Si l’entreprise parvient à augmenter le pourcentage de personnes handicapées dans ses équipes françaises et à créer des emplois sur son site de Lannion (Côtes-d’Armor), le coût de ce prêt de 40 millions d’euros sera réduit d’environ 5 %.

L’idée de souscrire un tel financement a été suggérée par MidCap, la société de Bourse qui accompagnait l’entreprise. «Cet Euro PP à impact est une forme de reconnaissance pour l’entreprise: tout le monde a le pouvoir de changer les choses, mais tout le monde ne le fait pas. Nous, si!», insiste Pierre Vallalta. En parallèle, Lumibird a souscrit des prêts bancaires classiques, sans impact, pour plus de 100 millions d’euros.

Comme FM Logistic ou Lumibird, un nombre croissant d’entreprises ne demandent qu’à se laisser tenter par ces prêts engageants qui ont une belle image. «Dans 90 % des rendez-vous sur le financement, nos clients évoquent les prêts verts, à impact, la RSE et nous interrogent sur les modalités pour y avoir recours», souligne Benoite Armand-Pieyre, chargée de la clientèle des entreprises des réseaux France à la Société générale. «C’est une tendance de fond», renchérit Sandrine Enguehard, responsable de la structuration à impact.

Un atout commercial

Avec la vague RSE accentuée par la crise sanitaire les banques s’attendent à voir ces prêts atypiques s’installer durablement dans le paysage, du moins pour les prêts d’un montant suffisant, au moins 15 millions d’euros le plus souvent aujourd’hui. Elles se mettent donc en ordre de marche et développent leur expertise sur le sujet. «Dans le crédit, les marges sont challengées et la concurrence sévère. Être en capacité de proposer des prêts à impact constitue un atout commercial vis-à-vis de la clientèle des moyennes et grandes entreprises», souligne ainsi Olivier Nicolas, directeur du marché des entreprises chez LCL.

Selon lui, les prêts à impact pourraient représenter 10 % à 20 % du marché d’ici à quelques années. «Les entreprises, de plus en plus attendues sur leur trajectoire RSE, vont se sentir tenues d’apporter des preuves de leurs engagements, ajoute-t-il. Ainsi, cette solution intéresse les entreprises déjà engagées dans une démarche RSE mais aussi celles qui entament leur réflexion en y voyant là une occasion de l’initier.»

Peu importe donc, pour l’instant, que la rentabilité de ces prêts s’avère souvent un peu plus faible. «Ils sont plus gourmands en temps puisqu’il faut aussi fixer et contrôler les objectifs RSE, rappelle Matthias Kuntz, senior advisor chez MidCap Partners et président du cabinet de conseil en financement Fundamental Partners. Le prêt à impact trouve un écho chez certains dirigeants, et auprès des jeunes générations. Mais les investisseurs, eux, ne gagnent pas davantage.» C’est ce qui explique la modestie des rabais consentis aujourd’hui par les financiers en échange des efforts RSE des emprunteurs. «Un trop important manque à gagner les découragerait d’y participer», estime Matthias Kuntz.

Le Figaro

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