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Economie

cet accord avec le Mexique qui inquiète les agriculteurs français


Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, a annoncé jeudi 18 juin l’organisation d’une conférence européenne sur la souveraineté alimentaire à la rentrée. Au cours des dernières semaines, l’exécutif a plusieurs fois fait l’éloge du patriotisme alimentaire.

«Il est important d’acheter français», expliquait par exemple Didier Guillaume, le 3 juin. «Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond, à d’autres, est une folie», avait lui-même déclaré le président de la République, Emmanuel Macron, lors de son discours aux Français le 12 mars.

Malgré ces marques de soutien, les agriculteurs français sont inquiets. En cause ? Un accord européen de libre-échange. Fin avril, en pleine épidémie de coronavirus, la Commission européenne a en effet bouclé les derniers détails d’un nouvel accord commercial avec le Mexique.

Sur le site de la Commission européenne, cet accord est présenté sous un jour très positif. «Le nouvel accord éliminera les droits de douane perçus sur la plupart des dernières marchandises sur lesquelles le Mexique en perçoit encore, en l’occurrence presque uniquement des produits alimentaires et des boissons. Ce sera chose faite dans les sept ans de la mise en application de l’accord», peut-on lire. «Grâce à ce nouvel accord, l’UE sera en mesure d’exporter des produits qui se vendent très bien en dehors de l’Europe», poursuit le texte, citant les volailles, les fromages, le porc, le chocolat et les pâtes alimentaires.

Importation de 20.000 tonnes de viande

Les agriculteurs français, eux, sont très loin de partager l’enthousiasme de la Commission. Dès le 29 avril, dans un communiqué, l’association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes (Interbev) s’alarmait : «La Commission européenne vient de finaliser, ce mardi 28 avril, un accord commercial modernisé avec le Mexique pour ouvrir le marché européen aux viandes bovines mexicaines, à hauteur de 20.000 tonnes par an, à 7,5% de droits de douane. Et ce, alors que les viandes bovines mexicaines, qui ne présentent pas de garanties suffisantes sur le plan sanitaire, étaient jusqu’à aujourd’hui exclues des échanges commerciaux entre l’UE et le Mexique». L’association appelait Emmanuel Macron à «s’opposer à ce nouvel accord UE-Mexique» et à «bloquer toute négociation en cours portant sur l’ouverture du marché européen à de nouveaux volumes de viandes bovines issues de pays tiers».

«Nous attendons que la France et l’Europe mettent désormais en cohérence leurs actes avec leurs discours, pour nous protéger de la concurrence déloyale de viandes importées et nous permettre de poursuivre notre mission nourricière du pays», indiquait également le président d’Interbev, Dominique Langlois, dans ce communiqué.

Outre l’importation de 20.000 tonnes de viande bovine, les syndicats agricoles expliquent que d’autres filières françaises vont être impactées. Dénonçant un accord opaque, ils indiquent que le texte prévoit aussi l’importation de 10.000 tonnes de viande porcine et de 10.000 tonnes de volailles (sur 5 ans et avec des droits de douane préférentiels de 7,5%) ainsi que l’importation de 35.000 tonnes de miel sur 7 ans (sans droits de douane).

«Une impression de foutage de gueule»

Contactés par Le Figaro, plusieurs syndicats agricoles détaillent les raisons de leur hostilité à cet accord. «On a une grosse impression de foutage de gueule, on nous fait des beaux discours sur le fait de relocaliser et 15 jours après on apprend que l’accord est finalisé», fustige Denis Perreau, secrétaire national de la Confédération paysanne. «Nous ne sommes pas contre le commerce international mais contre les accords bilatéraux où l’agriculture est bradée et sert de monnaie d’échange. Cet accord n’a pas lieu d’être», poursuit Aurélien Clavel, vice-président du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA).

Les syndicats dénoncent notamment la concurrence déloyale. «Les coûts de production mexicains sont équivalents à 47% des coûts de production français», rappelle Denis Perreau. Selon les agriculteurs, le marché européen va être «inondé par de la viande peu chère qui ne respecte pas les normes européennes».

«Il n’y a aucun moyen de contrôle sur les produits importés, sur les standards de production, l’utilisation de produits phytosanitaires ou le bien-être animal», détaille Aurélien Clavel. «Aujourd’hui, les Mexicains ne font pas de viande sans hormone. Pour alimenter leurs vaches, ils ont droit à des farines animales alors qu’en France c’est interdit depuis la crise de la vache folle. Ils n’ont pas les mêmes normes que chez nous», déplore Denis Perreau.

Ratification au Parlement français

L’accord entre l’Union européenne et le Mexique doit encore être soumis au Conseil et au Parlement européen pour signature, comme le détaille le site de la Commission européenne. Il doit aussi être ratifié par le Parlement français. Pour l’heure, la date du vote dans l’Hexagone n’a pas encore été fixée. «Il ne sera jamais voté dans les circonstances actuelles», explique au Figaro le député LREM Jean-Baptiste Moreau.

Contacté à plusieurs reprises sur le contenu de l’accord et le calendrier du vote, le ministère de l’Agriculture n’a pas répondu à nos sollicitations. Interrogé le 3 juin sur Sud Radio, Didier Guillaume estimait toutefois que cet accord avait été pris à «contretemps». «Il sera soumis à ratification mais l’heure n’est plus à ratifier ce genre d’échange (…) Il faut une exception alimentaire, on n’échange pas des aliments contre des voitures», avait-il ajouté.

Reste à savoir si cet accord connaîtra le même destin que l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (Ceta), qui n’a toujours pas été ratifié par la France…. mais s’applique provisoirement depuis près de 3 ans. «L’accord doit passer devant le Parlement de chaque pays mais il risque d’être en service avant que les pays l’aient validé», craint Denis Perreau.



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