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Finance

Climat: le scénario des banques centrales jugé trop optimiste



Publié le 15 févr. 2021 à 12:36

Le postulat de base utilisé par les banques centrales pour évaluer dans quelle mesure le risque climatique pèse sur le secteur financier serait-il trop optimiste ? C’est en tout cas ce qu’estiment les ONG Oil Change International et Reclaim finance dans un rapport qu’elles publient conjointement ce lundi.

Les deux organisations affirment en effet que les scénarios climatiques élaborés par le NGFS – le réseau pour le verdissement du système financier au sein duquel se sont regroupées de nombreuses banques centrales, dont la Banque de France – reposent de façon démesurée sur des technologies de capture et de séquestration de CO2 (CSC), alors que l’efficacité de ces techniques fait encore débat.

« Le NGFS parie sur des niveaux de CSC qui excédent toutes les estimations scientifiques, affirme l’un des auteurs, Paul Schreiber, de l’ONG Reclaim Finance. Un de ces scénarios impliquerait d’y consacrer entre un quart et la moitié de l’ensemble des terres cultivables ».

Seuil maximum

Le rapport montre que dans le scénario de référence des banques centrales, qui mène à un réchauffement climatique de 2°C, la capture de CO2 atteindrait près de 12.000 mégatonnes par an dans la seconde moitié du 21e siècle. C’est deux fois plus que le niveau maximum que les scientifiques recommandent de ne pas dépasser compte tenu des risques présentés par ces techniques (impact sur les sols, sur les ressources en eau, sur la sécurité alimentaire). Même le scénario qui fait état d’un usage limité de la capture de CO2 excède le seuil maximum recommandé par les scientifiques.

En outre, selon l’ONG Reclaim Finance, cette part importante prise par la CSC dans les scénarios du NGFS suggère « qu’une réduction marginale de la production de combustibles fossiles est suffisante » pour limiter la hausse des températures à 2°C, voire « permet que des milliards soient encore investis dans l’extraction ». De quoi accroître l’exposition du secteur financier au risque climatique, que le NGFS veut justement limiter.

Dans un avis technique publié au mois de juillet dernier, l’Ademe, l’agence de la transition écologique, assure en effet que la CSC « est une des solutions qui permet de réduire les émissions des sites industriels de grande taille sans changer le moyen de production ». Cependant, elle émet de fortes réserves quant à la possibilité d’en faire un élément déterminant de lutte contre le réchauffement climatique et va jusqu’à la qualifier de « pari risqué ».

« La mise en oeuvre du CSC pour atteindre la neutralité carbone est à envisager en tant que dernière étape dans une stratégie de décarbonation », peut-on lire dans cette note. A ce jour, seuls une vingtaine de sites de capture ont été développés dans le monde, qui ne permettent d’absorber que 23 millions de tonnes de CO2 par an. Un volume « anecdotique au niveau mondial » juge l’Ademe. Par comparaison, les émissions de gaz à effet de serre de la France sur son territoire sont aujourd’hui d’environ 441 millions de tonnes de CO2 par an.

Ce rapport est publié quelques jours après que la Banque de France s’est montrée particulièrement offensive sur la question du changement climatique. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a en effet appelé à intégrer le risque climatique dans la politique de rachat d’actif (QE) de la Banque centrale européenne.



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