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Economie

Comment des investisseurs dijonnais ont perdu 40 millions d’euros en cryptomonnaies


Des dizaines de familles et d’amis de la région dijonnaise se sont recommandé un fonds local de placement en bitcoin… Avant de voir leurs investissements s’évaporer. Récit.

Quand on parle d’arnaque aux monnaies numériques, on s’imagine volontiers des hackers retranchés derrière leur écran à l’autre bout du monde. Mais dans l’affaire RR Crypto, tout s’est déroulé autour de la ville de Dijon, sous la férule d’un entrepreneur bien connu de cette tranquille ville bourguignonne âgé de 26 ans à peine. Pour l’une des plus grosses escroqueries aux cryptomonnaies en France: entre 40 et 58 millions d’euros évaporés.

Le 20 juin dernier, le fondateur du fonds de gestion RR Crypto Vincent Ropiot envoie un mail en forme d’aveux à ses clients. «Les fonds ne sont plus présents sur le portefeuille». Quelques jours plus tard, il détaille l’ampleur de la catastrophe à ses salariés. «Nous n’avons plus de fonds, zéro et ça fait depuis mars que ça dure» écrit-il en affirmant avoir été «trahi, utilisé, volé». Avec pour seule justification un «piratage de son compte» sur Binance. La plateforme d’échange de cryptomonnaies nie pour sa part l’existence même d’un compte RR Crypto.

Le mail envoyé par Vincent Ropiot à ses clients pour évoquer la disparition des fonds. RR Crypto

Pour les investisseurs de RR Crypto, le choc est rude. Entre mars et juin, RR Crypto a pourtant continué à afficher de solides plus values, manifestement trafiquées Aujourd’hui, RR Crypto laisse plus de 2 000 investisseurs dépossédés, entre 40 et 60 millions d’euros envolés et deux millions d’euros de dettes. Comment expliquer que l’entreprise ait suscité puis trahi une telle confiance ?

«Autodidacte» du bitcoin

À sa tête, Vincent Ropiot se présente comme un «autodidacte» du bitcoin. En 2013, le Dijonnais en achète pour 3 000 euros alors qu’il est à peine majeur. Un coup de poker qui lui rapporte plus de 300.000 euros et une certaine notoriété parmi les entrepreneurs de sa ville. Une quinzaine de patrons de l’écosystème de Dijon placent ainsi leurs crypto-actifs dans RR Crypto, lancée en 2019.

La structure présente une façade respectable. Des locaux dans une zone commerciale, une vingtaine de salariés recrutés comme conseillers chargés d’accueillir les clients ou «traders» pour gérer les fonds. «De l’extérieur, tout semblait sérieux», admet Olivier Champion, un Dijonnais qui a perdu 7 000 euros dans RR Crypto. Chaque mois, cette connaissance de Vincent Ropiot reçoit un bilan détaillé de son portefeuille comme chacun des investisseurs.

Conquis par cette rigueur apparente et la perspective de plus-values allant jusqu’à 37%, les clients parlent de RR Crypto autour d’eux. «Leur clientèle, c’est 80% de bouche-à-oreille», estime Philippe*, qui leur a confié 20.000 euros. C’est lors d’une discussion avec un ami de longue date, conseiller pour la société, que cet employé des transports municipaux songe à investir. «RR Crypto, c’était la simplicité, raconte-t-il. Je donnais mon argent converti en cryptos et ils s’occupaient de tout»

Ses gains atteignent +25% en février. Ce trentenaire raconte sa bonne fortune aux repas de famille, à la machine à café. «Une quinzaine de personnes autour de moi, dont mes parents, ont mis un total de 200 000 euros chez RR Crypto», fulmine-t-il. Quand ce ne sont pas des proches qui recommandent le filon, des avocats, des juges au tribunal de commerce de Dijon et de même des sportifs s’en chargent en toute bonne foi.

Signaux d’alerte

Pas suffisant cependant pour masquer les incohérences du projet. RR Crypto n’est pas enregistrée comme société, ne possède officiellement qu’un statut juridique d’association et n’a pas l’autorisation de l’AMF pour gérer des actifs numériques. Sur certains forums spécialisés, les premières accusations d’arnaques se font jour à partir d’août 2020.

Vincent Ropiot s’en défend dans un long post d’explication à l’été 2020. À chaque fois que sa structure est prise pour cible, le jeune homme donne le change. Il anime un séminaire en ligne le 31 mai dernier, soit trois semaines avant de lever le voile sur le gouffre financier. En toute sérénité, il évoque la future branche immobilière de RR Crypto, RR Immo. «C’était rassurant de le voir parler de projets futurs», se souvient Philippe, spectateur du wébinaire.

Acculé, le dirigeant de RR Crypto a donc fini par révéler le désastre fin juin. Et s’est justifié en se disant victime d’un piratage sur Binance pour lequel il a porté plainte. Une justification crédible selon certains investisseurs lésés. L’avocat d’un collectif de victimes estime que les premiers éléments indiquent davantage «une pyramide de Ponzi», une duperie financière où l’argent des nouveaux investisseurs permet de rembourser les plus anciens avec des retours sur investissements mirobolants. Pour autant, le scénario de la pyramide de Ponzi colle mal au schéma RR Crypto puisqu’aucun versement régulier n’était promis.

La section cybercriminalité du parquet de Paris a déjà ouvert une enquête. Pendant ce temps, la liste des victimes ne cesse de s’allonger et pourrait être bien supérieure aux 2 600 recensées pour l’instant. «Je reçois des appels de nouveaux investisseurs chaque jour, qui viennent tous de Côte-d’Or», constate Fabien Kovac, avocat qui conseille également une association de victimes. Les premières plaintes ont été déposées la semaine dernière. Le procès ne devrait pas se tenir avant «2024 voire 2025» d’après l’avocat. «Je n’ai pas de haine, réclame pour sa part Philippe*. On mérite au moins de savoir la vérité.»

(*) prénom modifié par souci d’anonymat



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