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Finance

Comment la crise du coronavirus a sapé les fondamentaux de la toute-puissance du dollar



Publié le 31 juil. 2020 à 6h19

Plus dure sera la chute. Le dollar a perdu plus de 3 % au cours du mois de juillet, sa pire performance mensuelle en 10 ans. Conséquence, l’indice dollar spot, qui mesure le cours de la monnaie américaine contre un panier de devises, évolue à son plus bas niveau en deux ans . Incertitudes politiques, tensions commerciales, hausse du chômage et persistance du coronavirus fragilisent le billet vert. Décryptages des menaces qui pèsent sur le roi dollar.

1- Le dollar engagé dans une phase baissière

A entendre les spécialistes des marchés des grandes banques d’investissement internationales, la baisse du dollar a toutes les chances de se poursuivre. Un certain nombre d’entre eux ont revu leurs pronostics à la baisse. Dans une note récente, Alan Ruskin et George Saravelos de Deutsche Bank, estiment que leurs précédentes prévisions d’une parité euro-dollar à 1,20 en fin d’année, 1,25 fin 2021 et 1,30 fin 2022 sont probablement trop « prudentes ». « Toute la question est désormais de savoir si la phase de baisse actuelle du dollar marquera un retournement de l’ampleur de ceux de 1985 ou de 2002 ou si la correction restera contenue. » Chez Goldman Sachs, les stratégistes de marché tablent sur un déclin supplémentaire de l’indice du dollar de plus de 5 % au cours des 12 prochains mois. « En dépit de la dernière phase de correction, l’équipe pense que le billet vert reste surévalué […] Le dollar est négativement corrélé avec la santé de l’économie mondiale, qui s’améliore beaucoup plus rapidement hors des Etats-Unis qu’à l’intérieur. »

2- Le dollar n’est plus une valeur refuge

Au début de la crise sanitaire, le dollar avait bénéficié à plein de son statut de valeur refuge. En temps de crise, les investisseurs se réfugient vers les emprunts d’Etat américains, considérés comme les actifs les plus sûrs sur les marchés. Entre le 9 et le 20 mars, l’indice pondéré du dollar avait progressé de 8 %. « Le dollar bénéficiait d’une prime à la sécurité. Il était surévalué par rapport aux fondamentaux de l’économie américaine, notamment les parités de pouvoir d’achat », explique Vincent Juvyns chez JP Morgan AM. Cette prime à la sécurité est de moins en moins justifiée aux yeux des investisseurs. En cause : la gestion chaotique de la crise sanitaire qui freine la reprise de l’économie, et les tensions avec la Chine. Certains comme Ray Dalio, le fondateur de Bridgewater s’en sont inquiétés. Pour lui, le conflit commercial, technologique et géopolitique avec la Chine menace de dégénérer en « une guerre du capital », susceptible de fragiliser le billet vert.

3 – Des taux moins attirants

Dans un monde où les rendements se sont effondrés, et où les volumes d’obligations affichant un taux négatif ont dépassé les 14.000 milliards de dollars, les Etats-Unis faisaient figure d’exception. Placer ses liquidités en dollars restait l’une des rares façons de bénéficier d’une rémunération intéressante. Début 2020 encore, les Treasuries à 10 ans rapportaient 1,92 % tandis qu’il coûtait aux investisseurs 0,22 % de détenir des Bunds allemands de même maturité. De quoi attirer des flux de capitaux importants aux Etats-Unis et maintenir le billet vert à des niveaux élevés. La crise du Covid est venue rogner les rendements offerts. « Les taux américains, courts et longs, étaient les plus rémunérateurs au sein du G10 pendant presque 3 ans, témoigne Deutsche Bank. Ils sont désormais loin d’être exceptionnels. » La Réserve fédérale, qui avait déjà pris par surprise les marchés en baissant ses taux directeurs, le 3 mars, les a ramenés à 0 % . Du côté des taux longs, les incertitudes sur la fin de la crise du coronavirus et le regain de tensions géopolitiques ont fait plonger jeudi le rendement des Treasuries à 10 ans à un plus bas historique : 0,56 %.

4 – Des déficits qui se creusent

Les marchés montrent une inquiétude croissante face au creusement du déficit budgétaire américain, qui atteint des niveaux rarement vus. « Sur les neuf premiers mois de l’année fiscale, le déficit du budget fédéral approche déjà 3.000 milliards de dollars, soit 14 % du PIB. La situation budgétaire ne peut se comparer qu’avec la guerre civile ou les deux guerres mondiales », confirme Bruno Cavalier chez Oddo BHF. Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à avoir augmenté leurs dépenses pour tenter d’amortir le choc économique lié à la crise du coronavirus. Mais, avertit Nomura, « même si les gouvernements de toutes les grandes puissances économiques ont augmenté leurs déficits à cause de la crise du coronavirus, la question à long terme sera de savoir quels sont les déficits qui seront les plus difficiles à financer et quels sont ceux qui resteront longtemps en place. » Or les Etats-Unis n’ont pas montré par le passé, un grand empressement à assainir leurs comptes publics. De plus, ils affichent en parallèle une balance commerciale elle aussi négative. Ces « déficits jumeaux » font peser des craintes sur la capacité ultime des Etats-Unis à rembourser leur dette, en partie parce qu’ils sont très dépendants des investisseurs étrangers.

5 – Un statut de monnaie de réserve fragilisé

Le dollar règne encore sans partage dans l’univers des devises de réserves. Selon le FMI, le billet vert représente 62 % des réserves de changes des banques centrales dans le monde et est utilisé dans 88 % des transactions sur les devises. Mais il pourrait voir son statut remis en cause, avertissent les analystes de Goldman Sachs. Ces derniers pointent les craintes d’une dépréciation du dollar, entraînée par une résurgence de l’inflation. Avec une hausse des dépenses publiques outre-Atlantique qui creuse les déficits et un bilan de la Réserve fédérale qui a bondi de plus de 2.800 milliards de dollars au premier semestre, le risque d’une perte de confiance dans la monnaie américaine est réel, souligne Goldman Sachs. Ce n’est pas la première fois que cette déchéance du roi dollar est annoncée. Mais jusqu’ici elle ne s’est jamais concrétisée. Notamment parce qu’il n’existe pas d’alternative. Malgré sa popularité sur le Vieux Continent, l’euro n’a pas encore convaincu à l’international .



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