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Economie

Comment le Time Magazine désigne chaque année la «personnalité de l’année»


Cette année, le titre revient au duo formé par le président américain élu Joe Biden et sa prochaine vice-présidente Kamala Harris. Depuis plus de 90 ans, l’hebdomadaire américain entretient le mystère autour de cette distinction.

C’est un rendez-vous attendu chaque année. Le Time Magazine a désigné ce vendredi le président américain élu Joe Biden et sa prochaine vice-présidente Kamala Harris «personnalités de l’année». Cette distinction vieille de plus de 90 ans et mondialement relayée est emprunte de mystère. «The person of the year» – «POY», pour les initiés – est «la ou les personnes qui ont le plus influencé l’actualité et nos vies, en bien ou en mal», rappelait l’ex-rédactrice en chef adjointe de l’hebdomadaire, et actuelle rédactrice en chef de Vanity Fair, Radhika Jones, dans les colonnes du Time, en 2013.

Le prix n’est donc pas une récompense. Hitler a d’ailleurs été nommé en 1938, suivi de Staline en 1939 – et une seconde fois en 1942. L’élu peut être également une chose ou un collectif. En 1982, le magazine a désigné le premier «POY» non-humain, à savoir l’«Ordinateur». En 2017, un collectif, les « Silence Breakers », désignant notamment les personnes qui ont révélé le scandale Harvey Weinstein, ont obtenu le titre.

Le magazine Time a nommé le 6 décembre 2017 les «Silence Breakers» «Person of the Year». «The Silence Breakers» désigne un large éventail de personnes, principalement des femmes, qui ont accusé le magnat disgracié d’Hollywood Harvey Weinstein et qui ont partagé leurs histoires d’abus en utilisant le hashtag #MeToo et ses équivalents en langue étrangère. TIME INC. / BILLY & HELLS / AFP

L’hebdomadaire entretient le secret autour de la méthode de fabrication du titre. Le média américain n’a pas répondu aux sollicitations du Figaro mais il a apporté quelques réponses, en 2015, sur le forum Quora. «Les éditeurs TIME s’appuient sur un large éventail d’opinions pour choisir la personnalité de l’année», dévoilait ainsi le magazine. Plus concrètement, en septembre, une réunion est organisée au cours de laquelle les «rédacteurs et rédacteurs en chefs ont 5 minutes pour présenter un candidat et tenter de convaincre qu’il ou elle sera le ”POY”» de l’année. Les lecteurs peuvent également donner leur avis en ligne. Cette année, «les travailleurs essentiels» en première ligne dans la lutte contre le Covid ont remporté le sondage.

Outre cette réunion et la consultation des internautes, le mystère reste entier. «Au moment où la personnalité de l’année est révélée, seule une poignée d’employés du Time connait la décision», explique en effet le journal. «J’ai travaillé au Time pendant presque deux décennies et je n’ai jamais connu l’identité de la personne de l’année avant les imprimeurs de l’Oklahoma», confirmait l’une des rédactrices en chef du magazine, Belinda Luscombe, en 2014. «Il y a un air de ”cape et d’épée” à tout cela : beaucoup de fichiers protégés par mot de passe, un groupe de réunions secrètes et parfois du papier brun sur les fenêtres des portes des bureaux», confiait la journaliste. Les finalistes portent même des noms de code.

«Une force de l’histoire»

Pour comprendre l’intérêt de ce prix, il faut revenir à sa genèse. En 1927, les rédacteurs en chefs du Time Magazine se sont aperçus qu’ils n’avaient pas réussi à mettre en couverture Charles Lindbergh, raconte Radhika Jones, en 2013. L’Américain est le premier aviateur à avoir relié New York à Paris sans escale et en solitaire – ce qui lui aura valu le surnom de «l’aigle solitaire» – en mai 1927. Pour pallier cet «oubli», les rédacteurs en chef ont décidé de le mettre en couverture plusieurs mois plus tard en titrant «l’homme de l’année».

Leur idée est devenue une tradition et au-delà de l’événement médiatique, une façon de laisser une trace dans l’histoire. «Le défi est, d’une part, d’essayer de décider qui représente le mieux l’actualité de l’année. Mais le choix doit également avoir une valeur archivistique. Vous devez avoir le sentiment qu’il résistera à l’épreuve du temps», explique encore Radhika Jones en 2013. Ce doit être «quelqu’un, ou dans de rares cas, quelque chose, qui ressemble à une force de l’histoire», résume la journaliste.

Le Time a nommé Donald Trump «Personnalité de l’année» de l’année 2016 pour sa victoire électorale qui a réécrit les règles de la politique, le mettant à la tête d’une Amérique divisée. NADAV KANDER / TIME INC. / AFP

Cette explication ne suffit pas à faire taire les critiques. Au contraire, pour certains, le seul intérêt du «POY» est de vendre davantage. «Un groupe de rédacteurs en chef du Time s’assoit et choisit quelqu’un qui, selon eux, vendra un tas de magazines. C’est leur façon d’écrire un résumé de fin d’année, orienté autour d’un chiffre», blâme un internaute, en réponse à celle de l’hebdomadaire sur Quora. La personnalité de l’année «est l’un des grands outils marketing du magazine et sa marque de fabrique. Dans une période où les lecteurs vont peu en kiosque, cela permet de doper ses ventes», explique Jean-Clément Texier, spécialiste des médias au Figaro. Mais pour lui, le Time n’est pas à blâmer pour autant. «La presse magazine, plus que la presse quotidienne, a dans son ADN la nécessité de ”faire des coups” pour vendre. C’est, de plus, totalement cohérent avec la volonté du Time de ne pas être seulement un journal américain et de dépasser ses frontières», ajoute l’expert.

Le choix de la «personnalité de l’année», fait lui aussi parfois l’objet de reproches. La désignation de l’Ayatollah Khomeyni, en 1979, avait par exemple créé la polémique. En 2001, c’est l’attribution du titre au maire de New York, Rudolph Giuliani, au lieu d’Oussama ben Laden, qui avait suscité le débat. «You» («vous», NDLR) nommé «POY» en 2006 pour honorer les personnes qui ont eu un rôle dans le développement d’internet et de la communication via les réseaux sociaux avait également provoqué des railleries.

L’année dernière le titre, décerné à Greta Thunberg, figure de la lutte contre le changement climatique, avait lui aussi soulevé des critiques. La Suédoise, est devenue, à 16 ans, la plus jeune «personnalité de l’année» de l’histoire.



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