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Finance

Comment les hedge funds ont spéculé sur l’alternance politique américaine



Publié le 13 nov. 2020 à 13:03Mis à jour le 13 nov. 2020 à 13:04

Les hedge funds américains, qui gèrent autour de 1.950 milliards de dollars, n’ont pas été pris de court par la victoire de Joe Biden, largement anticipée. Dan Loeb , l’activiste de Third Point, aurait gagné 400 millions de dollars en pariant sur la hausse de Wall Street au lendemain de l’élection, selon le Financial Times. Son fonds de 13,5 milliards de dollars a gagné 4,3 % entre le 1er et 4 novembre. Prudents face à une élection qui pouvait toujours réserver des surprises, les fonds quantitatifs avaient réduit leur allocation sur les grandes valeurs technologiques du Nasdaq depuis le mois d’août. Selon Lyxor, les hedge funds américains avaient réduit leur prise de risque avant le 3 novembre en se souvenant de la tempête de novembre 2016 et l’élection surprise de Donald Trump. Ils ne voulaient pas jouer leur année sur un coup de dé électoral. Sur les actions, ils ont notamment privilégié les groupes exposés à la reprise économique en Asie en se méfiant des titres plus risqués de la technologie. Pour les gérants globaux, l’or a encore fait figure d’actif indispensable.

Coup de poker

A rebours de cette prudence, le téméraire Bill Ackman , a récidivé lundi, jour de l’annonce du vaccin de Pfizer. Le gérant estime que cette information va conduire à un relâchement des comportements. Il parie sur la détérioration de l’économie américaine, selon ses déclarations lors d’une conférence. Son pari sur les produits dérivés de crédit est moins fort qu’en mars quand il lui rapporta 2,6 milliards de dollars de profit, le plus beau coup de sa carrière. Le financier, qui n’a guère la fibre démocrate, doute des capacités de la nouvelle administration à gérer la crise. Une violente altercation avait eu lieu avec Joe Biden lors d’un dîner à Las Vegas en 2017. Elle fut provoquée une remarque déplacée du gérant sur la mort du fils du démocrate. « Monsieur je sais tout, ne manquez plus jamais de respect à mon fils décédé ! », s’était emporté le futur président des Etats-Unis.

Galaxie Soros

Stanley Druckenmiller un des anciens bras droits de George Soros estime que le programme du démocrate (hausses d’impôts…) va peser sur Wall Street dans les années à venir et provoquer un dérapage des prix. Un environnement inflationniste qui va selon lui profiterau bitcoin . Scott Bessent , un autre gérant ayant fait ses armes chez le financier hongrois et à la tête du fonds Key Square, avait prévenu ses clients avant l’élection. En cas de « vague bleue », il spéculerait sur la remontée des taux à 10 et 30 ans américains. Ce scénario ne s’est pas réalisé avec un court avantage des républicains au Sénat, mais une remontée graduelle des taux outre Atlantique n’est plus exclue par la communauté des hedge funds, notamment depuis l’annonce du vaccin de Pfizer.

Remontée des taux

Les hedge funds quantitatifs (CTA) continuent de parier sur la baisse des taux à long terme dans la plupart des grands pays (Etats-Unis, Canada, Italie…) à quelques exceptions (Japon, Allemagne, Corée). Mais selon la banque Nomura, ces hedge funds pourraient « virer de bord » massivement dans les deux prochains mois en pariant désormais sur une remontée des taux longs globale et notamment aux Etats-Unis dans un contexte de reprise économique mondiale. Ces hedge funds qui s’efforcent de capter des tendances de moyen terme sur les marchés, mettent 3 à 5 mois pour passer d’une position acheteuse à vendeuse sur les grands marchés obligataires. Ils le font si une nouvelle tendance forte débute dans le cycle des marchés. La Réserve fédérale va s’efforcer de contenir les anticipations des marchés et des fonds pour éviter qu’ils fassent trop monter les taux d’intérêt et étouffent une reprise économique encore fragile. Ces craintes sur la croissance alimentent la faiblesse du dollar.

Blues du dollar

Les hedge funds Global macro (qui investissent sur tous les grands marchés) parient encore sur la baisse du dollar . Le billet résiste et gagne 0,6 % depuis l’annonce de la victoire de Joe Biden mais sans vague bleue . C’est ce scénario de victoire écrasante qui aurait été le plus défavorable pour la devise américaine, en baisse de 4 % cette année. Finalement, les fruits de la lutte contre le dollar fort, une des obsessions de Donald Trump, c’est peut-être le démocrate qui va les récolter, sous la forme d’un regain de compétitivité à l’exportation.

Félicitations

Très pragmatique, l’association des hedge funds, la Managed Funds Association a félicité le duo démocrate victorieux en lui rappelant que beaucoup de fonds de pensions américains et d’organisations de charité investissaient dans les hedge funds. « Ce sont 26 millions d’Américains, professeurs, pompiers, fonctionnaires », qui comptent sur les fonds alternatifs « pour financer leur retraite et diversifier leurs placements ». Les hedge funds ont hâte de travailler avec la nouvelle administration pour promouvoir des « marchés financiers, justes, efficaces et transparents ».



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