Image default
Finance

Coronavirus : les marchés attendent une hausse significative du plan d’urgence de la BCE


C’est une réunion très attendue par les marchés qui se tiendra jeudi à la Banque centrale européenne (BCE). D’abord parce qu’elle sera l’occasion de découvrir les nouvelles prévisions des économistes de la banque centrale, les premières à prendre en compte les effets du coronavirus. Christine Lagarde a déjà averti que le tableau serait sombre. Mais aussi parce que la BCE devra répondre à une question à 500 milliards d’euros. Celle de savoir si la banque centrale va augmenter la taille de ses interventions exceptionnelles pour contrer les conséquences du Covid-19 sur l’économie.

Pour éviter un risque de fragmentation des coûts d’emprunts des Etats, qui aurait pu conduire à un éclatement de la zone euro, la BCE avait mis sur la table, le 18 mars, un plan d’urgence pandémie (PEPP) de 750 milliards d’euros. Une enveloppe destinée à acheter massivement des obligations, sans contrainte de pays ou de durée. Ce geste fort a permis de ramener le calme, notamment sur les taux italiens , à chaque fois que c’était nécessaire.

Rythme soutenu

Problème : au rythme auquel les acquisitions sont effectuées, cette enveloppe pourrait être épuisée dès le mois d’octobre, voire avant. « Même si le montant des achats dans le cadre du PPP a ralenti depuis son pic de 8,5 milliards par jour au début du mois de mai, son rythme actuel laisse penser que les 750 milliards d’euros seront dépensés à la fin du mois de septembre, alors que la BCE s’est engagée à maintenir son programme au moins jusqu’à la fin de l’année », souligne Gilles Moëc, chez AXA IM.

Une perspective préoccupante pour la stabilité des taux européens. Car, même si la BCE s’en est défendue officiellement à plusieurs reprises, les investisseurs estiment qu’avec le PEPP, la banque centrale cible un niveau de taux qui ne doit pas être dépassé. Autrement dit, elle déploie toute sa force de frappe dès qu’elle estime qu’une hausse des coûts d’emprunt d’un Etat n’est pas justifiée. C’est cette assurance que la BCE ne laissera pas les rendements des différents pays s’écarter trop fortement qui a permis de « normaliser » le marché.

Plus de 1.000 milliards d’euros

« Mécaniquement, la BCE va devoir rallonger son enveloppe d’au moins 350 à 400 milliards d’euros, c’est-à-dire la faire passer au-delà du seuil symbolique de 1.000 milliards d’euros pour atteindre décembre sans encombre, poursuit Gilles Moëc. Dans sa communication, la BCE semble tout à fait ouverte à une telle extension. » Elle pourrait même, dès le 4 juin, l’augmenter de 500 milliards d’euros. « Bien sûr, elle pourrait attendre septembre pour le faire, quand – espérons-le – la forme de la reprise se dessinera un peu mieux, analyse pour sa part Carsten Brzeski, chez ING. Mais le fait que l’enveloppe puisse être épuisée en octobre pourrait conduire rapidement à de dangereuses spéculations sur le marché. »

La BCE pourrait aussi annoncer qu’elle réinvestira les montants issus du remboursement des titres achetés dans le cadre du PEPP pendant une assez longue durée. L’hypothèse d’une décision incluant, dans les achats de la banque centrale, des « anges déchus » – c’est-à-dire des titres ayant quitté la catégorie « investissement » pour la catégorie « spéculative » – est aussi évoquée. Un autre sujet chaud sera l’examen de l’adaptation des programmes d’achats d’obligations si la justice allemande interdit à la Bundesbank d’y participer. La BCE a promis de poursuivre sa politique de soutien à l’économie « sans se décourager », mais un retrait de la banque centrale allemande serait source de nombreuses difficultés.

Détente sur les taux

Si elle s’annonce délicate, la réunion de la BCE se tiendra néanmoins dans un contexte moins agité que les précédentes . Le début du déconfinement a apporté une bouffée d’air frais sur l’économie de la zone euro. Surtout, la Commission européenne a présenté le 27 mai, un plan de relance de 750 milliards d’euros, très largement inspiré par la proposition franco allemande . Il prévoit notamment 500 milliards d’euros de financements sans remboursement pour les Etats européens, qui seront levés grâce à des obligations européennes. L’Italie pourrait ainsi obtenir, selon UBS, 82 milliards de subventions européennes. De quoi calmer les inquiétudes des marchés : au début de la crise du coronavirus, le rendement à 10 ans de l’Italie avait bondi à 2,40 %. Il évolue désormais à 1,40 %.

Menace sur les Bund ?

C’est peut-être la fin d’un règne sans partage. La dette d’Etat allemande pourrait voir son rôle d’actif phare de la zone euro remis en cause par les nouvelles obligations émises par l’Union européenne. Faute de titres européens de référence, les marchés s’étaient repliés sur les Bund. Ce qui a permis à l’Allemagne d’enregistrer une demande constante et de bénéficier de taux extrêmement bas. Les 500 milliards d’euros visés par Bruxelles ne suffiront pas à créer une véritable alternative aux Bunds. Mais ils érodent déjà un peu l’appétit des investisseurs pour la dette allemande.



Source link

Autres articles

Wirecard : comment l’Allemagne a tiré sur le FT, porteur de mauvaises nouvelles

administrateur

Le fisc va enfin mettre la main sur la liste UBS

administrateur

Crédit immobilier : la hausse des taux va s’accélérer

administrateur

Le bitcoin élargit sa base d’investisseurs

administrateur

Coronavirus : le prix du pétrole remonte doucement la pente

administrateur

Hélène Bernicot, banquière chez Arkéa

administrateur