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Finance

Crédit : pourquoi le paiement fractionné pourrait être plus sévèrement encadré



Le paiement en trois ou quatre fois, appelé paiement fractionné ou « buy now pay later » en anglais (BNPL), remporte du succès auprès des consommateurs qui se sont tournés vers le commerce en ligne depuis le début de la pandémie. Ce qui commence à alerter les autorités.

Il faut dire que les acteurs du secteur, notamment des fintech spécialisées, empilent les records. La fintech Klarna a vu sa valorisation multipliée par trois en moins d’un an à 31 milliards d’euros.

Les deux jeunes pousses françaises, Pledg et Alma, ont bouclé début mars deux levées de fonds à quelques jours d’intervalle, respectivement de 80 et 49 millions d’euros. Même les filiales spécialisées des banques traditionnelles affichent de beaux résultats : au quatrième trimestre 2020, Oney Bank, la filiale de BPCE, affiche une hausse de 40 % de sa production de paiement en 3 ou 4 fois à 1,4 million d’euros.

En 2019 (dernier chiffrage connu), la production a atteint les 6 milliards d’euros en France.

Bien qu’il s’agisse d’une forme de crédit, « cette solution échappe aux règles contraignantes du crédit à la consommation définie dans la loi Lagarde de 2010, explique Pierre Blanc, président du cabinet de conseil Athling. Il faut pour cela que l’opération de crédit soit inférieure à une durée de 90 jours et que les frais soient négligeables. » Mais, alors que le crédit à la consommation s’effondre, l’explosion du marché attire le regard des autorités.

« Klarnage »

« On arrive au bout du précédent cycle de régulation européen concernant le crédit à la consommation, confie un dirigeant au sein d’une des principaux établissements de crédit européen. Il commence à y avoir des réflexions pour en revoir la définition. L’un des scénarios envisagé est la requalification de tous les prêts de plus d’un jour. » Au Royaume-Uni, les autorités ont déjà pris les choses en main.

Au cri de ralliement « Stop the Klarnage » (contraction de Klarna et de carnage), 70 députés du parti travailliste ont fait voter une loi pour réguler l’industrie du BNPL. Ces derniers s’inquiétaient de voir de plus en plus de consommateurs rencontrer des difficultés pour rembourser ces courts crédits.

Début février, le régulateur britannique (FCA), a également appelé à ce que les acteurs du secteur soient régulés « de façon urgente » du fait des « importants dégâts » que ces solutions pourraient causer aux finances des consommateurs.

Pauvreté qui augmente

De leur côté, les acteurs français défendent ce produit. « C’est du crédit certes, mais il s’agit d’un crédit affecté, explique Louis Chatriot, le patron et co-fondateur d’Alma. C’est le plus sûr des crédits puisqu’il est dédié à un achat spécifique. Quelqu’un déjà en difficulté n’y aura pas autant recours qu’un crédit renouvelable. »

L’entreprise emploie dix personnes chargées d’affiner son analyse crédit et d’étudier a posteriori les décisions de son algorithme, qui permet ou non à un consommateur d’avoir droit à ce financement. Le patron d’Alma ne s’inquiète pas d’un resserrement des règles.

De son côté, PayPal qui a lancé sa propre solution en France au mois de juin, dans la foulée du premier confinement, assure avoir remodelé son application pour que ses utilisateurs puissent voir d’un coup d’oeil leur situation et les prêts en cours. « Nous misons sur la transparence et l’information », dit Francis Barel, le patron de PayPal France.

Pour l’heure, il n’est pas prévu en France de changer les règles en vigueur. Mais le député LREM Philippe Chassaing, à qui le gouvernement a confié une mission sur le surendettement, promet de se montrer « très vigilant » vis-à-vis de ces solutions.

« La pauvreté augmente avec la crise, mais les signaux qui l’accompagnent d’ordinaire, comme le surendettement, ne bougent pas, confie-t-il. On a du mal à comprendre. Peut-être ne regarde-t-on pas au bon endroit. »



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