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Economie

Dans l’impasse aux États-Unis, Telegram abandonne son ambitieux projet de cryptomonnaie


Elle était à ce jour la plus grosse levée de fonds en cryptomonnaies de l’Histoire. Le projet TON (Telegram Open Network), qui avait récolté 1,7 milliard de dollars auprès de 200 investisseurs privés en 2018, ne donnera pas le jour à la cryptomonnaie Gram et au système de paiement intégré à la messagerie cryptée Telegram dont rêvait son créateur, le Russe Pavel Dourov. «L’implication active de Telegram dans (ce projet) est terminée» a-t-il précisé sur sa chaîne Telegram, annonçant l’abandon du projet.

«Malheureusement, un tribunal américain a empêché la réalisation de TON», a expliqué Pavel Dourov, engagé depuis plusieurs mois dans un bras de fer avec l’autorité chargée de la réglementation et du contrôle des marchés aux États-Unis (SEC).

Bataille judiciaire

Dans le projet initial, le réseau TON reposait sur la technologie blockchain et devait permettre un système de paiement sécurisé et rapide, accessible avec un simple smartphone, avec l’ambition d’être «une alternative à Visa et Mastercard». Telegram comptait s’appuyer sur la base des 400 millions d’utilisateurs de sa messagerie chiffrée pour une adoption assez massive. Les paiements devaient s’effectuer avec une cryptomonnaie baptisée le «Gram». Pour mener à bien son projet,Telegram avait organisé en 2017 une levée de fonds en cryptomonnaie («Initial Coin offering») qui avait atteint la somme record de 1,7 milliard de dollars, du jamais vu pour ce mécanisme. Parmi les investisseurs professionnels intéressés par le projet, plusieurs fonds prestigieux, tels Kleiner Perkins ou Sequoia.

Mais en octobre 2019, la Security and Exchange Commission (SEC) avait saisi la justice américaine, puisque 39 fonds investisseurs étaient américains. Le motif? Telegram n’avait pas enregistré son offre et ses conditions auprès du gendarme des marchés américains. La SEC estimait donc que l’ICO de Telegram constituait une vente de titres non enregistrée. Elle déplorait aussi le manque d’information sur sa situation financière, sur le business model et sur la viabilité de la blockchain créée. S’en est suivie une bataille judiciaire, que les fondateurs de Telegram ont donc perdue. En mars dernier, un juge américain a statué que Telegram ne serait pas autorisé à lancer sa blockchain ou à émettre des jetons Gram aux États-Unis.

Métaphore de la mine d’or

Pour décrire la décision du tribunal américain, Dourov a utilisé une métaphore: «Imaginez que plusieurs personnes mettent leur argent ensemble pour construire une mine d’or – et pour ensuite partager l’or qui en sort. Puis un juge vient le dire aux constructeurs de la mine: ‘Beaucoup de gens ont investi dans la mine d’or parce qu’ils cherchaient à faire des bénéfices. Et ils ne voulaient pas cet or pour eux-mêmes, ils voulaient le vendre à d’autres personnes. Pour cette raison, vous n’avez pas le droit de leur donner l’or’ (…) Le juge a utilisé ce raisonnement pour statuer que les gens ne devraient pas être autorisés à acheter ou à vendre des Grams comme ils peuvent acheter ou vendre des bitcoins». Très critique sur les autorités américaines et la «dépendance» financière du reste du monde à Washington, il a lancé un appel à la «décentralisation».

Mais d’autres voies ont aussi invoqué le manque de solidité du projet. Dans une interview récente, Anton Rozenberg, ancien directeur technique de Vkontakte (le «Facebook» russe créé par les frères Pavlov) et ancien de Telegram, avait mis en doute la préparation technique et la robustesse de la plateforme TON.

Remboursements

Telegram a récemment commencé à offrir des portes de sortie aux investisseurs, de plus en plus nombreux à vouloir sortir, la crise venant s’ajouter à l’incertitude de la concrétisation du projet. Pour cela, il utilisera les fonds propres de la société. Pavel Dourov a précisé qu’il fallait se méfier de tout site utilisant son nom, la marque Telegram ou l’abréviation ‘TON’ pour promouvoir des projets.

Ce revers pour Telegram intervient un mois après que l’association Libra, qui pilote le projet de monnaie numérique initié par Facebook et qui était vu comme l’un des principaux concurrents du projet TON, a présenté une version moins ambitieuse de sa cryptomonnaie.



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