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Economie

Découvrez le Métabolisme, utopie architecturale du Japon d’après-guerre


EN IMAGES – Entre densité de population et ravages de la seconde Guerre Mondiale, le Japon était le terreau idéal d’une révolution architecturale à la fin des années 50. Analyse illustrée d’un mouvement passionnant.

En 1959, un groupe d’architectes et d’urbanistes japonais, la nouvelle garde, porté par un optimisme sans faille, crée le mouvement métaboliste. Une approche utopiste, car pour eux la ville du futur doit être flexible, extensible, vivante, organique, d’où cette référence au métabolisme. Une croissance qui se veut plus verticale qu’horizontale compte tenu des limites physiques de l’archipel. Cela n’empêche pas ce mouvement de proposer des extensions sur la mer.

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Benoît Jacquet architecte et chercheur vivant au Japon depuis vingt ans, secondé par Jérémie Souteyrat photographe résident nippon de 2009 à 2018, décortique et analyse ce mouvement résolument orienté vers un avenir forcément meilleur. Seize bâtiments emblématiques sont retenus pour retracer la genèse et l’histoire de cette école et une quinzaine d’ouvrages sont décryptés. Un travail titanesque des plus passionnants, morceaux choisis.

La Flamme de la Paix d’Hiroshima

La Flamme de la Paix, avec le cénotaphe et le musée du Mémorial en arrière-plan. Crédits photo Jérémie Souteyrat/Le Lézard Noir

D’un point de vue touristique, Hiroshima est l’une des principales destinations en dehors du triangle d’or (Tokyo, Kyoto, Nara). La dimension historique de cette ville, témoin symbolique de la folie de la guerre nucléaire en fait un pèlerinage quasi immanquable. Point d’étape pour se rendre sur la petite île de Miyajima, Hiroshima regorge d’intérêts pour les voyageurs. À commencer par le célèbre mémorial de la paix. 1946, la ville d’Hiroshima ravagée par la bombe atomique est le symbole même d’un pays défiguré qui cherche à se réinventer par la reconstruction. Kenzô Tange, l’un des premiers urbanistes de l’archipel, accompagné d’Asada Takashi et Ôtani Sachio sont chargés de concevoir un plan directeur pour la reconstruction de la ville.

Le Mémorial de la Paix est la seule proposition issue de ce plan qui sera appliquée à la lettre, les autres subissant les aléas des compromis entre budget et vision d’urbanisme. Ce Mémorial est le seul projet parmi 132 à refuser une structure centrale prépondérante pour s’inspirer des temples shinto, composé de plusieurs monuments bas, où le musée sur pilotis prend la forme d’un torii (porte des temples). Cette conception d’un bâtiment pensé en cohérence avec un ensemble bâti associant le paysage et l’urbanisme est alors novatrice. Aujourd’hui elle confère au lieu une dimension intemporelle, figurative d’un ouvrage issu de la pensée métabolique. À la fois dans et hors la ville, ce mémorial est une réussite absolue.

Gymnase national – Piscine des Jeux olympiques de Tokyo

En bordure du parc de Yoyogi, le Gymnase Olympique est aujourd’hui un palais omnisports qui sera utilisé pour les JO de Tokyo 2021 pour le handball. Crédits photo Gymnase national – Piscine des Jeux olympiques de Tokyo

Situé aux abords du parc de Yoyogi, dans le nord du quartier de Shibuya à deux pas de Shinjuku ou du Meiji Jingu, le Gymnase Olympique est aujourd’hui principalement utilisé comme une salle de concert (le record d’affluence est de 26.582 personnes pour un concert de Britney Spears en 2017) ou un stade multisport (badminton et handball).

En 1959, Tokyo est choisie pour héberger la 18e édition des Jeux Olympiques, la première en Asie (l’édition de 1940 déjà prévue à Tokyo ayant été annulée à cause de la Guerre Mondiale). Kenzo Tange, fraîchement revenu d’un séjour au MIT de Boston, dirige un laboratoire de recherche dans la prestigieuse université Todai. Ce laboratoire met en avant le travail collaboratif et, inspiré par l’agence de Walter Gropius, abolit les notions hiérarchiques. Le lieu fourmille de créativité. Pour le Gymnase national le concours pose en contrainte de réaliser un lieu capable d’accueillir les épreuves de natation mais aussi de basket-ball. Après plusieurs esquisses, l’atelier de Tange parvient à cette forme organique unifiant deux bâtiments en un. Un gymnase de 5 000 places assises et une piscine d’une capacité de 15 000 personnes dans la longueur. La structure en arc suspendu est un souhait de l’architecte, en référence à la Patinoire d’Ingalls, construite par Eero Saarinen précise l’auteur.

Axonométrie présentant le principe du bâtiment et les éléments structurels qui le composent. Crédits photo Kenzo Tange / Nama.

Plan de l’Agence d’urbanisme et d’architecture de Kenzo Tange / Nama. Crédits photo Kenzo Tange / Nama

Nagakin Capsule Tower

La tour de capsules de Nakagin, conçue et réalisée par Kisho Kurokawa, dans le quartier de Ginza à Tokyo. Crédits photo Jérémie Souteyrat/ Le Lézard Noir

Si d’un côté les hôtels au Japon font fantasmer les touristes avec les Ryokan (auberges traditionnelles) et les hôtels de luxe comme le Park Hyatt où séjournent Bill Murray et Scarlett Johansson dans Lost in Translation; ils peuvent aussi provoquer des crises d’angoisses à l’évocation des mots «hôtels capsules». Avant de devenir une incarnation d’une solution d’hébergement optimisée pour hommes d’affaires, l’hôtel capsule a été un concept métabolique porté par Kisho Kurokawa.

Parangon de l’architecture métaboliste, la tour de capsules Nakagin est inaugurée en 1972 dans le quartier de Ginza, épicentre de la mode et de la modernité tokyoïte. À la fois un hôtel avec services attenants et une copropriété de 140 «appartements meublés» les capsules de 10m² chacune (2 mètres 50 de côté et de 2 mètres 10 de hauteur), sont préfabriquées en usine. Le caractère métabolique de la construction repose sur l’agencement des trois éléments principaux (capsules, équipements et tours) qui répond à l’évolution des usages au fil du temps.

Maquette de l’ensemble Nagakin Capsule Tower. Crédits photo Jérémie Souteyrat/ Le Lézard Noir

Que vous soyez passionné par le mouvement métaboliste, ou bien par une architecture au design audacieux, voir féru d’histoire de l’urbanisme, ce livre est fait pour vous. Il expose les fondements du Métabolisme, analyse l’évolution des bâtiments y compris leur obsolescence programmée tout en gardant un oeil sur leur devenir, ce rapport au futur ouvre les portes de l’utopie.

L’architecture du futur au Japon: Utopie et Métabolisme, de Benoît Jacquet et Jérémie Souteyrat, éditions Le Lézard Noir, 2020, 272 pages, 45 euros.





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