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Economie

Delphine Ernotte obtient un deuxième mandat à la tête de France Télévisions


Elle est la première présidente de France Télévisions à accéder à un deuxième mandat plein. Aujourd’hui, le CSA a donné à Delphine Ernotte 5 ans supplémentaires à la tête de France Télévisions, après avoir dressé en février un bilan globalement positif de son action précédente. Le 21 juillet, durant son audition devant les sages du CSA, la patronne du groupe audiovisuel public a détaillé tout ce qui avait été entrepris sous son précédent mandat. Et elle a réussi à les convaincre qu’il fallait aller encore plus loin, dans le soutien à la culture, la régionalisation de France 3, l’effort en faveur de la jeunesse et une responsabilité particulière pour une information de «solution» afin de «rendre le monde intelligible».

A 54 ans, cette centralienne a également admis qu’elle avait mis du temps à «apprendre France Télévisions».

«Même dans les moments difficiles, Delphine Ernotte fait toujours preuve de réserve et de pudeur», dit d’elle Xavier Couture, son ami qui l’a suivi d’Orange chez France Télévisions. «Elle est courageuse et n’a pas peur d’aller au contact», ajoute Stéphane Richard, le PDG d’Orange. À 54 ans, Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, entame la dernière année de son mandat à la tête du groupe audiovisuel public.

L’enjeu est simple: sera-t-elle la première patronne de France Télévisions à poursuivre son mandat? Elle, que le petit monde de l’audiovisuel donnait pour «morte» à l’automne 2017. Élue à la tête de France Télévisons par le CSA au printemps 2015, Delphine Ernotte a beaucoup décontenancé, voire agacé. Mais, au final, «elle a transformé France Télévisions comme cela n’avait pas été fait auparavant», souligne admiratif Pierre-Antoine Capton, PDG de Mediawan.

Cette centralienne a connu deux groupes dans sa carrière: Orange et France Télévisions, mais elle a déjà affronté plusieurs crises. Le grand public l’a découverte un soir de septembre 2009 dans le JT du «Soir 3». France Télécom est en pleine tourmente et Didier Lombard, son PDG, met le feu en demandant à ses salariés choqués de «mettre un point d’arrêt à cette mode des suicides».

À l’époque, Delphine Ernotte est au mauvais endroit (France Télécom) au mauvais poste (directrice de la communication France) et au mauvais moment. Crânement, elle monte au front. Elle trouve les bons mots pour dire sa compassion aux salariés et l’exacte distance pour défendre le groupe. Elle incarne le visage rassurant de l’opérateur. Appelé à la rescousse, Stéphane Richard met fin à la crise chez France Télécom et, dans la foulée, nomme Delphine Ernotte patronne d’Orange France.

«Elle a une grande connaissance du terrain, sait exprimer simplement des problèmes complexes et prend rapidement des décisions», précise Stéphane Richard. Après la tempête de 2009, Delphine Ernotte n’a pas le temps de souffler. En janvier 2012, elle affronte le cyclone Free Mobile. Le trublion bouscule le marché. Orange est moins impacté, car Delphine Ernotte s’est «muée en chef de guerre». «Un an avant l’arrivée de Free mobile, elle a fait preuve d’un grand sang-froid et a trouvé la parade, en lançant l’offre Sosh» rappelle le PDG d’Orange.

Combativité

Cette combativité et cette maîtrise du temps sont deux traits de caractère que tout le monde lui reconnaît. «Nous avons eu des discussions très serrées lors des négociations entre France Télévisions et les producteurs, mais, au final, nous avons su trouver un accord qui permet de créer plus de valeur» estime Pierre-Antoine Capton. Ses adversaires savent qu’elle excelle dans l’art du judo, même si elle n’a jamais pratiqué ce sport. À peine arrivée à la tête de France Télévisions, elle apprend que son concurrent TF1 rachète Newen, le producteur de Plus belle la vie, sur France 3. «Elle convoque immédiatement un conseil de guerre et annonce qu’elle va dénoncer ce rachat. D’une difficulté, elle a fait un levier pour négocier un accord avec les producteurs. Avec ce retournement, elle a acquis le respect de l’écosystème», se souvient Stéphane Sitbon, son directeur de cabinet.

«C’est avec le même aplomb, que, dès sa nomination, elle annonce la création d’une chaîne d’info avec Radio France et France Média Monde dans un délai d’un an, sans même prévenir ses partenaires. Un an après, Franceinfo existait, alors que plusieurs présidents de France Télévisions avaient échoué», poursuit-il.

Le plus étonnant est que les dirigeants de TF1, de Radio France, de France Médias Monde, les producteurs et les partenaires sociaux qu’elle a bousculés, lui montre un certain respect

Dernier coup de poker, fin 2018, elle annonce un vaste plan de renouvellement du personnel de France Télévisions, avec, à la clé, 2000 départs et le recrutement de 1000 nouveaux talents. Là encore, elle fixe un délai pour les négociations à fin mai 2019. Mais quelques jours avant, le syndicat SNJ fait capoter l’accord. Elle se plonge personnellement dans les négociations et obtient en une semaine un accord avec la CGT. Le plus étonnant est que les dirigeants de TF1, de Radio France, de France Médias Monde, les producteurs et les partenaires sociaux qu’elle a bousculés, lui montre un certain respect.

À lire aussi : France Télévisions veut faire partir des anciens pour recruter des jeunes

Mais, en quatre ans, Delphine Ernotte ne s’est pas fait que des amis. Loin de là. Rival malheureux dans la course à la présidence de France Télévisions, Didier Quillot, patron de la LFP, conteste son élection. Il estime aujourd’hui avoir tourné la page. À l’automne 2017, Emmanuel Macron n’apprécie pas du tout que Delphine Ernotte rechigne à faire les 50 millions d’euros d’économie demandés. Sa phrase assassine sur «l’audiovisuel public, la honte de la République» fait vaciller la PDG.

La fameuse tirade de Delphine Ernotte sur «les hommes blancs de plus de 50 ans, il faut que cela change» a fait aussi énormément de bruit dans les couloirs de France Télévisions. Habituellement mesurée, elle peut aussi parler cash. Surtout, quand le sujet touche au combat auquel elle tient le plus. Féministe, convaincue de l’importance de la parité et de l’égalité salariale, elle l’est depuis ses études à Centrale. Elle a porté ce combat à France Télécom – bastion des hommes X Télécoms – et à France Télévisions tant au niveau de la direction que des antennes.

«Nous avons vécu une période difficile», reconnaît pudiquement Stéphane Sitbon. Elle fait le gros dos, accepte de faire tous les efforts financiers demandés et de participer activement à la réforme de l’audiovisuel public en mariant les matinales de France 3 et de France Bleu. Après ce revirement, ses relations avec Françoise Nyssen se sont améliorées, celles avec Franck Riester ont été bonnes. Elle a désormais du temps pour s’entendre avec Roselyne Bachelot.



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