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Economie

Des chercheurs en intelligence artificielle organisent leur Eurovision 2.0


«Romania, twelve points!» Depuis soixante-quatre ans, l’Eurovision fait inlassablement la joie des fans de chorégraphies endiablées, de costumes bariolés et de mélodies atypiques. Las! Le coronavirus, insensible à l’amour que de millions de téléspectateurs portent à cette tradition musicale, a forcé les organisateurs à annuler l’édition 2020.

Que les aficionados du concours se rassurent, la relève est assurée. Treize chansons provenant de sept pays européens et de l’Australie s’affronteront dans une compétition inédite, entièrement digitale… et robotisée: toutes ont été composées à l’aide d’intelligence artificielle. Organisé par le groupe audiovisuel néerlandais VPRO, l’AI Song Contest rassemble musiciens, artistes, scientifiques et développeurs. Leur but est «d’explorer le pouvoir créatif de l’intelligence artificielle et l’influence que celle-ci aura sur l’industrie de la musique dans le futur».

Jusqu’au 10 mai, le public est invité à voter pour sa chanson favorite sur le site internet du concours, selon quatre critères: l’impression générale, les paroles, l’originalité, et l’adéquation avec les standards de l’Eurovision. Hélas aucun clip vidéo n’est disponible, les créateurs n’ayant pas voulu «de paillettes et de glamour», pourtant si caractéristiques de la compétition européenne. Trois experts en intelligence artificielle évalueront ensuite les qualités techniques de chaque morceau, puis désigneront le vainqueur le 12 mai.

Deux équipes françaises en lice

Parmi les concurrents, deux équipes défendront les couleurs de la France pour tenter de succéder symboliquement à Marie Myriam, dernière française à avoir remporté l’Eurovision, en 1978. Réalisé par le groupe de recherche Algomus, le titre I Keep Counting se présente comme «une combinaison harmonieuse entre l’intelligence artificielle et l’humain». Maître de conférences au laboratoire MIS (Modélisation, Information et Systèmes) de l’Université de Picardie Jules Verne (UPJV) à Amiens, Florence Levé explique que leur logiciel a analysé les paroles de centaines de chansons de l’Eurovision, afin de déterminer les groupes de mots les plus fréquents. Sans surprise, «life», «love», «sun» arrivaient en tête. «Mais au final, on ne sait pas trop de quoi parle vraiment I Keep Counting. Cela peut être interprété comme une chanson d’amour ou un décompte des jours jusqu’à la fin du confinement!», s’amuse la chercheuse.

Algomus devra rivaliser avec le collectif artistique DataDada, et leur morceau Je secoue le monde. Contrairement à leurs concurrents compatriotes, ils n’ont pas fait appel à une voix humaine pour interpréter le résultat. A la place, ils ont utilisé Robert de Barretin, un assistant vocal développé quelques années auparavant. Autre différence notable: le texte. Les artistes ont choisi de mettre en avant la langue de Molière, et de conserver leur origine dada, qui donne toute son originalité aux paroles. «Je suis Robert de Barretin / Ne m’appelle pas drôle de lapin. Mon mauvais cul tourne pour toi / Ne m’appelle pas drôle de lapin». «Nous ne voulions pas de paroles sirupeuses, nous ne sommes pas dans le crédo commun. Nous avons préféré produire une chanson légère et décalée», raconte Albertine Meunier, co-fondatrice de DataDada.

Musique et IA, un couple prometteur

Les deux équipes s’accordent en tout cas sur ce point: dans le domaine musical, l’intelligence artificielle n’est pas près de remplacer l’humain. «Bien sûr c’est une technologie formidable, avec un véritable potentiel. La machine fait des choix que nous n’aurions pas imaginés et nous pousse dans nos retranchements. Mais cela reste un outil, il ne faut pas s’attendre à ce que l’intelligence artificielle prenne le dessus sur l’humain», affirme Florence Levé.

Cette compétition montre cependant l’influence croissante de l’intelligence artificielle dans l’industrie de la musique. En 2018, l’album Hello World, dirigé par François Pachet et Benoît Carré, est le premier à avoir été entièrement réalisé à l’aide d’une intelligence artificielle. Depuis, de plus en plus d’artistes ont recours à cette technologie pour inventer de nouvelles mélodies, des rythmes surprenants ou des paroles étonnamment poétiques.

L’intelligence artificielle s’est même invitée dans l’écosystème de l’Eurovision dès l’année dernière. Alors que la compétition battait son plein, l’Israélien Izhar Cohen, vainqueur de l’édition 1977, avait sorti en parallèle le titre Blue Jeans and Bloody Tears. Ce pur produit d’intelligence artificielle, nourri lui aussi par des centaines de chansons de l’Eurovision, comptabilise à ce jour plus de quatre millions de vues sur YouTube. Conchita Wurst, Salvador Sobral et Duncan Laurence ont du souci à se faire…



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