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Finance

Dix milliards de dollars d’activités illicites financées en cryptos lors de la crise du Covid



Publié le 15 juil. 2021 à 13:30

La police britannique vient de frapper le crime organisé au portefeuille. Elle a saisi mardi un montant record de 210 millions d’euros en cryptomonnaies (ou cryptos). Un mois plus tôt, 133 millions d’euros en cryptos avaient été récupérés dans le cadre de leur lutte contre le blanchiment par les autorités.

Le Royaume-Uni a été avec les Etats-Unis et l’Afrique du Sud, l’un des pays les plus en pointe pour le blanchiment des sommes gagnées grâce aux arnaques aux cryptos en 2020, selon le rapport annuel de Chainalysis. Ces escroqueries aux faux placements ont permis de soutirer aux victimes 2,7 milliards de dollars. Pour effacer les traces de cryptos traçables et transparentes comme le bitcoin, les groupes criminels ont recours à des sociétés qui, moyennant rémunération, brouillent les pistes, en multipliant les adresses (« boîtes postales ») auxquelles sont envoyés les bitcoins. Anonymat garanti en théorie.

Les activités illicites n’ont représenté qu’une très faible part (0,3 %) des volumes réalisés sur le bitcoin (qui vaut 32.500 dollars ou 27.430 euros) et les cryptos en 2020. Mais en montant absolu, elles ont atteint 10 milliards de dollars l’année dernière.

Les autres grands pourvoyeurs d’argent sale sont les supermarchés en ligne de produits illégaux (drogues, faux documents, données personnelles dérobées, médicaments…). En 2020, ils ont généré des revenus record de 1,7 milliard de dollars en cryptos. Quatre pays – Russie, Chine, Ukraine et Etats-Unis – captent l’essentiel des flux en cryptos provenant des plateformes spécialisées dans la vente de drogues en ligne. Ils sont suivis par le Venezuela, tête de pont pour les cartels sud-américains, et le Vietnam. La Chine et la Russie sont pour leur part les leaders mondiaux en matière de blanchiment des capitaux nés du trafic.

Ce marché mondial lucratif et très concurrentiel est géré par les groupes criminels et les cartels avec les mêmes logiques financières et économiques que celles des grands groupes de l’économie traditionnelle.

Diversification et consolidation

Du fait de la crise du Covid (problèmes d’approvisionnement et de transport de drogues), les transactions ont chuté de près de 20 %, mais elles ont été d’une valeur moyenne supérieure. Le marché s’est consolidé autour de quelques grands hubs, avec une disparition des petites plateformes. « Comme dans l’industrie technologique, ce secteur a connu une consolidation du fait d’une intense concurrence », note Chainalysis. La pandémie a aussi offert une opportunité de diversification, avec la vente de faux tests COVID et d’attestations de vaccin.

L’hydre du marché de l’ombre

Hydra, la principale plateforme, a capté les trois quarts des revenus de l’économie informelle. Née en 2015 et spécialisée sur la drogue, elle s’est progressivement diversifiée sur toute la panoplie des produits et services illégaux. Installée en Russie, elle s’adresse à une clientèle basée dans les pays de l’Est. Elle a empoché 1,4 milliard de dollars, contre moins de 10 millions de dollars en 2016.

Mais quand un marché devient trop important, il concentre toute l’attention des diverses polices de la planète, comme ce fut le cas pour SilkRoad, fermé fin 2013. Après la condamnation à la prison à vie de son fondateur Ross Ulbricht, une myriade de nouvelles plateformes avaient pris la relève . Des opérations menées conjointement par plusieurs pays ont néanmoins abouti depuis à la fermeture de nombre de ces bourses de drogues, et à l’arrestation de nombreux trafiquants.

En janvier dernier, Europol a fait chuter DarkMarket, qui comptait 500.000 clients et 2.400 vendeurs. 140 millions d’euros en cryptos ont alors été saisis en bitcoin et en monero , une devise bien plus adaptée à l’économie informelle car offrant l’anonymat à son détenteur. Les deux cryptomonnaies appréciées sur le Web de l’ombre, Monero (27e rang mondial) et ZCash (63e), pèsent respectivement 3,9 et 1,3 milliards de dollars.

Malgré ses caractéristiques de transparence et de traçabilité, le bitcoin reste la crypto la plus utilisée dans l’économie informelle car c’est la plus liquide, ce qui la rend facilement vendable sur des centaines de plateformes. Certaines, très peu regardantes de la réglementation sur l’origine des fonds, laissent ouvrir des comptes sans vérifier l’identité des clients. Les groupes criminels peuvent y vendre leurs bitcoins et récupérer du cash qui sera ensuite réinvesti. En 2012 , ce sont ainsi 30 % des bitcoins qui servaient de moyen de paiement pour les supermarchés en ligne des drogues, contre moins de 1 % aujourd’hui. La majorité des flux sur le bitcoin concerne en effet désormais plutôt l’investissement et la spéculation financière.



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