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Economie

Donald Trump déclare la guerre aux réseaux sociaux


Donald Trump s’estime victime d’une forme de censure politique de la part de Twitter. Suivi par plus de 80 millions de personnes sur cette plateforme, le président américain utilise énormément le réseau pour communiquer directement avec les Américains, sans passer par la presse, qu’il juge hostile à sa politique. Il ne veut pas que Twitter, géré depuis San Francisco par une équipe qui cache mal son mépris pour sa présidence, l’empêche de s’exprimer librement et de faire campagne pour sa réélection en novembre.

En guise de représailles, le chef d’État américain a demandé au Département du commerce, en consultation avec le Département de la justice, d’ordonner à la Federal Communications Commission, d’ici 60 jours, de changer les règles qui s’appliquent aux réseaux sociaux. Il a promis aussi de faire passer au Congrès une réforme de la loi qui depuis 1996 régit la liberté de paroles sur les réseaux sociaux.

Son objectif a peu de chances d’être atteint en raison des procédures constitutionnelles qui se mettent immédiatement en place pour le bloquer. Néanmoins, il espère ainsi rendre les plateformes comme Twitter et Facebook passibles de milliers de poursuites en justice pour censure dès qu’un usager s’estimera injustement accusé de diffuser des informations douteuses, fausses, malveillantes ou susceptibles de tromper l’électorat.

Première mise en garde de Twitter

C’est la première fois que Twitter met en garde contre le risque de désinformation associé à certains messages publiés sur sa plateforme. Le président américain avait affirmé que le recours au vote par correspondance, prôné par les démocrates pour limiter le risque de contamination par le Covid-19, déclencherait des fraudes électorales massives. Jugeant cette affirmation douteuse, Twitter a apposé sous le tweet présidentiel cette mention : «Prenez connaissance des faits à propos du vote par correspondance !».

Plongé dans une colère noire, Donald Trump s’est présenté en «victime d’activisme politique» par la direction de Twitter qu’il considère acquise à ses adversaires démocrates. Il aurait voulu suspendre Twitter. Mais ses avocats n’ont pas «trouvé un moyen légal de le faire», a-t-il regretté. C’est pourquoi, en guise de représailles, et après avoir menacé de le faire depuis des mois, Donald Trump s’attaque à la protection fondamentale dont bénéficient tous les réseaux sociaux depuis 1996.

Les plateformes pas juridiquement responsables

À la différence des journaux ou des chaînes de télévision, Twitter et Facebook ne sont pas juridiquement responsables des contenus publiés par leurs plateformes. Au nom de la protection constitutionnelle de la liberté d’expression, l’article 230 de la loi votée par le Congrès en 1996 autorise n’importe quel internaute à affirmer sur Twitter tout ce qui lui passe par la tête.

Les modérateurs de contenu de la société de San Francisco ne sont pas considérés comme des rédacteurs ou des correcteurs, au même titre que le seraient les journalistes de CNN ou du New York Times. Ce n’est du reste qu’au cours des dernières années, et à la demande des élus de la plupart des pays démocratiques, que Twitter et Facebook ont commencé à bloquer les contenus ouvertement violents, racistes, ou manipulateurs.

Les révélations d’efforts de manipulation de l’opinion américaine sur les réseaux par les services secrets russes lors de la campagne de 2016, ont choqué les Américains. Mais la manière juridique de corriger ce risque n’a toujours pas été trouvée à Washington.

L’article 230 du «Communications Decency Act » en question

La réaction de Twitter et Facebook à l’attaque frontale la Maison-Blanche sur leur principal parapluie juridique n’a pas tardé. Twitter dénonce «une approche réactionnaire et politique de la loi… et des tentatives unilatérales pour la rogner qui menacent l’avenir de la liberté d’expression en ligne». Facebook, qui se sent indirectement visé, juge que des limitations portées à l’article 230 «restreindraient davantage (…) la liberté de parole en ligne, pénaliseraient les entreprises qui choisissent d’autoriser les opinions controversées et encourageraient les plateformes à censurer tout ce qui pourrait offenser quelqu’un».

Pour autant, la démarche de Donald Trump, outre son effet immédiat de polarisation de l’opinion en pleine campagne présidentielle, pose un vrai problème aux réseaux sociaux. En effet, les démocrates souhaitent également changer l’article 230 du «Communications Decency Act». Inquiets de l’influence croissante des réseaux sur l’opinion, et frustrés par le fait que la presse traditionnelle – généralement pro-démocrate – soit désormais marginalisée dans le débat public, ils cherchent aussi à obliger les géants du numérique à contrôler les contenus qu’ils diffusent.



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