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Economie

En Alsace, des «bougies» pour préserver les vergers du gel


Les écarts de température de plus en plus importants mettent en danger les récoltes qui ont profité jusque-là d’une météo clémente.

Entre les pêchers, des flammes oranges dansent dans la nuit. Dans leur verger de Westhoffen (Bas-Rhin), Daniel et Nathalie Dettling ont allumé des centaines de bougies pour contrer les effets potentiellement catastrophiques du gel qui fait un retour brutal cette semaine.

L’image est belle, magnétique. Mais pour ce couple de producteur de fruits, elle signifie bien autre chose : après plusieurs jours de beau temps et des températures parfois largement au-dessus des normales saisonnières, le froid est bien là et menace leurs arbres en fleurs. Le mercure doit chuter en dessous de zéro mardi et dans les prochains jours, avec des gelées généralisées et des températures négatives du Nord-Ouest au Nord-Est, a annoncé Météo France.

Des écarts de températures qui sont «de pire en pire» et constituent un vrai danger pour une «nature boostée» par une météo clémente, puis subitement cueillie à froid par le gel, explique Daniel, 47 ans, le regard fixé sur les six longues rangées de pêchers, illuminées par la lueur orangée des «bougies».

Faire monter la température de 2 ou 3°

En prévision des températures négatives prévues dans la nuit de lundi à mardi, le couple et plusieurs autres producteurs voisins avaient ainsi disposé lundi entre leurs arbres ces petits braséros remplis de paraffine, dont l’odeur plane tout autour des vergers. À 04H00 du matin, l’herbe entre les rangées est effectivement blanche de gel, mais la chaleur des «bougies» l’a déjà fait fondre au pied des arbres.

Cette méthode, qui n’est pas soumise à autorisation, est fréquemment utilisée par les viticulteurs ou les arboriculteurs quand les températures plongent en dessous de zéro. «Ça permet de faire monter la température de 2 ou 3° pendant plusieurs heures, ça marche pour les +gelées blanches+» comme celle de cette nuit. «Mais pour les +gelées noires+», encore plus froides, «là on ne peut rien faire», explique le producteur.

Les Dettling, qui possèdent une cinquantaine de parcelles d’arbres fruitiers (pommes, prunes, raisins, abricots, poires, pêches, rhubarbes, cerises…) réparties sur 15 hectares, en ont privilégié trois, «celles en fleurs, les plus fragiles» et les plus «précieuses» : les pêches, les cerises et les prunes, explique Nathalie, 44 ans. «Mais on n’a pas eu le temps de faire les poires, on les fera plus tard», glisse Daniel.

Les flammes permettent de faire monter la température de 2 ou 3 degrés autour des arbres. FREDERICK FLORIN / AFP

7000 euros déboursés en 2020 pour 600 bougies

C’est une station météorologique privée qui leur a envoyé par SMS dans la nuit de lundi à mardi la première alerte : -2,09° à 01H45. Nouvelle alerte à 02h25, avec cette fois -3,09°. »Là, on s’est affolé«, confie Nathalie. Le couple, qui pensait pouvoir économiser au moins une nuit de bougies, doit alors se résoudre à l’évidence : munis d’allumeurs à gaz, il leur faudra une heure et demie à deux pour toutes les enflammer.

Et ils s’attendent à devoir recommencer les nuits prochaines : «on est partis pour trois nuits. Et plus on avance dans la saison, plus le danger est grand (…) Ca peut revenir jusqu’à la Sainte-Sophie, le 25 mai, on n’est pas couverts!», s’inquiète Daniel.

C’est la deuxième année d’affilée que lui et son épouse ont recours à cette méthode, qui a son prix : 7.000 euros déboursés en 2020 pour 600 bougies, dont 300 ont déjà été utilisées l’an passé lors d’un précédent épisode de gel. Cette fois, un peu moins de 200 ont été allumées. «J’en ai recommandé une centaine, il faut que j’aille les chercher (mercredi) matin au comptoir agricole. Ça va être la foire d’empoigne, tout le monde en voudra…», prédit le producteur de fruits.

Dans le verger, la nuit avance, toutes les bougies sont allumées et quelques bâillements trahissent le manque de sommeil. Pas question pour autant de repartir au lit : leur magasin paysan de Westhoffen doit ouvrir. «Là, on ne se couche plus, on ouvre à 7 heures. On n’a pas de vie…», souffle Daniel. À 08h30, le quadragénaire estime «le danger est passé», les bougies peuvent être éteintes. Pas pour longtemps : «la nuit prochaine, et celle d’après, on sait qu’on est repartis».



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