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Finance

En avril, la collecte du Livret A a atteint un record en dix ans



C’est un matelas qui se gonfle mois après mois. Les ménages épargnent à tout va, faute de pouvoir consommer, mais aussi, sans doute, en réaction face à un avenir beaucoup plus incertain.

Sur le mois d’avril, premier mois plein de confinement, la collecte nette sur le livret A atteint 5,47 milliards d’euros, un record depuis dix ans sur le même mois (traditionnellement favorable aux livrets). Même tendance sur le livret développement durable et solidaire (LDDS), dont la collecte nette frôle les 2 milliards d’euros. Pourtant, la rémunération des livrets est, depuis février, à son taux plancher de 0,5 %.

Une collecte 2020 déjà supérieure à celle de 2019

Au total, la collecte nette de ces deux livrets, produits phares de l’épargne disponible des Français, s’élève à 7,39 milliards sur le mois, un montant multiplié par deux par rapport à mars, ce qui porte la collecte nette cumulée depuis janvier à 17,3 milliards (dont 13,5 milliards pour le Livret A), soit déjà davantage que la collecte nette de l’ensemble de 2019.

En termes d’encours, les chiffres sont tout aussi impressionnants. Ils atteignent, tous livrets confondus, 428 milliards d’euros fin avril, contre 411 milliards fin 2019 et 254 milliards fin 2009, année de la généralisation de la distribution du Livret A.

Epargne forcée de 20 milliards en mars

Cette envolée de la collecte n’est pas une surprise. Le mois de mars avait déjà connu une collecte sur le livret A multipliée par deux par rapport à l’année précédente. Mieux, cette épargne « forcée » concerne tous les dépôts, comptes courants et livrets. Sur le seul mois de mars, selon la Banque de France, les dépôts à vue et les livrets ont été multipliés par trois, pour se hisser à 20 milliards d’euros , contre 6 milliards l’an passé à la même époque.

A noter, en revanche, que l’assurance-vie, placement fétiche des Français, a subi en mars une forte décollecte nette de 2,2 milliards d’euros. Un arbitrage qui pourrait s’expliquer par les fortes secousses sur les marchés financiers, mais aussi par l’effet de sidération face à la pandémie, avec des ménages plus soucieux de leur santé que de leur patrimoine financier.

Hausse des dépôts en zone euro

Ce mouvement en faveur de l’épargne de précaution et des liquidités n’est pas spécifique à la France. Selon une étude de la fintech Deposit Solutions, les ménages de la zone euro ont amassé en net 43 milliards d’euros sur leurs comptes de dépôts, dont 17 milliards en Italie et 10 milliards en Espagne.

Seule exception, l’Allemagne qui a constaté, en mars, une décollecte de dix milliards d’euros sur les dépôts, un comportement déjà observé lors des grandes crises précédentes. Mais, en moyenne, sur la zone euro, le volume des dépôts augmente de 33 milliards d’euros par mois depuis le début de l’année.

Motifs d’inquiétudes

Cette frénésie d’épargne inquiète les économistes et les pouvoirs publics. Le taux d’épargne des Français pourrait atteindre près de 40 % en avril. Et « l’excès d’épargne », malgré le retour progressif à la normale, pourrait osciller entre 75 et 100 milliards d’euros en fin d’année, soit un taux d’épargne compris entre 17 et 20 %, selon les experts de la BPCE.

Les parlementaires souhaitaient d’ailleurs, avant la crise, réfléchir aux pistes pour réorienter l’épargne de précaution vers l’investissement productif. Mais cette mission est actuellement en sommeil depuis la crise sanitaire.

Reste que malgré la réouverture encadrée des commerces, la forte préférence des épargnants pour la liquidité et la sécurité pourrait toujours prévaloir face à la montée prévisible du chômage. A cet égard, l’aspiration à consommer des Français pendant la période estivale aura valeur de test.



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