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Economie

En colère, des livreurs sans-papiers manifestent devant des locaux parisiens de Frichti


En colère, plusieurs dizaines de livreurs de repas à vélo ont manifesté ce vendredi devant des locaux parisiens de la plateforme de livraison de repas Frichti, à Paris. Après de premiers rassemblements hier à Denfert-Rochereau, les «riders», dont certains portaient la chasuble jaune de l’entreprise, se sont retrouvés devant les «hubs» de Frichti, d’abord rue Charlot, dans le 3ème arrondissement, puis rue de Tanger, dans le 19ème arrondissement. Ces regroupements visaient à dénoncer les nouvelles conditions imposées par Frichti, qui compte refuser l’accès de ses locaux aux livreurs sans-papiers.

Pour Jérôme Pimot, représentant du Collectif des livreurs autonomes de Paris (CLAP), tout est parti de la publication d’une enquête de Libération sur les conditions de travail chez Frichti, lundi. L’article souligne notamment le cas d’un livreur, Karim, qui aurait été employé par un sous-traitant de la plateforme alors qu’il était en situation irrégulière. La société avait alors répondu en expliquant qu’il s’agissait d’un cas isolé. «Libé dévoile le problème des livreurs sans-papiers employés par un sous-traitant de la plateforme. Et, comme par hasard, le groupe décide rapidement de ne plus donner l’accès de ses hubs aux personnes sans-papiers».

Dans un mail que nous avons pu consulter, daté du début de la semaine, l’entreprise annonce effectivement qu’elle renforcera à partir du 8 juin «la sécurité et l’accès au sein de [ses] hubs», les unités de distribution d’où partent les livreurs à vélo. Pour y accéder, les livreurs devront désormais produire une pièce d’identité valide, qui peut être un «passeport d’un État de l’Espace économique européen (ou Algérie ou Suisse)», une carte d’identité ou un «titre de séjour avec mention de la possibilité d’exercer une activité indépendante / commerciale (carte de résident, carte de séjour temporaire…)». «Nous serons intransigeant (sic) à ce sujet : aucun autre document ne sera accepté», prévient l’entreprise en rouge vif.

«Les gars ont compris qu’ils étaient rayés des cadres, et un mouvement spontané est né entre mercredi et aujourd’hui», raconte Jérôme Pimot. Pour le cofondateur du CLAP, Frichti «a paniqué» à la suite de l’enquête de Libération, et a «mis la poussière sous le tapis» en interdisant l’accès des locaux aux livreurs sans-papiers. Or, ajoute-t-il, «dès le départ, pour être compétitif face aux plateformes comme Nestor ou Foodchéri, Frichti s’est appuyé sur des livreurs sans-papiers». «Frichti a fait en sorte d’aller vers ces gens-là, poursuit-il, en allant faire des démarches dans la rue, aux feux rouges, notamment dans des coins comme La Chapelle, Stalingrad, Jaurès, Barbès. Les livreurs sont donc allés s’inscrire et le bruit s’est répandu dans la communauté».

Des aides pour la régularisation demandées

Ce vendredi, les livreurs se sont donc rendus devant des locaux de Frichti, espérant discuter avec un représentant du groupe. Quatre participants ont finalement reçu un «coup de téléphone» de l’entreprise : «Frichti essaie de calmer le jeu, fait un peu machine arrière. Désormais, tous les gens avec un numéro de SIREN pourront avoir accès aux hubs», précise le CLAP. «Ils veulent procéder au contrôle des SIREN», ces numéros permettant d’identifier les entreprises, déclarait un manifestant dans la journée de vendredi.

Toutefois, la colère des livreurs ne s’est pas éteinte pour autant, assure le représentant du CLAP : «forts de leur rapport de force, les gars demandent que tout le monde puisse venir bosser, pas seulement ceux ayant un numéro SIREN, car un grand nombre de livreurs parisiens n’en ont pas. Frichti a lâché du lest, mais a posé ses conditions en même temps, ce que refusent les manifestants». En outre, les livreurs demandent également à ce que Frichti les aide pour régulariser leur situation.

Contacté, le groupe Frichti reconnaît que l’enquête de Libération a signalé «de possibles failles dans [ses] systèmes de contrôle». La firme travaille «en collaboration avec [ses] prestataires et l’administration pour [s’assurer] de la bonne conformité des situations de chacun». Frichti ajoute se tenir «à la disposition de ceux qui connaîtraient des difficultés avec leur situation pour les accompagner au cas par cas». En d’autres termes, Frichti a réagi pour empêcher ces situations irrégulières, et compte d’abord se mettre en conformité avec la loi en empêchant l’emploi de personnes sans-papiers. Elle souhaite ensuite aider les travailleurs mis en difficulté, au cas par cas.

Le groupe rejette toutefois l’analyse du CLAP tout comme l’idée que l’emploi de personnes sans-papiers ferait partie de son modèle économique. Pour l’heure, aucune réunion avec les représentants des manifestants n’est prévue, mais des «échanges continus» ont lieu, assure-t-on.



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