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Economie

En Guyane, les opposants à la mine d’or repartent au combat contre le projet Espérance


«On a lutté pendant longtemps contre la Montagne d’or (…), et maintenant voilà un nouveau projet à même pas 30 kilomètres», souffle Antoine Lamoraille, membre du collectif Or de question, mobilisé contre un autre projet minier controversé en Guyane.

À 76 ans, cet artiste guyanais et militant écologiste s’oppose au projet d’extraction aurifère de taille industrielle, Espérance, envisagé dans les communes d’Apatou et Grand-Santi, à quatre heures de pirogue à moteur de Saint-Laurent du Maroni, dans une région habitée, forestière et fluviale d’une biodiversité exceptionnelle.

Ce projet de mine d’or à ciel ouvert est porté par l’américain Newmont et son partenaire local, la Compagnie minière Espérance (CME), dirigée par la présidente de la Fédération des opérateurs miniers de Guyane, Carol Ostorero. Les opérateurs promettent que leur projet créera en Guyane «220 à 335 emplois directs et au moins autant d’emplois indirects».

Dans la localité la plus proche d’Espérance, à Providence, au bord du fleuve Maroni, «personne ne parle de ce projet», reconnaissent deux habitants interrogés par l’AFP. Ce lieu-dit d’une soixantaine d’habitants est le bassin de vie d’une centaine de familles dont les enfants vont à l’école en pirogue.

Fin avril, en plein confinement, la commission départementale des mines a donné un avis consultatif favorable aux prémices du projet. Elle s’est prononcée pour le renouvellement pour «10 ans» de la concession actuelle Espérance, et pour une extension partielle.

Les opérateurs s’intéressent notamment à un gisement d’au moins «65 tonnes» d’or, quelques gisements alluvionnaires et un «potentiel» de «2,6 à 3,6 tonnes d’or», emprisonné dans un amas de roches arrachées du sous-sol et stockées depuis plus de dix ans sur site.

«Les perspectives d’exploitation sont encore incertaines» selon un rapport de l’administration consulté par l’AFP. «7 à 8 années» d’études exploratoires restent nécessaires pour confirmer l’ouverture d’une mine, a précisé la préfecture.

«Exigences environnementales»

Opposé aux mines en Guyane, Or de Question, qui réunit des dizaines d’ONG, «poursuit la lutte», explique le collectif à l’AFP, notamment pour un moratoire sur le cyanure et «la création d’un tribunal international jugeant les crimes écocidaires».

Dans une tribune publiée dans Libération, et signée par des personnalités comme le député européen Yannick Jadot (ELLV), le collectif déplore que ce projet «ressemble à s’y méprendre à son prédécesseur» Montagne d’or, projet de mégamine aujourd’hui à l’arrêt contre lequel il a combattu.

La ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne a assuré que l’avis de la commission ne constituait «en rien une autorisation d’exploitation» et que «comme pour Montagne d’Or», elle s’opposerait «à tout projet qui ne prendrait pas en compte nos exigences environnementales».

Dans les documents administratifs, CME s’affirme comme un «acteur responsable» qui «s’engage pour maîtriser les impacts de son activité sur l’environnement». Mais la société a déjà eu plusieurs rappels en matière environnementale. Depuis 2019, elle fait l’objet d’un «encadrement administratif» par l’Etat sur le site d’Espérance. Car pendant 30 ans, l’opérateur a mené ses activités sans autorisation d’ouverture de travaux miniers (AOTM), qui permet un suivi technique par l’Etat de conformité aux règles environnementales et minières. «Des demandes avaient été déposées» mais rien n’a abouti, répond Carol Ostorero. Une demande «déposée en 2010, n’a pas été instruite», confirme le rapport de l’administration.

CME n’a «pas manqué à ses obligations», affirme Mme Ostorero, soulignant que la compagnie fut l’«une des premières entreprises» en Guyane à mettre en oeuvre des alternatives à l’usage du mercure (pour extraire l’or, ndlr), et que «les différentes études d’impact» à Espérance «n’ont jamais relevé de quantités significatives de mercure».

CME a aussi fait l’objet d’une «mise en demeure» par le préfet en 2019 pour la présence irrégulière sur «80 hectares» d’installations potentiellement nuisibles ou à risque pour l’environnement. La famille Ostorero est aussi poursuivie pour suspicion de pollution environnementale sur un site aurifère dans la commune de Mana. Le procès en correctionnel qui devait se tenir vendredi a été reporté à cause de l’épidémie.



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