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Economie

face au manque de personnel, les services de réanimations à bout de souffle


Alors que les hôpitaux de la région se préparent à devoir ouvrir plus de lits en soins intensifs, les professionnels, épuisés par un an de crise sanitaire, peinent à trouver des renforts.

«C’est un peu compliqué en ce moment, on n’en voit pas le bout… Dès qu’un patient sort du service de réanimation ou, malheureusement décède, un autre prend sa place. C’est un va-et-vient permanent» soupire Alexandre*, jeune infirmier en réanimation dans un hôpital de la région parisienne.

En poste depuis un an et demi, il n’a connu quasiment que la crise sanitaire et la troisième vague qui s’abat actuellement sur l’Île-de-France le désespère. Son service qui disposait jusqu’à présent de douze lits doit désormais en accueillir plus. Lundi, plus de 1.400 personnes se trouvaient en soins critiques dans la région, un chiffre qui devrait grimper jusqu’à 1.500 dans quelques jours. En conséquence, l’Agence régionale de santé (ARS) a demandé aux établissements hospitaliers d’Île-de-France, d’atteindre 2200 lits en réanimation «à brève échéance, avec un premier palier à 1800 lits en milieu de semaine prochaine». «C’est un effort monstre», s’inquiète le professeur Djillali Annane, chef du service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Raymond-Poincaré à Garches qui pointe le manque de personnel en soins intensifs. «Nous sommes au-delà de nos capacités et nous fonctionnons déjà sur une réserve qu’on n’avait pas», insiste-t-il.

Pour tenter de pallier ce déficit de bras, du personnel soignant venu d’autres pôles de l’hôpital est mobilisé pour créer des services de réanimation éphémères afin de soutenir ceux préexistants, comme cela a déjà été fait lors de la première vague. C’est le cas de Justine*, 25 ans et infirmière en réanimation de chirurgie cardiaque en pédiatrie à Paris. En mars dernier, son service a dû fermer l’une de ses trois unités au profit d’une dédiée aux patients Covid en soins intensifs. «J’y ai été affectée en tant qu’infirmière mais aussi en tant qu’aide-soignante car on en manquait», raconte la jeune femme qui n’a eu pendant cette période ni repos ni congés.

Mais pour Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) mobiliser du personnel «sera plus compliqué qu’il y a un an». Au début de la crise, les tensions en réanimation étaient particulièrement concentrées sur l’Île-de-France et le Grand-Est tandis que la troisième vague touche plus de régions. La situation rend difficile le transfert de médecins et soignants d’une région à l’autre. Thierry Amouroux s’alarme surtout des conséquences de ce mouvement de personnel. Déplacer des médecins et soignants en réanimation implique de déprogrammer les soins dans les services amputés. Actuellement de 40%, la déprogrammation pourrait atteindre 80% avec l’objectif de 2.200 lits fixé par l’ARS.

Un manque de personnels formés

Une autre solution pour compenser le manque de personnel consiste à faire appel à des intérimaires pour grossir les rangs de la réanimation mais tous ne sont pas formés. Pour y remédier, l’AP-HP a lancé en urgence un programme de formation accéléré pour les infirmiers et les étudiants en soins infirmiers. Des cursus de trois jours pour qu’ils puissent intégrer les fondamentaux de la réanimation. «Ça ne s’apprend pas du jour au lendemain», rappelle Thierry Amouroux du SNPI pour qui les formations rapides proposées par les hôpitaux «ne sont pas suffisantes».

De son côté, le professeur Annane regrette que le gouvernement n’ait pas augmenté, en juin dernier, le nombre de places à l’internat en réanimation. «Les internes jouent un rôle considérable dans les soins hospitaliers. Ça nous prive de ces jeunes compétents qui auraient pu être un recours extrêmement important». Selon lui, «il faut des compétences très spécialisées et spécifiques qui ne s’improvisent pas. Lors de la première vague, ça a été une cause de souffrance pour de nombreux soignants qui ont été confrontés à cet exercice de la réanimation de façon brutale sans préparation et pour beaucoup ça a été un choc psychologique». Justine en fait partie. En mars dernier, propulsée en service de réanimation covid, elle a été confrontée à de nouvelles machines qu’elle n’avait encore jamais manipulées. «Ça a été un gros stress, je me sentais démunie», raconte celle qui se sent à présent plus en confiance.

«Tous les jours des gens craquent»

Le professeur Annane s’inquiète des conséquences d’une telle pression sur le personnel. «Je le vois tous les jours, certains craquent». Tous se dévouent sans compter leurs heures, quitte à négliger leur propre santé. Le chef de service a parfois dû imposer à certains membres de son équipe de s’arrêter pour les protéger. Il a fait appel à un psychologue et tente «d’organiser des soupapes de respiration». «On essaye de consolider notre équipe pour détecter les fragilités et les accompagner très précocement pour éviter les accidents», assure-t-il.

À défaut de craquer, certains abandonnent tout simplement. Selon une étude menée par le SNMRHP après la première vague auprès de 115 services de réanimation, 2% des médecins ont décidé de quitter cette activité et 3% des infirmiers. Alexandre aussi s’interroge. Lui qui a toujours voulu travailler en réanimation réfléchit à se tourner vers le privé ou se mettre à son compte. «C’est moins intéressant mais au moins je pourrai décider de mes horaires», explique-t-il à demi-mot. «Ils ont vécu cette première vague difficilement et ne sont pas prêts à recommencer», acquiesce le professeur Annane. Si Justine se sent prête à se mobiliser à nouveau, ce n’est pas le cas de nombre de ses collègues, encore traumatisées par la première vague.

Un manque de reconnaissance

Au-delà des conditions de travail en soins intensifs, le personnel médical et soignant dénonce un manque de reconnaissance. La revalorisation salariale de 183 euros (dans le public et 160 euros dans le privé) fixée par les accords du Ségur de la Santé en juillet dernier, est jugée insuffisante. «C’est une avancée très légère mais on reste en dessous du salaire moyen européen», pointe Thierry Amouroux du SNPI qui dénonce également le peu de cas de contaminations au coronavirus chez les soignants reconnues comme maladie professionnelle. Fin février, seules 437 personnes étaient concernées.

Malgré tout, médecins, infirmierset aides-soignants ont déjà commencé à se mettre en ordre de bataille pour traverser cette troisième vague. «Nous sommes rodés à ne jamais abandonner», confirme le professeur Annane. «Quand nous sommes confrontés à une situation critique, notre seule préoccupation est de résoudre le problème». Mais face à un hôpital public «au bord de ses limites», nul n’est tenu à l’impossible, rappelle-t-il.

*Ces prénoms ont été modifiés



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