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Economie

FIFA, le jeu phare d’Electronic Arts, accusé d’être une loterie déguisée


FIFA, une loterie qui ne dit pas son nom ? C’est l’avis de Maître Karim Morand-Lahouazi et Victor Zagury, avocats pénalistes spécialistes des nouvelles technologies. Ils en veulent plus précisément à son mode «Ultimate Team». Selon eux, cette version du jeu de football développé par Electronic Arts (EA) serait un jeu d’argent déguisé en divertissement grand public. Au mois de juin, les juristes ont déposé une plainte avec constitution de partie civile pour «pratiques commerciales trompeuses» et «loterie prohibée».

Née en 2009, la version «Ultimate Team» de FIFA (FUT) est devenue, en un peu plus de 10 ans, une véritable «poule aux œufs d’or». Plébiscité par les joueurs, ce mode de jeu représente «près d’un tiers du chiffre d’affaires d’Electronic Arts, pour l’ensemble de ses jeux», avance Karim Morand-Lahouazi. Une «part substantielle» des revenus générés par Ultimate Team «proviennent de la déclinaison de ce mode dans FIFA», renchérit le site jeuxvideo.com.

Pour les profanes, le mode «FUT» permet de créer son équipe et de la faire évoluer grâce à des «loot boxes» – comprenez des «packs» contenant des cartes de joueurs, de maillots, de stades, etc. «Toutes n’ont pas la même valeur. Il y a une hiérarchisation en fonction de la réputation du joueur», explique Victor Zagury. Le contenu du pack est lui, complètement aléatoire. «Le groupe ne donne aucune information sur les chances de gagner des cartes rares. Il n’existe, en outre, aucune restriction pour les mineurs», regrette l’avocat pénaliste.

Pour se procurer les fameux «packs» surprises et constituer son équipe, les joueurs règlent en «crédits FIFA» – une monnaie que l’on obtient en «gagnant des matchs ou en revendant des cartes» – ou en «points FIFA» – achetés, quant à eux, en ligne, avec une monnaie bien réelle cette fois. Les «loot boxes» coûtent 1 à 25 euros et contiennent entre 12 et 30 éléments.

À ce stade, difficile d’en vouloir à Electronic Arts. Rien n’oblige les utilisateurs à opter pour le mode «FUT» et, même s’ils le choisissent, ils ne sont pas contraints de se procurer les fameux «packs». Il est possible de jouer sans dépenser, rappelle d’ailleurs le géant américain, interrogé par Le Figaro. «Les achats sont entièrement facultatifs. Il n’y a aucun avantage à acheter des ”FUT Packs” plutôt qu’à les gagner», assure le groupe.

Là où le bât blesse, selon les deux avocats, c’est qu’il est difficile, voire impossible, de ne rien dépenser si l’on souhaite évoluer dans le jeu. «Même en étant bon techniquement, il y a un plafond de verre. Pour certaines compétitions, par exemple, impossible de se qualifier sans avoir une équipe d’une valeur de 10 000 à 50.000 euros. Arrivé à un certain niveau, soit on paye, soit on stagne», illustre Karim Morand-Lahouazi. «Les utilisateurs de FIFA rêvent de jouer avec les stars du foot. Or, une victoire représente 500 ”crédits”. Mbappé, lui, coûte 1,5 million de ”crédits” et Ronaldo entre 10 et 15 millions. Il faudrait passer sa vie à jouer pour s’offrir une légende», ajoute Victor Zagury. «Certains de nos plaignants ont mis des sommes à 5 chiffres dans le jeu. Electronic Arts crée volontairement de la frustration pour générer une addiction», poursuit-il.

Une bulle spéculative

Pour les juristes, le groupe pourrait même être allé plus loin que la simple loterie dissimulée. «Nous nous demandons s’il n’y a pas une utilisation de données personnelles pour inciter les utilisateurs à mettre la main au porte-monnaie, indiquent-ils. Si l’algorithme sait qu’un joueur a l’habitude d’acheter un pack au bout de trois défaites, il n’a qu’à le faire affronter des joueurs plus performants le nombre de fois nécessaire. Nous ne pouvons cependant pas l’affirmer car nous n’avons pas accès à cet algorithme».

Plus encore, «FIFA Ultimate Team» imite les codes des places boursières. En effet, le succès du mode «FUT» tient de la mise à jour du jeu au fil des rendez-vous footballistiques nationaux et internationaux. Concrètement, la cote des footballeurs est indexée sur leur réputation réelle. Un marché très éphémère, puisque à «chaque saison, les compteurs sont remis à zéro». «D’ailleurs en début d’année, EA offre aux ”gamers” professionnels un certain nombre de points d’une valeur de plusieurs milliers d’euros pour qu’ils commencent à constituer leurs équipes», précise Karim Morand-Lahouazi.

Une application a même été développée pour permettre aux utilisateurs de gérer leur «portefeuille» de joueurs selon les «évolutions du marché». Certains «gamers» dotés de cartes de valeur vont jusqu’à vendre leur compte FIFA sur Ebay. «Bien que ce soit interdit , ils ne sont pas bannis par Electronic Arts. On trouve des comptes pour 200 à 600 euros», relate Victor Zagury.

Un compte «FUT» en vente à 500 euros sur Ebay. Le Figaro

Les deux avocats soupçonnent également le géant du jeu vidéo d’injecter des cartes rares sur le «marché des transferts» – comprenez, marché financier version FIFA. «Parfois, des cartes inexistantes (qui ne sont sorties dans aucun pack, NDLR) apparaissent d’un coup. Cela pourrait être une façon pour EA de réguler le marché et surtout de prouver qu’elles tombent bel et bien dans les packs ”surprises”», suppose Victor Zagury. Une incitation à l’achat supplémentaire. «Le problème c’est qu’il est impossible de connaître l’identité du vendeur», ajoute son associé.

Karim Morand-Lahouazi et Victor Zagury sont les premiers français à s’attaquer au géant américain. «C’est un combat de David contre Goliath. Nous nous attaquons à un empire, soupire le premier. Il est très difficile de faire entendre notre voix car de nombreux acteurs (joueurs, club, etc.) sont contractuellement liés à EA». «C’est un système insupportable qui oblige avocats et petits consommateurs à faire un travail qui n’est pas le leur», s’insurge son confrère. Victor Zagury en veut à Autorité nationale des jeux (ANJ), qui porte selon lui un «regard erroné sur l’affaire». «Nous croyons fermement que rien dans nos jeux ne constitue un jeu de hasard», soutient, de son côté, Electronic Arts. Pour l’heure, le mode «FUT» a été interdit en Belgique et aux Pays-Bas pour son caractère aléatoire. Une action collective est en cours aux États-Unis.



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