Image default
Economie

Folie spéculative sur l’action d’une chaîne de cinémas


AMC Entertainment a vu son cours bondir de 95% en une séance mercredi, et de 2850% depuis janvier.

Personne ne peut raisonnablement croire que la chaîne de cinémas AMC Entertainment Holdings mérite une valorisation boursière de plus de 30 milliards de dollars. L’entreprise, écrasée par plus de 5 milliards de dettes, n’a pas dégagé de profits depuis 2016. La voilà plus chère que Delta Airlines. À ce niveau stupéfiant de capitalisation, elle pèse même plus lourd que la moitié des 500 firmes représentées dans l’indice S&P 500.
Elle qui accumulait déjà des pertes avant le confinement a vu son activité cesser durant la pandémie. Le déconfinement lui permet aujourd’hui de rouvrir une partie de ses quelque 1000 cinéplexes qui abritent plus de 10.000 salles obscures. Pour autant celle ne garantit en rien sa sortie de l’ornière.

Les analystes anticipent toujours près de 100 millions de pertes pour AMC, au cours des douze prochains mois, avant même que la société paye les intérêts sur sa dette, ses impôts et sans ternir compte de ses amortissements (EBITDA). L’action a pourtant grimpé de 95% mercredi, ce qui a porté à 2850% son appréciation depuis le début de l’année.

L’ascension stratosphérique de l’action d’AMC est une nouvelle illustration de la folie spéculative qui a saisi Wall Street et qui prend au piège des fonds professionnels, face à une armée de petits traders fanatisés. Le volume d’échanges sur le titre mercredi a dépassé 710 millions, un montant qui est proche du double du nombre d’actions émises par l’entreprise. C’est à comparer à une moyenne du volume de transactions des 30 derniers jours de 143 millions de titres. On est bien en présence d’un phénomène classique d’hystérie boursière irrationnelle.

La même aberration a déjà fait s’envoler il y a quelques mois les cours d’autres entreprises gravement malades, comme la chaîne de distribution de jeux vidéo Gamestop ou la chaîne de produits de décor et de salles de bains, Bed Bath & Beyond.

Le mécanisme derrière le paradoxe est assez simple: des fonds professionnels spéculatifs cherchent à gagner de l’argent en pariant sur la faillite d’entreprises en grave difficulté. Leur méthode consiste à vendre à découvert les actions de la société visée. Ils s’engagent en fait à transférer dans quelques semaines à leur courtier la propriété de l’action à un prix donné. Dans la pratique, ils empruntent l’action qu’ils veulent voir chuter, pour n’avoir à la payer effectivement que pour peu d’argent dans quelques semaines. Comme ils sont convaincus que d’ici là, le cours s’en sera effondré, ils agissent à découvert: ils s’exposent au risque que le cours grimpe, les obligeant à payer très cher pour tenir leur engagement.

Face à eux, une armée de petits traders coordonnent leurs achats: il en résulte une soudaine hausse des cours qui brusquement rend indispensable une réaction des fonds spéculatifs. S’ils ne se mettent pas à acheter aussi les valeurs qu’ils voulaient voir plonger, leurs pertes vont très rapidement grimper. Ils doivent donc dans l’urgence, à n’importe quel prix, procéder à des achats de couverture. L’urgence est d’autant plus forte que leur pari à la baisse était financé à crédit. La semaine dernière, on estimait déjà à plus d’1,2 milliard de dollars les pertes subies par les fonds pris à contre-pied sur AMC.

Les populistes voient dans ce combat un triomphe des petits porteurs face aux méchants spéculateurs. Il est rendu possible par la prolifération de forums de discussion entre boursicotteurs sur les réseaux sociaux. Pour la première fois, les petits peuvent en temps réel et sans frais, monter des opérations conjointes pour faire peser sur les cours.

La direction d’AMC est ravie de la hausse des cours. Elle offre des billets gratuits et du pop corn à ses nouveaux petits actionnaires. Elle en a surtout profité pour émettre davantage de titres et lever plus de 230 millions de dollars. Mudrick Capital a souscrit à cette offre à hauteur de 8,5 millions de titres. Le fonds a ensuite rapidement revendu ses titres, jugeant la valorisation d’AMC excessive. S’il avait tenu 24 heures de plus, il aurait pu gagner 300 millions de dollars de plus…



Source link

Autres articles

Le prêt Nexity Crescendo, un prêt à 0% pour acheter dans le neuf

administrateur

Colère dans le16e où cette maison doit être démolie pour créer 15 HLM

administrateur

je (télé)travaille dans un château!

administrateur

Le projet de Center Parcs à Roybon en Isère abandonné

administrateur

Hausses des décès, normes sanitaires… Les professionnels du funéraire face à la dure épreuve du Covid

administrateur

Aux États-Unis, la recrudescence de l’épidémie freine la reprise de l’activité

administrateur