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Economie

guerre des mots entre EDF et Total


Les patrons d’EDF et Total ont échangé jeudi attaques et propos acerbes, alors que le pétrolier souhaite renoncer à l’électricité nucléaire qu’il avait commandée en raison de la crise du Covid-19, un contentieux qui sera tranché par la justice.

Les fournisseurs alternatifs (Engie, Total, Eni etc.) peuvent acheter à l’avance et à prix fixe une certaine quantité de l’électricité nucléaire produite par EDF, dans le cadre d’un mécanisme baptisé Arenh (accès régulé à l’énergie nucléaire historique). Mais certains fournisseurs, dont Total Direct Energie, filiale du géant pétrolier et gazier, veulent maintenant renoncer à cette électricité pré-commandée, évoquant un cas de force majeure avec la pandémie de Covid-19.

«Maintenant que la demande a baissé en particulier de la part des entreprises et que les prix ont baissé, ils s’aperçoivent que: ‘oh pas de chance on va peut-être perdre de l’argent’, alors ils nous disent: ‘non non finalement on n’en veut pas de toute cette électricité, gardez-vous là’», a déclaré Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF, sur RTL. «À certains tout petits revendeurs, nous avons dit que nous étions prêts à faire des facilités de paiement s’ils avaient des difficultés de trésorerie», a-t-il poursuivi. «Il y a aussi des gros (…) qui cherchent à obtenir une révision de leur contrat devant les tribunaux. Les tribunaux en jugeront, mais nous estimons qu’il n’y a pas matière.»

Après l’échec d’une procédure devant le régulateur du secteur et le Conseil d’État, le tribunal de commerce de Paris a été saisi dans cette affaire, notamment par Total.

«Baroque»

«J’ai entendu parler de dividendes, enfin ça n’a pas l’air d’aller si mal», a ironisé Jean-Bernard Lévy, interrogé spécifiquement sur Total. En effet, le géant pétrolier ne va pas abaisser son dividende, mais proposer à ses actionnaires de le verser en actions. «Qu’ils viennent dire à EDF: ‘finalement j’ai acheté un peu trop de courant électrique, vous ne voudriez pas me le reprendre parce que ça m’embête de faire un peu de pertes quand même’, on a trouvé ça un petit peu baroque», a conclu M. Lévy.

Le PDG de Total Patrick Pouyanné a répliqué de façon tout aussi cinglante, attaquant EDF sur ses propres pratiques. «Les clauses de ‘force majeure’ existent dans les contrats pour pallier [les] conséquences d’événements qui n’étaient pas raisonnablement prévisibles au moment de la signature du contrat» a-t-il souligné dans une déclaration transmise à l’AFP. «Or, j’ai entendu un certain nombre de représentants de l’État qui disaient que l’urgence sanitaire signifiait ‘force majeure’. Nous ne sommes pas responsables de la baisse de la demande en électricité dans le pays», a-t-il poursuivi, renvoyant au confinement décidé par les pouvoirs publics. Total assure avoir voulu engager un «dialogue» avec EDF pour acheter de l’électricité d’origine nucléaire au prix convenu, mais en moindre quantité face à la chute de la demande.

«Affaire d’Etat»

«On n’a aucune intention d’abuser de la situation comme j’ai pu le lire, nous ne sommes pas des irresponsables. En vérité, en continuant à produire alors qu’il n’a pas de demande, j’aimerais bien savoir qui abuse de la situation actuellement?», a encore accusé M. Pouyanné.

Ce n’est pas la première fois que les deux géants français de l’énergie échangent des propos acerbes. Ils sont devenus concurrents directs depuis l’entrée de Total sur le marché de l’électricité français avec le rachat du fournisseur Direct Energie. «Il y a une autre filiale d’EDF qui a déclaré ‘force majeure’, liée à la situation sanitaire, à Total sur un autre dossier. On ne l’a pas mis jusqu’à présent sur la place publique, ni contesté d’ailleurs», a attaqué Patrick Pouyanné, sans donner de détail. «Je ne veux pas de polémique, mais visiblement, ce qui est une affaire commerciale devient une affaire d’État. C’est un peu dommage», a-t-il conclu.

Le gouvernement avait présenté à la mi-janvier un projet de réforme de l’Arenh, pour mieux garantir à l’avenir des revenus à EDF, qui dénonce régulièrement le mécanisme. Mais la Commission européenne devra donner son accord.



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