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Finance

Janet Yellen devra accompagner la baisse du dollar sans provoquer de krach



Publié le 3 déc. 2020 à 7:29

Lorsque les médias américains ont annoncé la probable nomination, désormais officielle, de Janet Yellen , ancienne présidente de la Réserve fédérale , comme secrétaire au Trésor, le dollar a cédé 0,3 %. « Elle juge que la politique monétaire ne peut à elle seule faire sortir l’économie américaine de la crise du Covid-19 », estime la banque Nomura. La politique budgétaire doit à ses yeux prendre le relais (hausse des dépenses, assurance chômage, soutiens aux secteurs sinistrés…). Or le plan de soutien pour lutter contre la pandémie va faire déraper le déficit budgétaire et les dépenses publiques, et donc peser sur le dollar. Passés les 100 jours de sa période de grâce, les marchés des changes sanctionneront plus durement le billet vert si ces mesures n’ont fait qu’augmenter la dette sans effet notable sur la croissance et l’emploi.

Janet Yellen devrait respecter l’indépendance de la Réserve fédérale et ne pas militer pour des assouplissements monétaires , qui de toute façon, seraient selon elle d’un effet limité dans le contexte actuel. A l’inverse, Donald Trump ne s’est pas privé de faire pression sur la Fed pour baisser les taux d’intérêt et indirectement le billet vert, trop fort selon lui.

Equilibre et apaisement

C’est le Trésor qui a la charge de la politique de change des Etats-Unis. Il peut décider dans des circonstances exceptionnelles que la Fed intervienne sur le marché pour vendre ou acheter des dollars. « Janet Yellen ne devrait pas décider d’interventions pour orienter la valeur du dollar dans un sens ou un autre, mais seulement pour restaurer le calme après un mouvement très désordonné et volatile du marché, prédit Matthew Luzzetti, chef économiste en charge des Etats-Unis à la Deutsche Bank. Elle devrait s’abstenir de faire baisser le dollar par ses déclarations et s’en tenir à sa préférence pour un environnement de dollar fort et stable, dont le cours est du seul ressort des marchés ». En surface en tout cas, la politique en matière de changes devrait être plus équilibrée et apaisée que sous l’administration Trump, en guerre contre les pays accusés de mener des dévaluations compétitives au détriment des Etats-Unis.

Sujet de controverse

Dans une conférence organisée en février 2019 par la Brookings Institution, l’ancienne présidente de la Fed admettait que « la valeur des monnaies est un sujet de controverse dans les discussions commerciales ». Mais elle va prendre ses fonctions dans un contexte moins tendu grâce à la remontée de la devise chinoise, en hausse de 7,2 % sur les 12 derniers mois. Pékin ne peut être accusé de mener une guerre des changes contre les Etats-Unis. « La nouvelle secrétaire au Trésor pourrait ne pas se contenter de répéter le dogme du dollar fort dans l’intérêt des Etats-Unis de ses prédécesseurs. Par le passé en tant que présidente de la Fed, elle avait d’ailleurs pointé les effets néfastes d’un dollar fort sur la croissance américaine et le déficit courant » estime Zach Pandl, coresponsable de la stratégie sur les changes, taux d’intérêt et émergents à la banque Goldman Sachs.

Trois facteurs structurels d’affaiblissement du dollar vont se conjuguer durant ses premiers mois à la tête du Trésor : une valorisation encore excessive du billet vert, des taux d’intérêt américains faibles et une reprise économique mondiale qui incite les capitaux américains à s’investir hors des frontières.

Les marchés anticipent une poursuite de la baisse du billet vert en 2021, mais modeste, autour de 2 % selon le consensus des prévisions de Bloomberg. Il a déjà cédé 7,5 % depuis le début de l’année. Un des défis pour Janet Yellen sera d’accompagner ce mouvement de baisse sans provoquer une crise de confiance à l’égard du dollar qui menacerait le financement des déficits américains par les investisseurs étrangers.

La Fed et le dollar

Durant les quatre années de présidence de la Réserve fédérale (2014-2018) de Janet Yellen, le dollar a progressé de 13,7 %. Le billet vert avait grimpé à l’annonce de sa nomination. Le dollar a enregistré sous son leadership à la Fed sa deuxième meilleure performance depuis plus de 30 ans. Il avait connu sa plus forte hausse sous le quatrième mandat d’Alan Greenspan (1998-2002) quand il gagna 19 %. Il perdit le quart de sa valeur les quatre années suivantes.



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