Image default
Finance

Japon : les groupes cotés embarrassés par l’affaire des votes non comptabilisés



Publié le 29 sept. 2020 à 6:39

Fin juillet, le mystérieux fonds activiste Effissimo Capital Management s’était fendu d’un sec communiqué de neuf lignes pour reconnaître du bout des lèvres sa défaite dans un vote crucial devant l’assemblée générale des actionnaires de Toshiba. Détenant près de 10 % du conglomérat japonais, le fonds basé à Singapour – mais monté par d’anciens collaborateurs de l’activiste japonais Yoshiaki Murakami – souhaitait remanier le conseil du géant nippon et y faire rentrer de nouveaux administrateurs pour accélérer les restructurations. Dénigrée par la direction de Toshiba, la proposition avait été rejetée, malgré le soutien de 43 % des actionnaires.

Deux mois plus tard, Effissimo Capital Management estime, avec d’autres grands investisseurs, que la consultation a peut-être été truquée ou, au moins faussée, par des pratiques archaïques qui pénalisent des centaines d’entreprises cotées du pays. Les organisateurs de l’assemblée de Toshiba ont déjà reconnu que les votes de plus d’un millier d’actionnaires n’avaient pas été enregistrés, mais assurent que l’« erreur » n’a pas eu d’impact sur l’équilibre final de la décision.

Votes par courrier

Selon les estimations du Ministère de l’industrie et de l’économie, plus de 80 % des votes aux assemblées générales des groupes japonais sont encore effectués par courrier et non pas par voie électronique, comme c’est désormais la norme dans les pays développés occidentaux.

Submergée par ce courrier, la société Japan Stockholders Data Service Co., la coentreprise des banques Sumitomo Mitsui Trust Bank et Mizuho Trust & Banking chargée de récolter ces votes, a pris pour habitude, probablement depuis des années, de ne pas comptabiliser une partie des bulletins arrivant au dernier jour de l’échéance légale officielle. Entre mai et juillet 2020, les votes de plus de trois millions d’actionnaires auraient ainsi été ignorés, lors des assemblées de 1.346 entreprises cotées sur les marchés japonais. « Nous tenons à nous excuser auprès de nos clients et des acteurs des marchés financiers », a lâché, en fin de semaine dernière, Atsushi Kaibara, l’un des cadres de Sumitomo Mitsui Trust, lors d’une conférence de presse.

Complicité d’une partie des entreprises cotées

Pour mettre un terme à la polémique, les deux sociétés promettent de compenser financièrement leurs clients, mais nombre d’analystes espèrent que ce nouveau scandale va provoquer un débat plus profond sur les pratiques de ces trusts et la complicité d’une partie des entreprises cotées. « Cela pourrait être positif et forcer de nombreux groupes à enfin demander des changements », explique Nicholas Benes, le dirigeant du Board Director Training Institute of Japan.

Ce spécialiste de la gouvernance d’entreprise au Japon plaide depuis des années pour une réorganisation des assemblées générales d’actionnaires. Il propose notamment un étalement dans le temps de ces réunions qui, dans les faits, sont presque toutes organisées sur une période de deux semaines. « Cette concentration permet à certains groupes de ne réunir que leurs actionnaires les plus loyaux et d’éviter les questions trop délicates », souffle-t-il, avant d’également plaider pour une généralisation du vote électronique et un abandon des laborieuses procédures papier.

Une modernisation que refusent les trusts, inquiets de voir arriver soudain sur leur marché d’autres plateformes concurrentes spécialisées dans les consultations électroniques. « Comment est-ce que le gouvernement du Premier ministre, Yoshihide Suga, pourrait sérieusement parler de digitalisation de la société s’il n’arrive déjà pas à réformer ces pratiques de vote aux assemblées d’actionnaires ? », interpelle Nicholas Benes.



Source link

Autres articles

Eurazeo bascule dans le rouge au premier semestre

administrateur

Plan de relance : les autorités font aussi appel aux épargnants

administrateur

Frais bancaires : Bercy tente de reprendre la main

administrateur

Climat : Exxon dans le viseur de ses actionnaires

administrateur

Epargne : comment le confinement a rebattu les cartes

administrateur

JPMorgan devra payer 1 milliard pour sa co-entreprise en Chine

administrateur