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Economie

«Je ne pouvais pas ne pas y aller», ces soignants retraités qui viennent prêter main-forte à la campagne de vaccination


TÉMOIGNAGES – Entre le rebond de l’épidémie et la campagne de vaccination, les besoins de personnel n’ont jamais été aussi importants.

«Je n’ai pas du tout réfléchi, ça m’a paru logique d’aider». Comme Geneviève, 73 ans, de nombreux infirmiers, aides-soignants, médecins et autres professions médicales sont sortis de leur retraite pour participer à la campagne de vaccination. Un renfort essentiel pour atteindre l’objectif, fixé par le gouvernement, de 30 millions d’adultes vaccinés en juin.

Cette médecin, d’abord pédiatre avant de se spécialiser en cancérologie et greffe de la moelle, a décidé de renfiler la blouse dès que son successeur l’a appelée pour travailler dans un centre de vaccination à Montpellier. «Je voulais participer dès janvier, mais mon mari n’était pas encore vacciné, c’était trop risqué. J’ai donc dû attendre mi-mars, qu’il reçoive sa deuxième dose». Son rôle est de vérifier les informations sur les fiches remplies par les futurs vaccinés, pour s’assurer qu’aucun suivi spécifique ne soit à prévoir. La vaccination elle-même est faite par des infirmières. Parmi elles beaucoup de retraitées, comme l’a remarqué le docteur Labrousse, endocrinologue à Toulouse, qui passe une partie de son temps libre à aider dans un centre de vaccination du CHU à Toulouse. Elle voit tous les jours l’importance de cette main-d’œuvre supplémentaire: «sur les trois infirmiers du centre il y a deux retraités», explique-t-elle. Ce volontariat est une expérience extrêmement positive pour cette médecin, qui apprécie l’atmosphère «bienveillante» et «la bonne humeur» qui y règne.

L’ampleur de la mobilisation immédiate des retraités «quasiment une cinquantaine a répondu à l’appel» pour aider dans les centres de vaccinations a impressionné la direction des ressources humaines du CHU. Cette aide est indispensable pour les hôpitaux, tant la pression actuelle, avec la hausse des personnes en réanimation, ne laisse aucune marge de manœuvre. «Sans eux on ne pourrait clairement pas avoir de centre de vaccination», explique Cécile Abella, DRH au CHU de Toulouse. De fait, 80% du personnel qui participe à la vaccination sont des retraités. Et ce n’est pas un cas isolé «tous les CHU sont dans la même situation» confirme-t-on à Toulouse.

L’enjeu est pourtant énorme. Une vraie course contre la montre est engagée. Après avoir démarré lentement, la campagne de vaccination doit maintenant accélérer et atteindre les 400.000 injections par jour. Le problème des retards de livraisons tend à se résoudre avec la montée en cadence du rythme de production, la France reçoit chaque semaine des millions de doses et a plus que jamais besoin de personnel pour vacciner. Aucune main n’est de trop, après les retraités, les pharmaciens ont été appelés en renfort, puis les sapeurs-pompiers et, plus récemment, les vétérinaires et les dentistes. Lors de son discours du 31 mars, Emmanuel Macron a rappelé qu’au total plus de 1700 centres et 250.000 professionnels de santé étaient mobilisés pour vacciner.

Une source d’épanouissement

Au-delà du devoir, cette expérience offre une vraie plus-value pour les retraités. Le docteur Bonnière, ancien médecin gastro-entérologue en libéral, à la retraite depuis deux ans, ne tarit pas d’éloge sur sa nouvelle expérience dans un centre de vaccination: «depuis que j’ai repris du service je suis plus heureux, et pas que, c’est très formateur». Pour lui, la motivation va de soi : «on a un métier où on sert les gens, donc le but est de servir un peu plus».

C’est plus compliqué au niveau de la logistique. Lors de la première vague, l’Agences Régionales de Santé d’Île-de-France a lancé sa plateforme Renfort-Covid pour mettre en relation ceux qui pouvaient aider avec les établissements en manque de personnelles. Puis le système a été nationalisé à partir d’octobre, avec un nouveau site Renfort RH Crise. Certains soignants qui n’avaient pas pratiqué depuis de nombreuses années ont eu un peu de mal à redevenir pleinement opérationnels. Lorsqu’elle a senti que sa place était au côté des malades, Isabelle, ancienne infirmière, n’avait pas pratiqué depuis 30 ans: « j’ai été lâchée dans la nature, j’ai dû cravacher, se remémore-t-elle, la dernière fois que j’avais exercé tout était différent, il n’y avait pas d’informatique du tout». Si elle se rappelle «avoir couru non-stop», elle ne regrette rien: «c’est un métier passion, pas alimentaire». Pour ce troisième round, elle était même prête à partir à Mayotte: «J’ai reçu un SMS, j’ai dit oui, mais ils ne m’ont pas rappelée».

Les semaines et les mois qui viennent seront donc décisifs pour en finir avec la pandémie. La Grande-Bretagne, beaucoup plus avancée dans la campagne de vaccination, annonce chaque jour un nombre de morts en forte baisse. Pour tenter de rattraper son retard le gouvernement a signé un décret vendredi 26 mars permettant aux étudiants de vacciner à leur tour. Le ministre de la Santé a aussi annoncé que les infirmières pourront prescrire le vaccin. En attendant, les seniors ayant reçu leurs deux doses renouent avec leur vie d’avant, et pas uniquement dans le secteur de la santé. Après de longs mois d’absence, la reprise de leurs engagements associatifs est plus que jamais essentielle.



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