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Economie

Jean Castex relance les négociations, et en vitesse


Elle fait partie des dossiers engloutis par la crise du coronavirus : la réforme des retraites, en suspens depuis le mois de mars, sera remise sur la table des négociations par le gouvernement Castex. Et ce, sans attendre.

Le 20 juillet, soit dans à peine deux semaines, le premier ministre fraîchement nommé réunira les partenaires sociaux pour «une conférence de méthode», a-t-il annoncé devant les députés ce mercredi lors des questions au gouvernement. Des premières rencontres bilatérales sont prévues dès ce 8 juillet. Un agenda très serré qui a de quoi prendre toutes les parties prenantes par surprise. «On ne s’y attendait pas du tout, on a nous aussi appris la date du 20 juillet par la presse aujourd’hui, s’émeut Frédéric Sève, secrétaire national de la CFDT. On pensait que jusqu’à l’automne, on se consacrerait au chômage, à la relance». Même le Medef, par la voix de son président Geoffroy Roux de Bézieux, avait plaidé pour que la réforme soit «mise sur pause».

Avec cette annonce, Jean Castex veut démontrer sa capacité à agir vite, mais aussi se positionner comme la figure de proue de cette réforme des retraites. Du côté du ministère du travail, qui est maintenant en charge de ce dossier, «les cabinets ne sont pas encore entièrement constitués», nous indique-t-on. Laurent Pietraszewski, secrétaire d’État en charge des Retraites sous le gouvernement précédent, n’a à ce jour pas été reconduit ni remplacé puisque les secrétaires d’État ne seront pas nommés avant la semaine prochaine. D’ici là, c’est donc Élisabeth Borne qui est à la manœuvre des rencontres bilatérales avec les syndicats.

Ne pas faire table rase

Le gouvernement devra déterminer rapidement ce qu’il souhaite garder ou modifier dans le projet de loi qui a été âprement discuté depuis la fin de l’année dernière. Celui-ci avait même été voté en première lecture par l’Assemblée nationale, avant que la crise du coronavirus ne lui donne un coup d’arrêt.

«On ne peut pas tout reprendre du début», se glace Nicolas Turquois, député MoDem et ancien co-rapporteur du projet de loi sur les retraites voté en mars. Ce texte devrait, selon les dires du premier ministre, rester une base de négociation. Mais il devrait faire l’objet d’un nouveau découpage et d’un nouveau calendrier. Jean Castex souhaite par exemple prioriser la question du «financement actuel» du régime. Depuis la crise du coronavirus, celui-ci est exsangue. D’après une estimation provisoire du Conseil d’orientation des retraites (COR), le déficit du système de retraites devrait plonger cette année et atteindre le niveau record de 30 milliards d’euros, très loin des 4 milliards attendus avant la crise. À «court terme», le gouvernement devrait ainsi se pencher sur «des dispositions qu’il y a lieu de prendre pour [le] sauvegarder».

Castex entend parallèlement mener une réforme vers un «futur régime universel, avec en toile de fond le devenir des régimes spéciaux». Une «réforme de fond, à laquelle nous ne renoncerons pas», mais dont, une fois encore, les contours n’ont pas encore été tracés.

«Cette réforme, on n’en veut pas»

Pour le gouvernement, reste à savoir comment ne pas commettre les erreurs qui ont enlisé le premier projet de loi, avec un mouvement social d’une durée sans précédent. La grève a notamment paralysé les transports pilotés par la SNCF et la RATP – dont les salariés bénéficient de régimes spéciaux – durant de longs mois. «On reste dans le même état d’esprit qu’au début de l’année, prévient Laurent Djebali, représentant syndical Unsa-RATP. C’est-à-dire que cette réforme, on n’en veut pas».

Pour éviter la crise sociale, Frédéric Sève anticipe une réforme amenée «par petits bouts», pour élaborer en priorité le régime de retraites universel que la CFDT appelle de ses vœux. «Déterminer si le système est à points ou à cacahuètes, on peut le différer, par exemple. On n’est plus à six mois près», juge-t-il. «C’est une question de méthode, renchérit le député Nicolas Turquois. On ne fait pas tant face à une remise en cause du système cible qu’à une remise en cause des voies de transition».

C’est justement sur sa méthode que Jean Castex compte pour mener les débats sur la réforme des retraites. «Vous savez, des fois, il faut donner un peu de temps au temps» plaide celui qui a défendu à maintes reprises les vertus de «la négociation».



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