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Economie

Journée cruciale pour l’application StopCovid


Stop ou encore? C’est aujourd’hui qui sénateurs et parlementaires doivent décider de l’avenir de l’application de traçage de contacts, StopCovid. Elle est présentée comme étant un des éléments du dispositif de lutte contre la pandémie. A ce titre, elle pourrait s’intégrer aux mesures mises en place pour la deuxième phase du déconfinement, le 2 juin. Pour Cédric O, secrétaire d’Etat au Numérique, «c’est un geste barrière, au même titre que le port du masque, la distanciation sociale..». Il est entendu par le Sénat à 11h30 ce mercredi matin.

Rarement une application aura fait couler autant d’encre. D’abord parce que les interrogations sont nombreuses concernant le respect de la vie privée. Comment s’assurer qu’une application, qui est capable de savoir que deux personnes l’utilisant se sont croisées, respecte bien la vie privée? La Cnil, veillant au respect de la vie privée, a donné un avis favorable eu égard à son fonctionnement. L’utilisation de StopCovid doit être volontaire. Nulle sanction ne peut être prise à l’égard de personnes qui ne l’utiliseraient pas. Les données doivent être automatiquement effacées au bout de quinze jours, période d’incubation du Covid-19.

Données anonymisées

Les identifiants des utilisateurs sont des pseudonymes, anonymisés et cryptés. Un niveau de sécurité qui doit garantir une totale opacité des personnes. Une partie du débat porte sur le fait que le risque zéro n’existe pas, surtout pas dans le monde de l’informatique. Nombreux sont les défenseurs des droits de l’homme, hackers blancs et libertaires du web à critiquer StopCovid au nom des risques qu’elle ferait prendre, si les données des utilisateurs devaient être «craquées». Les premières «attaques» contre l’application ont commencé à être menées par les hackers éthiques de Yeswehack et des indépendants, visant à tester le niveau de sécurité de l’application, dans le cadre d’un Bug Bounty. Aucune faille majeure n’aurait, pour le moement, été détectée. «Ils nous disent même que la surface d’attaque de l’application est faible», affirme Cédric O au micro d’Europe 1.

Une réaction épidermique

«La réaction très épidermique contre StopCovid semble très exagérée! C’est nouveau, donc, les gens sont méfiants, tranche Winston Maxwell, directeur d’études droit et numérique à Télécoms Paris. Les brigades sanitaires, le traçage humain peuvent être bien plus invasifs que le numérique, qui lui fait appel à des pseudonymes et des codes». Seulement, l’appréciation des risques n’est pas la même face à la technologie technologiques. Or, il existe depuis longtemps un dispositif dans le code de la santé qui oblige les laboratoires et les médecins à signaler les cas de maladies contagieuses graves de type Ebola. «Et c’est sans même parler de la Carte Vitale et des données de santé qui sont déjà collectées de manière massive, par les autorités de santé», ajoute Winston Maxwell.

Légale, oui, mais….

Se pose en outre la question de la légalité d’une telle application. «Ce qui la rend valable, c’est qu’elle est utile et nécessaire en termes de lutte contre l’épidémie. Mais si elle n’est pas assez téléchargée, elle ne sera pas utile sur le plan épidémiologique, ce qui la rend fragile en droit. C’est le serpent qui se mord la queue!» souligne Winston Maxwell. La bonne nouvelle serait donc que l’application ne soit pas nécessaire parce que l’épidémie elle-même sera calmée. Mais dans l’hypothèse où l’épidémie est encore là, et le traçage est un élément de la lutte, faudra-t-il rendre l’application obligatoire pour qu’elle soit utile et nécessaire et donc légale? Le caractère obligatoire a été formellement interdit par la Cnil.

Enfin, vient le risque de détournement, souligné par les défenseurs des droits de l’homme qui redoutent que le traçage soit ensuite utilisé à d’autres fins, louables elles aussi, comme la lutte contre la pollution par exemple. La vigilance est donc de mise pour ne pas généraliser l’usage du smartphone en temps qu’outil de surveillance globale, même au nom de l’intérêt général, comme cela se fait en Chine. StopCovid est un symbole d’une tendance, c’est pour cela qu’il attire autant l’attention. Mais s’il devait être accepté par le Parlement, le décret prévoit que l’application s’éteindra d’elle même à la fin de l’état d’urgence sanitaire.

N’est-il toutefois pas trop tard pour la lancer, alors que le virus semblerait se calmer? «Au moins on sera prêt pour la prochaine épidémie», glisse un connaisseur de dossier. Qu’est ce que ça aurait été si la France avait été le seul pays de l’OCDE à ne pas plancher sur une telle solution!». «C’est aussi une leçon qu’on a tiré de Corée du Sud, qui avait été frappée par le virus MERS en 2015», relate Winston Maxwell. Après cette épidémie, Séoul a construit un dispositif législatif pour gérer des épidémies de ce type, avec l’utilisation des données de localisation téléphonique pour aider les autorités sanitaires à aider les contacts, ce qui va beaucoup plus loin que ce que la France a envisagée. La Corée du Sud a un dispositif de protection des données qui est plus proche des normes européennes que chinoises. «Il faut faire une analyse à froid et un débat au parlement pour renforcer le dispositif de lutte contre les épidémies de ce type et être prêt à faire face la prochaine fois pour éviter les tâtonnements», ajoute Winston Maxwell.



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