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Finance

La bombe à retardement des prêts garantis par l’Etat



Depuis le début de la crise, la Caisse d’Epargne Hauts-de-France a octroyé pour 500 millions d’euros de prêts garantis par l’Etat (PGE) à quelque 3.000 entreprises du Nord de la France. Et malgré un ralentissement des demandes journalières, depuis fin avril, son patron, Laurent Roubin, s’attend à de nouvelles demandes, notamment de la part des acteurs du tourisme , qui viennent de bénéficier de conditions assouplies.

Mais s’il se réjouit d’accompagner ses clients face à la crise, le banquier anticipe des lendemains difficiles. « C’était la bonne réponse au tsunami, dit-il. Il fallait cette dette pour limiter le choc d’offre et de demande et permettre aux entreprises viables au début de la crise de rester viables à la sortie. Mais après avoir traversé cette phase aiguë, on aura des entreprises et des Etats qui seront très endettés. On aura un sujet de fonds propres. »

C’est toute la limite des aides déployées pour enjamber l’impact économique de la crise du Covid-19 : tôt ou tard, il faudra payer la facture. En France, les demandes de PGE ont dépassé les 100 milliards d’euros, écoulant déjà un tiers de l’enveloppe prévue d’ici à la fin de l’année. Les entreprises ne doivent rembourser qu’un an plus tard et peuvent même étaler l’amortissement sur cinq ans supplémentaires. Mais elles devront a minima payer la garantie.

Risque du surendettement

« Ce dont on va se rendre compte dans quelques mois, c’est qu’on a réussi à maintenir ces sociétés en vie mais au prix d’une augmentation substantielle de leur dette alors même que la profitabilité normative de ces sociétés va plutôt baisser, prévoit Arnaud Joubert, associé-gérant chez Rothschild & Co. Nous allons nous retrouver dans les deux prochaines années avec des sociétés qui seront surendettées. » Bref, une vraie bombe à retardement…

D’autant qu’avec les taux bas de la Banque centrale européenne, les entreprises n’ont pas hésité à s’endetter ces dernières années. Les banques, comme les marchés obligataires, avaient ouvert les vannes en grand. Et les PGE ajoutent une nouvelle couche. A fin février, l’encours de crédits accordés aux entreprises atteignait déjà 1.067 milliards d’euros, un niveau inégalé dans l’histoire du pays . En mars, après seulement quinze jours de confinement, il avait déjà bondi à 1.101 milliards.

Sur le fond, personne ne conteste le bien-fondé des aides d’urgence. Face à une trésorerie asséchée, celles-ci permettent d’éviter un scénario catastrophe de faillites en série aux conséquences économiques et sociales dévastatrices. Et sur un plan purement pratique, elles permettent aussi de différer dans le temps la gestion de restructurations et d’éviter un engorgement des services de Bercy, des tribunaux ou des conseils spécialisés. Mais cela a un prix.

Vague de restructurations

« Le risque est d’avoir mis sous perfusion des sociétés françaises qui n’allaient pas très bien et de venir rajouter à la crise de la consommation qu’on connaît aujourd’hui une crise financière, peut-être dans un an, parce que des sociétés n’arriveront plus à se refinancer et que les banques fermeront peut-être un peu plus les vannes du crédit », abonde Pierre-Arnoux Mayoly, associé au cabinet d’avocats McDermott Will & Emery.

Les spécialistes se préparent déjà à la prochaine étape – des recapitalisations – qui pourrait commencer dès cet été, selon Vincent Danjoux, associé-gérant chez Rothschild & Co. « Pour les sociétés les plus affectées, le redressement de l’activité sera plus long, avance le banquier d’affaires. Elles vont se retrouver à l’automne ou au début de l’année prochaine avec des bilans significativement accrus en face de ‘free cash flow’ opérationnels réduits. »

« Nous allons vers une vague de restructurations sur les trois années à venir », prédit Timothée Gagnepain, chez McDermott Will & Emery. Pour les banquiers et avocats, les outils ne manquent pas : adossements industriels, cessions d’actifs, conversion de dette en fonds propres, émission de nouvelle dette… Mais certains se demandent si des mesures plus globales ne seront pas nécessaires. « Il y aura peut-être une réponse systémique qu’il faudra organiser », juge Laurent Roubin.



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