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Finance

La Chine secouée par une série de défauts dans ses entreprises d’Etat



Publié le 18 nov. 2020 à 13:04

Le deuxième plus grand marché obligataire au monde est secoué, ces derniers jours, par une rare série de défaut de paiements d’entreprises soutenues par l’Etat chinois. Lundi, un grand fabricant de semi-conducteurs et un grand constructeur automobile ont annoncé être incapables de faire face à une échéance de remboursement, élargissant la liste des entreprises d’Etat (SOE) ou semi-publiques en difficultés.

Adossé à la prestigieuse université Tsinghua, le fabricant Tsinghua Unigroup a longtemps été considéré comme bénéficiant d’un soutien à toute épreuve de Pékin, recevant ces dernières années des milliards de yuans de subsides publiques alors que la Chine a fait de l’indépendance technologique une priorité. Mais lundi, Tsinghua Unigroup a déclaré ne pas être en mesure de faire face à une échéance obligataire de 1,3 milliard de yuans (170 millions d’euros). Le même jour, Brilliance Auto Group, géant public de l’automobile et partenaire de BMW en Chine, annonçait faire défaut sur 6,5 milliards de yuans (230 millions d’euros) de dette, évoquant une « liquidité serrée. »

Assainissement

« D’autres défauts de paiement arrivent alors que les autorités chinoises se recentrent sur le désendettement des entreprises publiques maintenant que le pire de la pandémie est passé », a indiqué Chang Li, spécialiste de la Chine chez S & P Global Ratings dans une note publiée mardi. La semaine dernière, le brutal défaut obligataire de 1 milliard de yuans du groupe énergétique Yongcheng Coal & Electricity, appartenant à la province du Henan, avait déclenché un mouvement de vente sur les titres de dette émis par des entreprises soutenues par Pékin. Dans la semaine suivant le non-paiement de Yongcheng, plus de 20 milliards de yuans (2,5 milliards d’euros) d’émissions obligataires prévues ont, en outre, été annulés.

Jusque-là, de nombreux investisseurs en Chine supposaient que la dette de Yongcheng, comme celle de la plupart des entreprises d’Etat (SOE), était sûre car bénéficiant du soutien sans faille de Pékin ou des gouvernements locaux. Mais cette fois, les autorités du Hunan n’ont pas promis publiquement de reprendre le passif obligataire de la SOE locale. « Les autorités autorisent ou tolèrent ces défauts obligataires dans l’objectif d’assainir le marché corporate, dominé à 90 % par les entreprises d’Etat, explique un spécialiste à Pékin. Cette domination a pour conséquence une préférence des investisseurs pour le papier émis par les SOE et une éviction des émetteurs privés ».

Avec la volonté d’épurer le marché et d’inciter les investisseurs à être plus sélectifs, l’objectif est aussi d’attirer progressivement les investisseurs étrangers qui se portent actuellement pour l’essentiel sur les emprunts d’Etat et les obligations des banques. Mais cela suppose aussi une plus grande transparence et un travail plus approfondi des agences de notations chinoises, fait-on remarquer à Pékin. Les obligations de Yongcheng Coal & Electricity avaient été notées AAA, la note la plus élevée, le mois dernier !

Hausse maîtrisée des défauts

A l’instar de Standard & Poor’s, JP Morgan anticipe une augmentation des défauts des entreprises publiques chinoises dans une économie se remettant progressivement de l’épidémie de Covid-19. Mais il n’y aura pas de « thérapie de choc », estiment les analystes de la banque, afin de ne pas déstabiliser la reprise économique et le système bancaire. « Les taux de défaut sont toujours bas dans l’ensemble et n’entraîneront probablement pas de risque systémique », abonde S & P. Le taux de défaut obligataire ne dépasse pas 1,8 % des encours émis, soit un niveau comparable à celui des créances douteuses (NPL) bancaires. Alors que les SOE sont aussi un facteur de stabilité sociale et de maintien de l’emploi, Pékin veillera à coup sûr à éviter une hausse trop brutale des défauts. « Il faut nettoyer les écuries d’Augias mais le faire de manière maîtrisée », observe un expert à Pékin.



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