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Finance

La Chine teste sa monnaie numérique dans quatre villes



Publié le 8 sept. 2020 à 12:19

Mao continue de veiller sur la « monnaie du peuple » (le « renminbi », dit aussi « yuan »), quand bien même celle-ci est numérique. Identique à celui figurant sur les billets de banques, le portrait du grand timonier figure en filigrane sur le portefeuille électronique actuellement testé par la China Construction Bank (CCB). L’application mobile, dont des captures d’écran circulent sur les réseaux, permet d’accéder à son compte bancaire, d’effectuer des transferts d’argent ou encore de scanner des QR-Code.

Rien de très nouveau à première vue pour les centaines de millions de Chinois qui utilisent chaque jour les solutions de paiement Wechat Pay de Tencent ou AliPay de Ant Financial. Sauf qu’ici, c’est la banque centrale chinoise qui est à la manoeuvre ! Si aucun calendrier n’a officiellement été annoncé, la Chine pourrait bien être le premier grand pays à émettre une monnaie numérique souveraine. Le mois dernier, la banque centrale a dit travailler sur des scénarios liés aux Jeux Olympiques d’hiver de Pékin en 2022.

Après six années de travaux préparatoires, la banque centrale a entamé des tests de sa monnaie numérique dans quatre villes de Chine (Shenzhen, Chengdu, Suzhou et Xiong’an, une ville à la périphérie de Pékin). Commencé en avril, ce programme pilote est réalisé avec l’appui des quatre grandes banques d’Etat (ICBC, BoC, ABC, CCB), récemment rejointes par la banque postale (PSBC) et Citic.

Payer sa cotisation au Parti

Dans un district de Suzhou, certains fonctionnaires ont commencé à recevoir une partie de leur salaire et de leurs indemnités de transports dans cette monnaie virtuelle. Cette dernière, qui n’a pas encore de nom officiel, est connue sous les initiales DCEP pour « digital currency/Electronic payment). Testée en interne, l’application leur permet d’effectuer certains paiements, tel que leur cotisation au Parti communiste chinois ! Pour explorer les applications possibles, la banque centrale a également approché des fournisseurs de services ultra-populaires en Chine, comme Didi (le « Uber » chinois), Meituan Dianping (livraison de repas) ou encore Douyin, la version chinoise de l’appli de vidéos courtes TikTok.

Un moyen de paiement

Les documents officiels manquent encore mais le « RMB numérique » a déjà fait l’objet de nombreux commentaires de la part d’officiels chinois. L’intention de la Chine est d’en faire un moyen de paiement remplaçant les liquidités en circulation mais ne se substituant pas à d’autres éléments de la masse monétaire du pays, comme les dépôts bancaires et les soldes détenus par des plateformes privées existantes. « Il n’y aura pas de revenu d’intérêts sur la monnaie numérique », notent les analystes de Jefferies. 

Le DCEP permettrait, selon la banque centrale, de fournir un moyen de paiement facile à utiliser et plus sécurisé que les paiements en numéraire ou que les paiements électroniques existants, à l’heure où la Chine passe à grande vitesse du cash au paiement mobile. « Le déclencheur est la convergence entre cette numérisation des paiements en Chine et l’apparition de monnaies digitales comme le Bitcoin ou le Libra, qui échappent au contrôle des banques centrales, explique Jean-François Di Meglio, président d’Asia Centre. La monnaie numérique chinoise sera traçable, souveraine et pilotée par le haut ».

La banque centrale chinoise met en avant que le e-Yuan aura un cours légal et ne pourra être refusé, contrairement aux autres cryptomonnaies que la Chine a toujours considérées comme des produits de spéculation ou un moyen illégal de sortir des capitaux de Chine. « Cette monnaie traçable sera aussi un outil de lutte contre la corruption, le blanchiment d’argent et la finance de l’ombre et va permettre à la Chine d’étendre à son gré la zone d’influence de sa devise à l’international sans crainte de perte de souveraineté », ajoute Jean-François Di Meglio. Les autorités chinoises ont toujours redouté qu’un projet comme le Libra ne vienne concurrencer le Yuan et entraîner une baisse de la demande pour la monnaie chinoise.



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