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Economie

La crise sanitaire a-t-elle vraiment creusé les inégalités?


En 2018, la moitié des Français vivait avec moins de 1771 euros mensuels par mois, selon le quatrième rapport de l’Observatoire des inégalités.

Alors que les reportages ont été nombreux à montrer les files d’étudiants s’allonger devant les associations d’aide alimentaire durant le Covid, que certains évoquent le chiffre d’un million de pauvres supplémentaires, la crise sanitaire a-t-elle vraiment accru les inégalités et fait exploser la pauvreté?

« Parler d’émeutes de la faim c’est de la démagogie ».

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités

«Un million de pauvres en plus à cause de la crise, c’est une «fakenews», c’est impossible de savoir», affirme Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, qui publie ce mercredi son traditionnel rapport sur la pauvreté. «Parler d’émeutes de la faim c’est de la démagogie. Évoquer les étudiants qui ne mangent pas à leur faim, c’est faire preuve d’un très grand misérabilisme», poursuit-il. Si l’on a bien vu les files d’attente s’allonger durant la crise devant les associations d’aide alimentaire, c’est d’une part parce que «les bénévoles habituels – souvent des retraités – ne sont pas venus. Il a fallu changer les lieux et les équipes, ça a désorganisé les filières», explique-t-il. D’autre part, parce qu’il y a eu plus de moyens financiers accordés à la distribution de bons alimentaires.

Très protecteur, le système social français a en fait joué le rôle d’amortisseur social durant la crise. «Avec le «quoiqu’il en coûte, le président de la République a laissé couler la dépense. On a payé des salariés, des fonctionnaires alors qu’ils ne travaillaient plus. On a financé des classes moyennes et aisées«, affirme Louis Maurin, également auteur du livre »Encore plus ! Enquête sur ces privilégiés qui n’en ont jamais assez«. En revanche, il y a eu 150.000 allocataires du RSA supplémentaires, et certains publics ont cumulé les difficultés avec la chute de l’intérim et des petits boulots.

Selon les auteurs du rapport, il ne faudrait pas se tromper de combat. «Dans le bruit médiatique du moment, notre rôle est de fournir des éléments vérifiables, mais aussi de mettre de l’ordre: toutes les inégalités ne sont pas de la même gravité», indique Anne Brunner, directrice d’études à l’Observatoire. Et de rappeler que «la première des inégalités face au virus est celle de l’âge, pas celle du niveau de vie». En clair, les personnes âgées sont les premières victimes de la maladie, indépendamment de leurs revenus, même si les plus favorisés sont mieux protégés du point de vue sanitaire.

Bref, s’il est difficile de dire si la crise a accru les inégalités de revenu, elle a en revanche rendu plus visible des inégalités préexistantes, estiment les deux auteurs. Et de préciser qu’en 2018, la moitié des Français vivait avec moins de 1771 euros mensuels par mois – le niveau de vie médian, pour une personne seule, après impôts et prestations sociales. Selon l’Observatoire, les «pauvres» sont ceux qui vivent avec la moitié de cette somme, soit moins de 885 euros par mois. À l’inverse, les «riches» sont ceux qui touchent le double du revenu médian, soit plus de 3542 euros par mois. Pour les 10% les plus riches, le niveau de vie moyen est de 5090 euros mensuels. «Le taux de pauvreté a augmenté de 7,7% en 2009 à 8,2% en 2019, soit une hausse de 0,5 point en dix ans, ce qui représente 500.000 personnes supplémentaires», souligne le rapport, avec un risque accru pour les jeunes adultes, dont la situation s’est le plus dégradée en quinze ans.

Si, faute de voyages et distractions, les Français ont épargné 142 milliards d’euros depuis le début de la crise sanitaire, les inégalités de revenus se retrouvent dans la capacité d’épargne et le patrimoine. Selon l’observatoire, les 20% les plus aisés épargnent en moyenne 28% de leurs revenus (contre 3% pour les 20% les plus modestes) et les 10 % les plus fortunés possèdent 46,4 % de l’ensemble du patrimoine des ménages. «Le patrimoine médian des ouvriers non qualifiés est de 12300 euros, endettement déduit. Chez les cadres supérieurs retraités, il est de 397000 euros, soit 32 fois plus», affirme le rapport.



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