Image default
Finance

La descente aux enfers de la livre libanaise

Publié le 26 avr. 2020 à 15h01

La livre libanaise continuait sa dégringolade, samedi, sur le marché noir. Dans un bureau de change du quartier de Furn el Chebbak, dans la banlieue de Beyrouth, le billet vert s’échangeait à 3.900 livres libanaises, soit une hausse de près de 160 % par rapport au taux de change officiel.

Le Liban traverse depuis septembre une grave crise de liquidités en dollars dont le paroxysme a été atteint le mois dernier avec l’annonce d’un défaut de paiement sur une série d’eurobonds (titres de dette envers des créanciers étrangers) arrivant à échéance ainsi que d’une restructuration de sa dette publique, estimée à plus de 90 milliards de dollars fin 2019, soit plus de 170 % du PIB.

Retraits en devises impossibles

Afin de préserver ses dernières réserves en devises, évaluées à moins de 22 milliards de dollars, la Banque du Liban a ainsi réduit drastiquement l’accès au billet vert depuis huit mois, obligeant les banques à instaurer à leur tour de sévères restrictions. Depuis fin mars, à l’exception des comptes alimentés par de l’« argent frais », les retraits en devises sont totalement impossibles.

Particuliers et entreprises – à l’exception de quelques secteurs protégés – sont donc contraints de se tourner vers le marché parallèle pour acheter des devises. Mais la livre ne cesse de s’y déprécier à mesure que la quantité de dollars en circulation s’amenuise, s’éloignant du taux officiel de 1.507,50 livres pour un dollar en vigueur depuis 1997.

La dégradation s’est particulièrement accélérée ces dix derniers jours, avec une perte de valeur de près de 30 %. Plusieurs mesures adoptées en avril par la Banque du Liban y ont notamment contribué, déclenchant une ruée chez les changeurs en prévision d’une hausse du volume de livres sur le marché.

Marché noir

Une circulaire publiée mardi prévoit entre autres la possibilité pour tous les détenteurs de comptes en dollars de retirer leur épargne en livres libanaises à un taux plus proche de celui du marché noir. Un autre texte réglementaire, entré en vigueur vendredi, impose par ailleurs aux agences de transfert d’argent de régler en livres les montants envoyés à leurs clients en devises.

Redoutant une hausse de l’inflation, plusieurs centaines de Libanais ont bravé en fin de semaine les mesures de confinement pour manifester. Le Premier ministre Hassan Diab affirme pour sa part que son gouvernement n’a pas été tenu au courant des dernières mesures de la Banque du Liban. « Nous ne pouvons plus accepter des politiques monétaires se décident en coulisses […] Que Riad Salamé vienne expliquer aux Libanais ce qu’il se passe », a déclaré vendredi le chef du gouvernement , visant le gouverneur de l’institution.

Fuite en avant

Le chef du gouvernement a également annoncé que trois cabinets internationaux – KPMG, Oliver Wyman et Kroll – allaient auditer les comptes de la banque centrale. « L’opinion publique se retrouve au centre d’une empoignade entre l’exécutif, qui veut faire du gouverneur un bouc émissaire, et le secteur bancaire, qui refuse que l’on constate ses pertes et joue sur les peurs des déposants », analyse Jean Riachi, PDG de FFA Private Bank. Les circulaires de la Banque du Liban s’apparentent cependant plus à une « fuite en avant », reconnaît le banquier : « Ces petites mesures ne parviendront pas à stopper la dépréciation de la livre ; des réformes structurelles sont nécessaires. »

C’est notamment l’objet du plan de sauvetage de l’économie que doit présenter le gouvernement cette semaine, qui servira de base aux négociations avec ses créanciers .



Source link

Autres articles

Commerzbank envisagerait de supprimer 11.000 postes

administrateur

Fusions acquisitions: les prix s’effondrent en Europe

administrateur

Blockchain : Taurus convainc des banques privées d’entrer à son capital

administrateur

M & A : Bercy vigilant face au risque de « prédation »

administrateur

Nouveau coup de frein sur la collecte de l’assurance-vie

administrateur

Les cours du pétrole se stabilisent au-dessus des 40 dollars

administrateur