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Finance

La dette d’infrastructures, un marché porteur pour les gérants français



Publié le 15 sept. 2020 à 11:06

L’intérêt des investisseurs pour les actifs réels n’est pas remis en cause par la pandémie. Les montants engagés sont en croissance constante depuis plus de 5 ans. Ils ont dépassé les 2.000 milliards d’euros à la fin 2019 en Europe, selon le dernier rapport réalisé par Amundi et Preqin, un nouveau record. Et la tendance haussière devrait se poursuivre. Au sein de cet univers très large, qui regroupe la dette privée, le capital investissement ou encore l’immobilier, les infrastructures ont connu la croissance la plus forte ces cinq dernières années. En partie grâce à la dette adossée à des infrastructures, dans les transports, l’énergie ou encore le digital.

La classe d’actifs est très récente. Elle s’est développée à la suite de la crise de 2008, dans un contexte de désintermédiation bancaire propice à l’arrivée de nouveaux acteurs issus de la gestion dans le financement d’infrastructures. Le secteur, encore modeste, profite à plein de l’engouement pour les actifs réels. Les 15 plus grands gérants de fonds de dette d’infrastructures ont levé 84 milliards de dollars au cours des cinq dernières années, selon le classement réalisé par la revue spécialisée Infrastructure Investor.

Des fonds fermés pendant 30 ans

L’Europe concentre la majorité des montants levés, et la France compte plusieurs gérants parmi les plus grands du secteur. AXA IM s’inscrit à la première place en Europe, avec plus de 7 milliards d’euros d’encours en dette d’infrastructure. La société a bouclé un fonds de plus de 1 milliard en juillet, attirant des institutionnels européens et asiatiques.« Il y a un appétit fort des investisseurs pour la dette infrastructure. Ils viennent chercher la prime d’illiquidité et des cash-flows extrêmement résilients sur le long terme », explique Isabelle Scemama, directrice générale d’AXA IM Real Assets.

En dette d’infrastructures, les capitaux sont levés dans des fonds fermés à la maturité longue, jusqu’à 30 ans. Les rendements espérés sont moins importants que pour les investissements directs en infrastructure – entre 2 et 3 % pour la dette senior contre 8 à 9 % pour l’equity- mais les risques supportés sont moins importants. « Les probabilités de défaut sont très faibles et les sûretés permettent en général un recouvrement total », insiste Jean-Francis Dusch, à la tête de l’équipe Edmond de Rothschild AM, qui a plus de 3 milliards d’encours en dette d’infrastructure. Les actifs sont très divers, de la centrale électrique à l’aéroport, ou encore un réseau de fibre optique.

Des caractéristiques idéales pour des investisseurs aux engagements de long terme significatifs, en particulier les assureurs et les fonds de pension. Ces investisseurs sont d’autant plus intéressés que l’environnement de taux bas les pousse à rechercher des rendements positifs sur le long terme ailleurs que sur la dette souveraine. Et « la réglementation européenne se développe pour favoriser l’investissement des assureurs dans les infrastructures », observe le gérant. Les Européens sont de fait très présents dans le secteur, du côté des investisseurs comme des gérants.

Impact limité du coronavirus

« Il y a une tradition de partenariats public-privé en Europe, alors que de nombreuses infrastructures, notamment dans les transports, sont encore dans le domaine public aux Etats-Unis », explique Isabelle Scemama. Même pour l’américain BlackRock, le premier acteur du secteur avec près de 12 milliards de dollars levés, l’Europe représente plus de la moitié de son activité. « L’univers d’investissement est plus large et les caractéristiques de risques de certains actifs sont mieux adaptées en Europe aux assureurs », abonde Jonathan Stevens, en charge de la dette d’infrastructure chez BlackRock et basé à Londres.

La crise du coronavirus représente un premier grand test de résistance de cette classe d’actifs créée il y a moins de dix ans. « C’est une nouvelle démonstration de la capacité de la classe d’actifs à traverser des périodes chahutées », estime René Kassis, directeur de la gestion dette privée chez La Banque Postale Asset Management, qui compte plus de 1,5 milliard d’encours. « Les valorisations ont été ajustées à la marge, et uniquement en raison des évolutions des spreads et des taux, car il n’y a pas vraiment d’inquiétude sur la capacité des actifs à faire face aux échéances de remboursement », précise-t-il.

Toutes les infrastructures n’ont pas traversé la crise sans heurts. La dette portant sur des actifs aéroportuaires, de loin les plus touchés par la pandémie , concentre toutes les inquiétudes. Mais « même si le trafic devait rester en retrait pendant plusieurs années, les prêteurs ne devraient pas être touchés », insiste Jonathan Stevens. Le trafic autoroutier a quant à lui largement rebondi cet été, et la crise a renforcé l’attractivité des infrastructures digitales, des centres de données aux réseaux de fibre optique. « Le confinement a ralenti la levée de fonds mais à la sortie les besoins et l’appétit des investisseurs sont restés solides », témoigne René Kassis, qui est en train de lever un nouveau fonds de dette d’infrastructure.

D’autant que le plan de relance européen va ouvrir de nouvelles perspectives. « Il va multiplier les opportunités d’investissement dans certains secteurs recherchés comme la transition énergétique, la lutte contre le changement climatique et le digital », avance le gérant. Certains professionnels se montrent toutefois plus prudents sur son impact : « c’est toujours positif, mais cela prendra du temps à se mettre en place, le plan de relance va plutôt alimenter le pipeline à long terme », estime Jean-Francis Dusch.



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