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Economie

la filière prépare sa riposte


«Vidéos truquées», «mises en scène», «sondages commandés par des animalistes», la filière fourrure française réfute une à une les critiques des associations de défense des animaux. Pour les quatre fermes à fourrure de l’Hexagone, spécialisées dans l’élevage de visons d’Amérique, le couperet est tombé mardi : elles devront tout bonnement fermer leurs portes d’ici cinq ans.

«Notre époque a changé dans son attitude à l’animal sauvage», a martelé la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, à l’occasion de la présentation d’une série de mesures sur le «bien-être de la faune sauvage captive». Cette disposition fait suite à de longues concertations entamées depuis déjà dix-huit mois. Au printemps 2019, le ministère avait lancé une batterie de consultations sur le sujet avec des ONG, des représentants professionnels, des élus ainsi que des experts.

Depuis l’annonce, la Fédération française des métiers de fourrure est en ébullition. «C’est une attaque idéologique, sans précédent, d’interdire une activité légale et encadrée. Il n’y a aucune maltraitance animale de nos élevages», affirme Pierre-Philippe Frieh, porte-parole de la filière au Figaro. Pour la Fédération, la décision du ministère n’est fondée sur aucun élément scientifique et vétérinaire. Elle accuse notamment les associations militantes de mener une campagne anti-fourrure «sans fondement», depuis quarante ans.

De son côté, le cabinet de Barbara Pompili reconnaît que les «éleveurs respectent aujourd’hui la réglementation et font de leur mieux pour leurs animaux», mais «élever des animaux sauvages en cage pour produire de la fourrure n’est néanmoins plus acceptable».

La filière veut saisir le conseil constitutionnel

Sans surprise, la filière ne compte pas se laisser faire. La Fédération française des métiers de fourrure va demander à des parlementaires de saisir le conseil constitutionnel contre la décision du ministère. Elle souhaite par ailleurs une audition publique afin d’exposer ses éléments relatifs au bien être animal.

Une interdiction des importations de fourrures étrangères ou de leur commercialisation en France n’est pas envisagée

Cabinet du ministère de la Transition Écologique

Concrètement, la filière met en avant la création de nouveaux standards ces dernières années permettant le contrôle des élevages des peaux. «Les éleveurs ont des règles strictes, concernant l’espace pour les animaux, la nidation, le comportement social des animaux et les règles vétérinaires lorsqu’il y a un cas de mortalité», détaille Pierre-Philippe Frieh.

Trois des quatre élevages français sont certifiés par la Fédération. Le mauvais élève étant l’élevage de visions situé en Eure-et-Loir. Cadavres momifiés, bébés visons mourants ou agonisants, l’association One Voice dévoilait le 31 août dernier, de nouvelles images chocs de cette «ferme de l’horreur». Un an plus tôt, l’association avait déjà porté plainte contre cet élevage. One Voice demande désormais la fermeture immédiate par arrêté du ministère de l’Environnement.

Une enveloppe de 8 millions d’euros pour accompagner leur reconversion

Dans l’Hexagone, les professionnels du secteur s’inquiètent désormais pour leur avenir. La filière fourrure représente actuellement 2500 emplois directs et indirects. Selon les dernières données disponibles, elle a généré un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros sur l’exercice 2018-2019. Plus d’un tiers du chiffre d’affaires réalisé, soit près de 110 millions d’euros, concernait les exportations.

Le marché de la fourrure s’est transformé ces dernières années. Les nombreux petits artisans de quartier ont disparu au fil du temps, laissant place à quatre grands élevages dont la production est essentiellement destinée aux grandes maisons de coutures. À l’image du secteur agricole, le nombre d’élevage a chuté ces dernières années et la concurrence internationale s’est accrue.

Le ministère donne désormais cinq ans aux acteurs du secteur pour se reconvertir. Pour accompagner la filière, il prévoit notamment une première enveloppe de 8 millions d’euros. Mais en pleine crise économique, la filière estime que le ministère est déconnecté des réalités et que la décision entraînera «des faillites en cascade» pour les ateliers. Comme seule option, les professionnels envisagent la délocalisation de leur atelier de fabrication ailleurs en Europe.

Pas d’interdiction de commercialisation de la fourrure en France

Sur le Vieux Continent, le marché des peaux est rondement organisé. À la sortie de l’élevage , les peaux brutes passent par deux maisons de vente situées à Helsinki et à Copenhague. Ce «Rungis des peaux brutes de fourrure» ne traite que des peaux certifiées selon les standards mis en place par la filière au niveau européen.

Ces dernières années toutefois, la fourrure ne semble plus attirer toutes les convoitises. Le sujet divise en particulier le secteur de l’habillement face à l’opposition croissante du grand public. De grandes maisons de luxe, tels que Burberry, Chanel, Gucci, Versace, Maison Margiela ou encore Giorgio Armani l’ont progressivement retiré de leurs collections. D’autres groupes de luxe tels que Kering et LVMH ont à l’inverse fait le choix de certifier la fourrure, via un label «Furmark», plutôt que de l’interdire. D’ici à 2025, LVMH espère notamment que 100 % de ses fourrures seront certifiées contre 43 % en 2019. De leur côté, les marques françaises de basse et moyenne gamme, qui s’approvisionnaient plutôt en Chine, se sont en majorité retirées du marché. «Les modes de consommation ont évolué, la fourrure ne séduisant plus autant les jeunes publiques», analyse un expert.

La France reste quelque peu en retard sur le sujet par rapport à ses voisins européens. Plusieurs pays tels que la Hollande, la Belgique, l’Autriche ou l’Allemagne avaient déjà interdit ces dernières années l’élevage de fourrure au sein de leur territoire. Outre-Manche, c’est désormais l’interdiction de la vente de fourrures animales dans les magasins britanniques qui est dans les tuyaux : le ministre de l’environnement Zac Goldsmith souhaite instaurer la mesure d’ici la fin de l’année. La Grande-Bretagne fut le premier pays européen à avoir interdit l’élevage des animaux à fourrure il y a déjà vingt ans.

Dans l’Hexagone, le référendum d’initiative partagée (RIP) sur les animaux souhaite également interdire dès 2025 la commercialisation des fourrures. Mais cette restriction n’est pas dans les tuyaux du ministère. «Une interdiction des importations de fourrures étrangères ou de leur commercialisation en France n’est pas envisagée», explique le cabinet de Barbara Pompili.



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