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Finance

La fragile hausse des cours de l’huile de palme



Publié le 1 juil. 2020 à 6h36

Tout allait pour le mieux pour les cours de l’huile de palme. Depuis septembre, ils grimpaient sans relâche : « pour la première fois, la production allait être inférieure à ce qu’on prévoyait de consommer », explique Antoine de Gasquet, président de Baillon Intercor, courtier en huiles végétales. Le marché était si tendu que la tonne cotée à Kuala Lumpur en Malaisie avait atteint mi-janvier 3.131 ringgits, soit près de 770 dollars, son plus haut niveau en 3 ans.

Mais l’épidémie de covid-19, qui prenait de l’ampleur en Asie à cette époque, a signé l’arrêt de mort de cette tendance : les prix ont commencé à décliner jusqu’à tomber à 460 dollars début mai. Lors de certaines séances, les chutes ont parfois été spectaculaires : à la crise sanitaire se sont ajoutées des tensions géopolitiques entre l’Inde, grand consommateur , et la Malaisie, l’un des principaux producteurs.

Les liens avec le pétrole

Cette huile végétale a été l’une des grandes victimes de la pandémie parce qu’elle est très utilisée dans les carburants, notamment dans les « biodiesels » . Avec le confinement, plus de la moitié de l’humanité est restée enfermée, les voitures au garage, entraînant un effondrement de la demande en carburant. Et celle de l’huile de palme avec. Par ailleurs, le krach pétrolier, la guerre des prix entre l’Arabie saoudite et la Russie, ainsi que le passage en territoire négatif du brut américain, ont pesé sur les cours.

La fermeture quasi généralisée des restaurants a un effet méconnu sur les prix de cette graisse via les plats de friture, consommés essentiellement hors domicile. En Europe, les frites cuisent dans des bains d’huile de tournesol, ailleurs dans le monde, on privilégie surtout l’huile de palme, moins chère, souligne Antoine de Gasquet.

Depuis le plus bas atteint en mai, les cours ont toutefois repris un peu de hauteur et évoluent autour de 2.500 ringgits, soit un peu moins de 600 dollars. Avec la réouverture progressive des restaurants, le redémarrage de l’économie, le retour des voitures sur les routes, la demande en huile et en carburant se sont redressées. Le marché pétrolier s’est lui aussi rétabli avec un baril de brent qui oscille désormais autour des 40 dollars.

Pénurie de main-d’oeuvre

Les prix profitent également d’une pénurie de main-d’oeuvre : en Malaisie, plus de 80 % de la main-d’oeuvre est étrangère. Faute de travailleurs disponibles, qui ont préféré rentrer chez eux ou rester à la maison avant que les frontières ne ferment, l’industrie a vu sa production reculer de 10 % à 20 % par rapport aux prévisions. La tension en main-d’oeuvre est telle que les employeurs désormais offrent des augmentations de 25 %, rapporte l’agence Reuters pour retenir les travailleurs qui gagnent en moyenne 470 dollars par mois.

Est-ce que cette hausse est solide ou durable ? « Le marché reste fragile », avance avec prudence le courtier citant la récession massive qui arrive, les risques de deuxième vague ou encore les entraves pour faire venir les travailleurs étrangers. « Dans l’immédiat, des rechutes ne sont pas à exclure à Rotterdam où les acheteurs ne se bousculent pas », détaille l’expert.



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